Les enfants ne se contentent pas de parler, ils agissent !

Des groupes de jeunes écologistes

Partage international no 58juin 1993

par Heide Diercks

L’Allemagne voit augmenter l’activité des Greenteams, ces groupes d’enfants appartenant à l’organisation de protection de l’environnement Greenpeace. Le 1 000Greenteam a été créé cette année au mois de mars. Ces jeunes protecteurs de l’environnement définissent eux-mêmes leurs objectifs et l’organisation de leur propre groupe. Heide Diercks, notre correspondante en Allemagne, a interrogé des membres de Greenteams et nous informe de leurs activités.

Ils ont bien changé les enfants de mon quartier : Michael, Steffen, Jonas et Jamin. Ils ont une dizaine d’années et ils ont fondé il y a deux ans une association pour la protection de la nature, puis un Greenteam (nom donné par Greenpeace à ses groupes de jeunes). Depuis, ils ont pris des mesures sérieuses et intensives pour lutter contre le comportement irréfléchi et buté de leur voisinage vis-à-vis de l’environnement. Cela même au prix de leur propre confort.

Comment en sont-ils venus là ? « Juste comme ça », répond Jonas. Ni leurs parents ni leur école ne leur ont mis ces idées en tête. « Les adultes ne font absolument rien », dit Michael, et Steffen ajoute : « Nous ne voulons pas rester les bras croisés à regarder tout se détruire et s’empoisonner. » Il se peut qu’ils aient été inspirés par les médias qui, quotidiennement, fournissent des informations sur des destructions de l’environnement, ou bien qu’ils aient été choqués par les émissions souvent bouleversantes sur les animaux et la nature diffusées par la télévision. Il se peut aussi que les reportages et les conseils écologiques publiés dans les magazines pour la jeunesse, mentionnant de plus en plus la participation des enfants et des adolescents, aient également joué un rôle.

Quelles qu’en soient les raisons, les jeunes s’engagent de plus en plus nombreux en faveur de la protection des animaux et de la nature, de la propreté de l’eau et de l’air, ainsi que pour la réduction des déchets. Leur énergie infatigable provient de leur profonde inquiétude, de leurs soucis et de leurs craintes. Bien sûr, de nombreux adultes s’inquiètent également de l’état de notre planète, mais bien souvent ils se contentent de se lamenter et de hausser les épaules avec résignation. Beaucoup limitent leur contribution à l’envoi de dons à des associations pour l’environnement.

Un nombre croissant de groupes d’enfants se lance dans l’action constructive. Ils informent le public, distribuent des badges, travaillent à restaurer l’environnement. Il est impressionnant de constater ce qu’ils arrivent à accomplir grâce à un travail concret effectué à la base. Le processus de rééducation commence généralement à la maison, où les enfants imposent souvent des règles strictes. Les parents interrogés racontent des histoires pittoresques sur la façon dont ils ont été forcés d’abandonner leurs anciennes habitudes de gaspillage, de faire leurs courses en pensant aux produits recyclables, de trier soigneusement les déchets et, bien entendu, de faire tout leur possible pour économiser l’eau. Il ne suffit pas de réparer les robinets qui fuient et de réutiliser l’eau qui n’est que peu salie, il faut aussi limiter l’utilisation de la douche (ce qui plaît certainement davantage aux enfants qu’aux adultes).

D’autre part, l’utilisation de la voiture doit être justifiée : « Tu ne peux pas prendre ta bicyclette pour aller à la poste ? » Il faut prendre le métro, même pour transporter la nouvelle chaîne stéréo à la maison. Les parents stressés se voient confrontés à d’interminables et fastidieuses discussions truffées de bons arguments chaque fois qu’ils désirent « faire un tour au centre commercial ».

L’une de mes voisines a trouvé son fils en larmes dans son lit. « Tu as de nouveau pris la voiture inutilement, tu ne fais vraiment aucun effort ! » Elle en resta muette et quelque peu honteuse.

Les enfants nettoient les déchets de leur quartier, et le McDonalds du coin reçoit de jeunes visiteurs qui critiquent le gaspillage de papier et de plastique. Des enfants de 11 ans ont installé une table devant ce McDonalds et ont entrepris de laver les assiettes en plastique qu’ils avaient récupérées. « Lavez, au lieu de jeter ! » pouvait-on lire sur une pancarte. Lors d’une journée de l’environnement se tenant dans un quartier, un autre Greenteam a construit un énorme « monstre » à partir de détritus.

Pendant l’été, ils creusent des mares et élèvent des haies de rameaux et de branches mortes, pour servir d’abri naturel à toute une faune de petits animaux. A l’automne, ma voiture fut arrêtée près de mon domicile par une corde tendue en travers de la route. Jamin, un petit garçon de six ans, distribuait des tracts. Jonas m’a demandé quel était, à mon avis, le problème écologique le plus grave et ce que j’avais l’intention de faire à cet égard. J’ai répondu : « Un air pur et une eau pure », et j’ai réalisé que je ne faisais pas grand-chose à ce sujet. Michael a noté soigneusement ma réponse.

