NetAid : cap sur la pauvreté

Partage international no 139mars 2000

Interview de Mark Malloch Brown par Gill Fry

Le 9 octobre 1999, NetAid, la plus grande manifestation musicale caritative depuis Live Aid, a eu lieu simultanément à Londres, Genève et New York, animée bénévolement par des stars de la musique. Un milliard d’auditeurs du monde entier (un sixième de l’humanité) aura pu suivre ces concerts via Internet, tandis que dans 120 pays, plusieurs millions de personnes les ont suivi à la radio et à la télévision.

Le but de cet événement était d’attirer l’attention sur la pauvreté dans le monde et de réunir des fonds pour les organisations humanitaires travaillant dans les pays en voie de développement. Le site Internet NetAid fournit des renseignements sur certains objectifs essentiels comme l’éradication de la faim, l’annulation de la dette, la promotion des droits de l’homme, la sauvegarde de l’environnement et l’aide aux réfugiés, et constitue un outil efficace pour faire prendre conscience de ces problèmes.

A l’occasion de ce « moment d’unité », Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies, a fait la déclaration suivante :

« Chers amis, dans trois jours, la Terre comptera officiellement six milliards d’êtres humains, et près de la moitié d’entre eux devront survivre avec moins de deux dollars par jour. Le degré de misère que cela implique dépasse l’imagination. Combien d’enfants ne peuvent pas aller à l’école ? Combien ne peuvent pas boire de l’eau potable ? Combien d’entre eux n’ont pas même un toit pour dormir ? Combien pleurent parce qu’ils ont faim ? Combien meurent de maladies causées par la malnutrition ? Nous aimerions tous pouvoir faire en sorte de changer cela. Mais chacun d’entre nous peut contribuer aujourd’hui à faire changer les choses, grâce à un clic de souris sur le site NetAid. Nous n’avons plus d’excuse. Alors, mettons-nous tous à l’ouvrage ! »

Mark Malloch Brown, d’origine britannique, est l’administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) qui a coorganisé le concert. Gill Fry, correspondante de Partage international en Grande-Bretagne, l’a interviewé au cours de la conférence de presse qui a précédé le concert NetAid de Londres.

Vers une mobilisation mondiale active

Partage international : Comment faire pour que le soutien du public à cette campagne conduise les politiciens du monde à agir ?
Mark Malloch Brown : Si nous réussissons à rassembler un vaste groupe des personnes organisées et concernées par les problèmes liés au développement, lorsqu’un thème d’actualité se présentera, comme une campagne en faveur de l’allégement de la dette, nous disposerons d’une armée d’individus prêts à écrire aux membres de leur Parlement ou Congrès, à manifester dans la rue, ou à exercer tous les moyens de pression nécessaire sur les dirigeants. Ce qui a manqué jusqu’à présent, c’est un moyen d’organiser des actions populaires transnationales, aucun pays occidental, pris individuellement, ne disposant de groupe de pression suffisamment consistant.

PI. Les médias sous-estiment-ils la bonne volonté du public et insistent-ils trop sur la « lassitude du donateur » ?
MMB. Oui, je le pense, mais ils savent ce qui fait vendre les journaux. Le point à considérer est que les médias ne sont pas toujours le support parfait pour sensibiliser le public sur les problèmes du développement. En lisant un magazine ou un journal, ou en regardant la télévision, vous êtes obligés de considérer le cas particulier que le journaliste a choisi de vous communiquer, alors que le développement est une chose très personnelle. Il s’agit en fait de réaliser votre propre parcours d’exploration dans un aspect de la pauvreté qui vous touche personnellement et auquel vous désirez remédier. Qui sont aujourd’hui les principaux activistes du développement ? Il s’agit généralement de personnes qui ont vécu à l’étranger, qui ont vu sur place ce qui se passe, et qui ont donc réagi individuellement : d’anciens coopérants ou des bénévoles ayant travaillé dans le cadre d’une ONG (organisation non-gouvernementale). Soudain, grâce à Internet et à la possibilité de vous pencher sur des situations spécifiques qui attirent votre attention, votre imagination et votre colère, et dont vous pouvez suivre le déroulement, vous devenez capable de voir les choses par vous-même. Vous faites ainsi une expérience beaucoup plus personnelle et interactive que si vous lisiez simplement les événements dans un journal.

PI. Partout dans le monde, la voix des peuples se fait entendre et demande justice. A quoi cela est-il dû ?
MMB. Je crois que cela provient d’une très forte expansion de la démocratie, qui permet à présent aux voix qui se sont toujours exprimées de se faire entendre. Il y a actuellement plus de cinq milliards d’êtres humains qui vivent dans des systèmes démocratiques ou semi-démocratiques, qui exigent davantage de droits et de libertés, et qui sont exaspérés par des gouvernements peu crédibles, minés par la corruption, et incapables d’assurer les services de base. De plus en plus, les populations des pays en voie de développement demandent des changements au sein de leur propre gouvernement : cela est lié à la pression que l’Occident exerce sur ces pays, en n’accordant son assistance au développement qu’aux pays dotés de gouvernements de grande qualité et responsables de leurs actes. Si bien que dans ces pays, la pression du public est très puissante et prend la forme d’une alliance de citoyens du Sud et du Nord, unis contre la corruption.

PI. La revue Partage international a publié une série de prévisions faites par un Maître spirituel, Maitreya, l’Instructeur mondial. L’une de ses prédictions les plus marquantes concerne un krach boursier qui obligera l’humanité à affronter une crise économique. Que pensez-vous d’un tel scénario ?
MMB. Je pense qu’il est raisonnable de prédire une crise du marché boursier mondial. Le point délicat est néanmoins de savoir quand, et s’il s’agira simplement d’un ajustement ne bouleversant pas notre modèle capitaliste dominant, ou si cela ira beaucoup plus loin. J’estime que l’essor matérialiste actuel s’appuie sur des présomptions inacceptables concernant le comportement humain. En effet, pendant combien de temps les riches pourront-ils continuer à jouir de leur style de vie alors qu’il y a des milliards de pauvres dans le monde ? Il y a dans la société actuelle des contradictions qui apparaîtront au premier plan en cas de krach boursier ou de toute autre crise internationale.

PI. D’un point de vue spirituel, beaucoup de personnes éprouvent aujourd’hui le besoin de considérer l’humanité comme une. Acceptez-vous ce concept ?
MMB. Oui. Je pense que les gens voient la chose d’un point de vue spirituel, mais aussi d’un point de vue culturel et sous de nombreux autres aspects. Je pense qu’Internet et les autres moyens de communications constituent l’alliage de ce nouveau concept.

[Pour plus d’informations : www. netaid. org ]


Date des faits : 9 octobre 1999 Auteur : Gill Fry, collaboratrice de Share International basée à Londres (G.-B.).
Thématiques : politique, spiritualité, Économie
Rubrique : Divers ()