Quinze millions d’Ethiopiens touchés par la famine

Partage international no 173février 2003

Malgré les avertissements et les appels lancés depuis début 2002, une famine provoquée par la sécheresse est en train de prendre des proportions alarmantes en Ethiopie. D’après Meles Zenawi, premier ministre, six millions d’Ethiopiens ont besoin d’une assistance immédiate en nourriture.

La famine actuelle dépasse même celle qui avait sévi en Ethiopie en 1984, lorsque cinq à six millions de personnes furent touchées et qu’un million d’entre elles moururent de faim. Georgia Shaver, directrice du Programme alimentaire mondial en Ethiopie, prévient des proportions colossales de la crise qui s’annonce : « Dans le Sud de l’Afrique, 12 millions de personnes, réparties sur six pays, ont besoin d’une assistance alimentaire ; nous pourrions atteindre le même niveau avec l’Ethiopie seule. » Elle décrit le niveau actuel de l’aide alimentaire comme dérisoire par rapport aux besoins et elle annonce que l’effort international destiné à couvrir les seuls besoins alimentaires est énorme. « Nous avons besoin de ces ressources maintenant de façon à prévenir une détérioration de la situation ; dans six mois, lorsque les télévisions montreront des images terribles, il sera trop tard. » M. Meles décrit la situation dans son pays comme « un cauchemar récurrent ». Il affirme que son gouvernement est à peine capable de maintenir la population en vie et qu’il n’a pas les moyens d’acheter des stocks supplémentaires (estimés à 200 millions de tonnes de nourriture, d’après Mike Thomson, correspondant de la BBC). Sans ces stocks, l’escalade de la famine sera telle que l’on ne pourra plus y faire face.

Lors des dernières famines, les gens ont pu s’en sortir en vendant du bétail ; mais cette fois, les deux saisons de pluie n’ont rien apporté et la sécheresse est telle que le bétail a été décimé avant d’avoir pu être vendu. Les paysans quittent leurs terres à la recherche d’eau et de pâtures avec l’espoir de garder le bétail en vie. Les cultures se transforment en poussière et n’ont pas produit de semences. Le prix des céréales s’est envolé. « Les stocks ont fondu, les gens n’ont plus de réserves ; la sécheresse a atteint de telles proportions que nous ne pouvons plus y faire face par nos propres moyens », déclare le Sheik Abdullah Mahmoud, un imam local.

Bob Geldof, l’organisateur du concert « Live Aid » de 1984, croit que la nouvelle crise montre que les solutions apportées jusqu’à présent n’ont pas fonctionné et que les idées actuelles au sujet de la prévention des famines ne tiennent pas la route : « Lors de toutes les conférences internationales, les gouvernements montrent leur incapacité à remonter jusqu’à la source des famines. » B. Geldof critique l’Union européenne pour ses subsides à l’agriculture : « Ces fonds devraient venir en aide à l’Ethiopie et aux autres régions qui souffrent de la faim. »

Les enfants, dans les campagnes, se sont déjà résignés à l’idée de devoir mourir. Dans le village de Di Fakar, à 200 km au sud de la capitale Addis Abeba, Fayou Hadji, un garçon de huit ans, a compris qu’avec la mort du bétail et les cultures asséchées, ses parents ne peuvent plus le nourrir : « Je sais que je vais mourir ainsi que mes frères et sœurs, nous avons tellement faim, dit-il. Je préfère mourir que de continuer à attendre de la nourriture »

B. Geldof explique : « Imaginez que je n’aie rien à donner à mes quatre enfants lorsqu’ils rentrent de l’école et que j’entende le plus jeune appeler la mort : « Mort, s’il te plaît, prend moi, car tout est préférable à cette faim atroce. » La situation est insoutenable, pour moi, pour chacun, pour la Grande-Bretagne, et pour le monde entier. C’est une totale disgrâce. »

Ethiopie
Sources : BBC, Evening Standard, G.-B
Thématiques : Société, politique
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)