Partage international no 61 – septembre 1993
Interview de Le Maître - par Patricia Pitchon
Selon l’historien britannique Paul Kennedy, nous devrons affronter au cours des prochaines décennies trois grands défis : l’explosion démographique, les périls liés à l’environnement et les bouleversements induits par la technologie. Dans son dernier livre, Preparing for the Twenty-First Century (Préparons-nous pour le 21e siècle — Random House, New York, 1993), Paul Kennedy examine la manière dont ces trois facteurs pourraient interagir et les conséquences qui pourraient en découler.
Nous nous trouvons actuellement face a une explosion démographique dans les pays qui peuvent le moins se le permettre. Ainsi, alors que de plus en plus d’individus abattent des arbres pour se procurer du bois de chauffe dans les zones rurales, l’érosion du sol résultant de cette déforestation accroît sans cesse la désertification. Ceux qui n’arrivent plus à subsister à la campagne gagnent les villes, où les besoins sont tels que l’on assiste à des surcharges dramatiques des capacités de service, dans les domaines du transport, du logement, de la santé, de la fourniture d’eau ou d’électricité, etc. Telle est actuellement la situation de beaucoup de villes du tiers monde. La Chine, par exemple, ne dispose que de 7 % des terres cultivables, alors qu’elle représente un cinquième de la population mondiale et que le secteur agricole fournit 80 % de l’emploi du pays. Autre nation pauvre, l’Égypte, avec ses 55 millions d’habitants, doit nourrir un million de bouches supplémentaires tous les huit mois.
Plus un pays s’urbanise, plus la population se stabilise. Mais beaucoup de pays pauvres n’ont pas encore atteint ce stade. Les profondes transformations technologiques sont souvent mal coordonnées et provoquent la suppression de centaines de milliers d’emplois. En outre, les périls liés à l’environnement affectent la planète toute entière. Les grands défis requièrent de grands changements, surtout dans le domaine économique. Le Maître de Benjamin Creme a aimablement consenti à répondre à nos questions sur ces sujets.
Patricia Pitchon : L’analyse démographique exposée dans l’ouvrage de Paul Kennedy Preparing for the Twenty-First Century est-elle exacte ?
Le Maître. Oui et non. Elle le serait si rien n’était tenté. Mais du point de vue de la Hiérarchie, les changements planifiés, s’ils se concrétisent, démentiront largement ces suppositions, fort heureusement pour l’humanité.
PP. Pouvez-vous nous donner une indication sur les changements nécessaires ?
Le Maître. La principale hypothèse sous-tendant ces prévisions est que l’accroissement démographique est inévitable, ce qui n’est pas le cas. Il est vrai que la population s’accroît de façon alarmante dans beaucoup de pays. Mais il s’agit d’une situation temporaire (étant donné le climat politique et économique actuel) et c’est, paradoxalement, le résultat conjoint de la pauvreté et de la prospérité. C’est le cas de l’Égypte par exemple, où l’on observe un accroissement de richesses au cœur d’une nation fondamentalement pauvre.
La situation démographique sera fortement modifiée lorsque sera mis en place le partage des ressources mondiales. L’état d’esprit de millions et de millions d’individus changera alors. L’idée selon laquelle les enfants représentent une sécurité pour leurs parents vieillissants sera remise en question. Un sentiment de bien-être et de prospérité sera à l’origine d’une chute spectaculaire de la population mondiale, comme cela s’est produit à maintes reprises lorsqu’un pays sous-développé s’est industrialisé.
Cela ne signifie pas que l’équilibre écologique du monde sera rétabli. Le déséquilibre actuel constitue une menace pour le bien-être d’une population même stabilisée, et il convient de traiter cette question en priorité. Avec un retour à l’équilibre écologique, cette planète pourrait accueillir confortablement approximativement trois milliards à trois milliards et demi d’individus ayant des objectifs de niveau de vie raisonnables. La population actuelle étant d’environ cinq milliards et demi d’habitants, les ressources mondiales doivent être utilisées à un rythme soutenu.
PP. Quels sont actuellement les périls majeurs ?
Le Maître. La pollution de l’air, des mers et du sol est le péril numéro un pour l’humanité, car elle est responsable des problèmes de santé de millions d’individus et de la mort prématurée de milliers et de milliers d’autres. La population de la planète subit un lent empoisonnement et seules les capacités d’adaptation extraordinaires du biosystème humain permettent à l’humanité de supporter le niveau actuel de ces agressions.
En second lieu vient la dévastation des forêts à travers le monde. Les conséquences de la désertification sont bien connues. La désertification produit de graves effets qui s’ajoutent au problème de la pollution, car moins il y a d’arbres, moins il y a d’oxygène dans l’atmosphère.