On peut trouver les écologistes de mon quartier à leur stand d’information le jour du marché, ou à la bibliothèque pendant la journée de l’environnement. Des boîtes de conserves vides, attachées à une longue ficelle, sont entrechoquées pour attirer l’attention du public, et des posters sont affichés sur les murs, montrant des photographies et des statistiques alarmantes. Les enfants distribuent des tracts tapés à la machine avec un doigt ou rédigés à la main. La mère de Steffen m’a raconté à ce propos que son fils était devenu un bon élève presque du jour au lendemain. Il a acquis une certaine confiance en lui, améliorant sa lecture, son orthographe et son écriture, en lisant quotidiennement la presse spécialisée et en rédigeant des articles sur les espèces menacées ou sur des sujets plus généraux, pour les afficher en classe. Maintenant, sa chambre ressemble davantage à un véritable bureau qu’à une chambre d’enfant. Ses étagères, autrefois en désordre, sont maintenant incroyablement bien rangées. Les magazines, dépliants et autres brochures sur presque tous les sujets écologiques sont parfaitement classés et facilement accessibles. Les dépenses familiales de timbres poste ont bien sûr augmenté de manière impressionnante !

Un réseau de groupes de pression écologique propose en permanence des publications remplies de conseils et d’informations que le groupe, baptisé maintenant « Anaconda », achète une par une. A l’aide d’un peu de nitrate, ils testent l’eau de la rivière, du lac où l’on pêche, et de l’étang qui se trouve à côté de la décharge publique. Finalement, le groupe a « adopté » un cours d’eau : la municipalité lui a alloué certaines parties de la rivière que les enfants nettoient régulièrement.

Pourtant, malgré ces diverses activités, ces quatre enfants ne sont pas vraiment satisfaits : « Nous ne sommes pas assez nombreux et personne ne nous prend vraiment au sérieux. » Il faut reconnaître qu’il est plus facile pour des groupes d’enfants plus grands et d’adolescents de se consacrer pendant un certain temps à une tâche donnée – par exemple le nettoyage d’une forêt. Il leur est plus facile de prendre contact avec les médias et d’attirer l’attention sur leurs activités. Ceci a été démontré lors d’une journée de l’environnement organisée dans un collège, à laquelle des adultes ont également participé.

Quoi qu’il en soit, c’est l’augmentation du nombre de ces groupes et la diversité de leurs activités qui surprend. Dans notre seule commune, à la périphérie de Hambourg, je connais huit Greenteams ainsi que plusieurs groupes écologiques et équipes de travail. D’après les magazines spécialisés, de tels groupes existent un peu partout dans tout le pays. Il semble que la jeunesse soit en train de devenir très consciente de l’environnement.

Voici une liste des activités dont j’ai eu connaissance, la plupart se déroulant dans la région de Hambourg :

lutte contre la cruauté envers les animaux

les Amis des animaux s’adresse aux fabricants de cosmétiques afin qu’ils cessent d’utiliser les animaux pour expérimenter leurs shampooings,
la Société de la jeunesse allemande pour la prévention de la cruauté envers les animaux proteste contre la chasse dans les zones marécageuses,
à Brême, des campagnes sont menées contre les pièges à dauphins,
des manifestations sont organisées devant une ferme d’élevage intensif ;

lutte contre le gaspillage

manifestations à la Porte de Brandebourg à Berlin,
un groupe de Hambourg envoie tant de courriers à un fournisseur de papier, que celui-ci finit par accepter de stocker du papier recyclé,
manifestations à Mullhorst pour des « fleuristes sans aluminium »,
des enfants de Hambourg rapportent 6kg de dépliants publicitaires au Hamburger Abendblatt, le journal local,
un groupe écrit une lettre à un fabricant de chocolats : « Pourquoi faut-il que les chocolats en boite soient emballés individuellement ? »,
un groupe fait campagne contre l’utilisation massive de papier cadeau pour les fêtes de Noël ;

lutte contre la pollution de l’eau

campagne sur l’Alster à Hambourg sur un canot pneumatique afin d’attirer l’attention sur la pollution de cette rivière
un groupe interroge des habitants vivant au bord d’une rivière totalement polluée, leur demandant ce qu’ils pensent de la mousse et du carburant qui flottent sur l’eau et du déversement des égouts
un Greenteam fait des analyses sur les rives d’un cours d’eau local
des enfants dressent des barricades pour interrompre le transport des eaux usées vers une usine d’épuration ;

lutte contre la pollution de l’air

deux groupes manifestent à la foire de Leipzig pour la réduction du nombre des voitures,
de jeunes journalistes de Greenpeace interviewent simultanément des jeunes et des politiciens responsables des affaires économiques ;

la Terre

un groupe fait campagne pour la création d’un Parc mondial dans l’Antarctique,
dans une petite ville, un groupe manifeste contre les bancs des parcs publics, fabriqués en bois durs tropicaux.

Allemagne Auteur : Heide Diercks, institutrice dans une grande école primaire de Hambourg, en Allemagne.
Thématiques : éducation, émergence
Rubrique : Divers ()