Q : A la lecture de l’éditorial du numéro de septembre de Partage international, traitant de Sarajevo, j’ai été très intéressé par le parallèle établi entre l’appel du Maître de Benjamin Creme en faveur de « mesures économiques et militaires » et la conviction du Maître D.K. transmise via Alice Bailey, au cours des premières années de la seconde guerre mondiale. Voici mes questions : [1] cette conviction peut-elle s’appliquer au peuple tibétain qui pendant plus de 40 ans a observé l’enseignement du Dalaï Lama et ses recommandations de ne pas prendre les armes contre les chinois ? La phrase du Maître D.K., selon laquelle : « …les forces du mal ne comprennent pas la gentillesse » semble certainement s’appliquer à la brutalité de l’occupation chinoise. [2] Compte tenu des décennies de souffrances, la plaidoirie du Dalaï Lama en faveur d’une résistance passive peut-elle être soutenue ?

Partage international no 63novembre 1993

[1] Cette conviction peut s’appliquer très certainement à la tragique situation tibétaine (et à mon avis aurait dû être appliquée en 1959). C’est une honte pour tous qu’aucune voix internationale significative ne se soit élevée pour condamner l’invasion du Tibet par les Chinois en 1959. Les Nations unies étant restées silencieuses et apathiques, toutes les cartes du monde ont très rapidement fait figurer le Tibet comme province chinoise. Depuis lors, toute tentative de soulèvement ou de manifestation du courageux peuple tibétain s’est soldée par une brutale répression de la part de l’armée chinoise. Cependant, mon Maître n’en a pas appelé à l’héroïsme militaire déjà largement manifesté par la majorité bosniaque face à l’agression serbe, mais il a plutôt lancé un appel aux Nations unies afin qu’elles acceptent la responsabilité d’une nécessaire action économique et militaire qui seule sera capable de mettre un terme à ce conflit en toute justice et, ce qui est le plus important, évitera sa répétition dans d’autres parties du globe. [2] Les 5 à 6 millions de tibétains, non armés, disséminés dans une des régions les plus inhospitalières de la planète, n’ont pas la moindre possibilité d’engager une lutte sérieuse contre la puissante armée chinoise occupant actuellement le Tibet. Seule une action internationale, menée sur une vaste échelle par les Nations unies pourrait intervenir avec efficacité. Une telle action serait souhaitable à présent. Dans ces circonstances, la seule action pratique que peut mener actuellement le peuple tibétain est la résistance passive préconisée par le Dalaï Lama. Le changement doit venir (et je pense que ce sera le cas) des transformations internes de la Chine et, j’en suis certain, de l’émergence publique de Maitreya. Je crois également, de source sûre, que le Tibet retrouvera sa liberté dans trois ans.

Réponses données par Benjamin Creme