Le troisième péril est le réchauffement de l’atmosphère, ce qu’on appelle l’effet de serre. Ce réchauffement produira, à court terme et même à long terme, des effets sur la qualité de la vie, y compris sur le climat. Le principal élément sera l’extension des zones désertiques dans le monde. De tels changements climatiques affectent les forêts, et nécessitent alors des déplacements importants de populations d’une région à une autre, dans des délais très courts.
PP. Quelles sont les principales mesures à prendre pour limiter l’effet de serre ?
Le Maître. Il faut d’abord prendre conscience qu’il s’agit vraiment d’un problème mondial qui ne doit pas être traité de façon indépendante, mais comme un problème affectant tous les peuples sans exception, et que l’Assemblée des Nations unies doit par conséquent reconnaître l’importance de cette menace pour l’humanité. Chaque nation devra contribuer.
PP. Le Sommet de Rio a-t-il été une étape dans cette direction ?
Le Maître. Oui, mais avec l’exception évidente d’un manque de coopération de certaines grandes nations ayant refusé de soutenir des résolutions qui auraient permis de commencer à aborder ces problèmes de manière réaliste. Du reste, certaines de ces nations sont les plus en cause.
Une seconde mesure à entreprendre d’urgence consiste à réduire considérablement le gaspillage des ressources planétaires, ce qui signifie une complète transformation de la structure économique mondiale, telle que nous la connaissons aujourd’hui. Cela ne s’avérera possible que lorsque l’ensemble des nations acceptera la juste redistribution des ressources, mettant ainsi en œuvre le principe du partage. Alors s’apercevra-t-on que les véritables besoins de chacun — qui devront d’ailleurs se satistaire d’un style de vie plus simple — peuvent être satisfaits sans que la viabilité de la planète ne soit continuellement réduite. Cela peut conduire à la diminution de la population mondiale et à un équilibre écologique durable.
PP. Cela a-t-il une chance de se produire sans l’émergence de Maitreya ?
Le Maître. Pour être réaliste, non. Actuellement, l’humanité est trop égoïste, trop divisée et adopte des points de vue trop limités pour accepter de tels changements. Mais de plus en plus, le sentiment général se modifie, à mesure que le péril écologique menace de façon plus évidente les différents pays. Le problème, aujourd’hui, est que l’importance des intérêts en cause, conjuguée avec l’irresponsabilité de l’humanité en général, empêchent la volonté politique de changement de s’exercer. Il faudra développer un programme éducatif qui présente à l’humanité les horreurs qui surviendront inévitablement si les pratiques actuelles continuent à être tolérées.
Cette éducation, pour être reconnue, requerra une voix puissante et seul Maitreya, accepté et respecté en tant qu’Instructeur mondial, aura l’autorité et la persuasion nécessaires. Sous ses directives, les nations entreprendront le travail d’amélioration en premier lieu (fournissant ainsi un moment de répit), et ensuite de guérison de la planète Terre. Cette guérison repose sur un style de vie plus simple et plus sain. On ne peut tolérer davantage l’utilisation abusive des ressources. Lorsque l’humanité réalisera pleinement cela, les mesures nécessaires seront prises afin de réduire la consommation des matières premières et permettre ainsi la régénération et la stabilisation du globe.
PP. La versatilité de la Bourse est bien connue. Les nations souveraines ont de moins en moins de contrôle sur des marchés aux cotations ininterrompues où agissent essentiellement des forces internationales. Le montant des échanges internationaux atteint mille milliard de dollars par jour. Depuis la fin des années 1980, plus de 90 % de ces transactions n’ont plus aucun rapport avec le commerce ou les investissements de capitaux. Des millions d’actionnaires, des sociétés et des banques, spéculent sur la monnaie. De nos jours, les pays n’entreprennent pas les changements nécessaires de crainte d’« alarmer les investisseurs internationaux », bien que la recherche de capitaux constituent une priorité pour les besoins locaux. Ainsi que l’historien Paul Kennedy l’a indiqué dans son livre : « Le marché en lui-même n’est pas responsable », et puisque les contrôles sont inadaptés, un « profond réajustement financier » est toujours possible. Le choc d’un krach boursier est-il susceptible de secouer la conscience de l’humanité en raison des difficultés qui s’ensuivront ?
Le Maître. Tout à fait ! L’humanité souffre depuis longtemps des maux de la spéculation. Les symptômes de cette maladie sont la pauvreté mondiale, le crime, la drogue, la violence et la guerre. Sa cause fondamentale est la cupidité séculaire de l’homme, fondée sur la séparation et la peur. Sous la direction du Christ, le Seigneur Maitreya, les Maîtres aideront l’humanité à prendre conscience de cela et lui insuffleront un plus grand sens de son interdépendance. La présence même de Maitreya, reconnue par tous, permettra de rendre cette transformation possible. Lorsque l’humanité aura acquis ce sens de l’interdépendance, elle se départira de sa peur et donc de son avidité. Naturellement, cela ne se fera pas en une nuit, mais cela ne s’étalera pas non plus sur une trop longue période.
L’effondrement économique et la transformation qui s’ensuivra seront très instructifs pour l’humanité. Celle-ci acquerra un nouveau sens de la réalité, grâce aux restrictions relatives qu’impliquera la nouvelle donne économique, et de cette façon, les changements lui paraîtront logiques et acceptables.
PP. Depuis l’effondrement du communisme, les pays de l’ex-Union soviétique sont confrontés à toutes sortes de difficultés : des conflits ethniques locaux et les déplacement de populations réfugiées qui en découlent, des réacteurs nucléaires vieillissants et dangereux, l’air irrespirable et la pollution de l’eau dans de nombreuses régions, des interruptions de la chaîne économique, l’effondrement des services médicaux, l’inadaptation des réseaux de distribution alimentaires et la montée du chômage. Ces pays seront-ils également affectés s’il se produit un krach boursier ?
Le Maître. L’impact du krach se produira principalement sur les nations industrialisées. Le marché boursier n’étant pas fortement développé dans les pays de l’ex-Union soviétique, ceux-ci seront beaucoup moins touchés.
Cependant, les conséquences générales qui en résulteront affecteront également ces pays. Il existe, ici, un paradoxe : en dépit de l’effondrement du système qui les réunissait en tant que nation, ils se trouveront dans une situation avantageuse dans le cadre de la nouvelle donne, pour peu qu’ils puissent éviter les conflits ethniques. Ils ont implanté le concept de justice dans leur conscience (même si ce n’est pas pleinement mis en œuvre dans la pratique) et ils ne trouveront aucune difficulté à accepter la transition vers un monde dans lequel dominera cet aspect.
PP. Que peuvent-ils faire pour réduire les conflits ethniques ?
Le Maître. Beaucoup de forces en œuvre dans le monde conduisent de grands groupes d’individus à rechercher le renforcement de leur propre identité. Il s’agit d’une phase transitoire. Si pénible soit-elle à court terme, cette étape aboutira à un nouveau sentiment d’individualité culturelle qui enrichira les multiples composantes de l’humanité. La tendance nationaliste ne dominera l’esprit des individus — cela sous l’influence de certains dirigeants ambitieux et assoiffés de pouvoir — que pendant une courte période. Ce même problème se retrouve dans l’ex-Yougoslavie, dans certaines parties de l’Afrique, au Moyen-Orient, etc.
PP. Quels sont les questions primordiales que les États-Unis devraient aborder à l’heure actuelle ?
Le Maître. La tâche principale des États-Unis, à présent, consiste à découvrir son âme et ainsi son besoin de servir plutôt que de dominer le monde. Les États-Unis sont actuellement tellement focalisés sur l’expression de leur personnalité qu’ils manifestent peu de réel service à travers leurs décisions. Le séparatisme, l’égoïsme et la cupidité conditionnent la plupart des agissements de ce grand pays. La faillite de l’Union soviétique, en tant que rivale dans le monde des affaires, a seulement contribué à renforcer ces mirages (illusions). La voie à suivre pour les États-Unis consiste à mettre ses ressources, ses multiples talents et son énergie à la disposition de la communauté mondiale et de conduire ainsi les nations à la création d’un nouveau monde plus vivable. Le monde attend un tel accomplissement. Cependant, il n’est pas improbable que cet espoir ne doive attendre la réapparition du Christ et son acceptation par l’humanité avant de se concrétiser.
PP. Que pouvons-nous faire à l’heure actuelle pour favoriser la prise de conscience de la présence de Maitreya ?
Le Maître. Utilisez toutes les possibilités qui vous sont offertes. Beaucoup savent et ne parlent pas. Beaucoup craignent de faire l’objet de railleries, mais il n’y a rien à gagner à taire des nouvelles aussi précieuses que bienvenues. Considérez comme une opportunité privilégiée de service de pouvoir révéler à tous ceux qui veulent l’entendre que le Grand Instructeur marche une fois de plus parmi ses frères, prêt à les guider et à soutenir tous ceux qui aiment le monde.
Auteur : Patricia Pitchon, autrefois journaliste au quotidien colombien El Tiempo. Aujourd’hui basée à Londres, elle est journaliste indépendante. Egalement psychothérapeute, elle travaille avec les réfugiés.
Thématiques : spiritualité, émergence
Rubrique : Entretien ()
