Psychologie pratique considérée du point de vue ésotérique – [sommaire]
Interview de Benjamin Crème par George Catlin,
GC. Vous avez déclaré qu’un peu plus d’un million d’individus actuellement en incarnation ont reçu la première initiation ou des initiations plus élevées. La population mondiale étant évaluée à cinq milliards d’habitants, cela signifie que 99,98 % de l’humanité a encore la première initiation devant elle. Quelles sont les étapes dans le développement de la conscience que cherche à franchir ce groupe constituant virtuellement la totalité de l’humanité ?
BC. Pour ce groupe qui se trouve au seuil de la première initiation, le pas le plus important à franchir est celui qui le conduira à une prise de conscience de l’âme. C’est la raison pour laquelle l’âme oriente l’individu vers une pratique de méditation au cours des deux ou trois vies précédant la première initiation. Cela débute généralement autour du degré 0,7, si l’on admet que la première initiation se situe au niveau 1,0. La méditation est le processus qui consiste à entrer en contact avec son âme.
La première initiation consacre l’acquisition des premiers aspects de la conscience de l’âme. Cela se manifeste dans l’homme inférieur, considéré comme réalité physique, astrale et mentale, par une prise de contrôle de l’élémental physique. Tel est le but de la première initiation. Ce niveau est atteint lorsque l’individu a élevé sa vibration au stade où il peut contrôler son élémental physique.
Les corps physique, astral et mental sont constitués de minuscules vies élémentales provenant des plans physiques éthériques. Soit ces élémentaux dominent notre vie, soit c’est nous qui les dominons. A l’heure actuelle, la grande majorité de l’humanité se trouve sous une totale domination des élémentaux de chaque plan, et de leur activité. La première mesure à prendre pour acquérir ce contrôle est de réorganiser le cours de sa vie de telle sorte qu’il puisse y avoir contrôle. Il ne s’agit pas de la victoire sur le désir (maya, ou illusion) qui s’exprime sur le plan physique, mais plutôt de la victoire sur le mécanisme à travers lequel maya se manifeste. Lorsqu’on y est parvenu, on peut passer la première initiation.
GC. On n’imagine guère se réveiller un beau matin et se dire : « Je décide de travailler au contrôle de mon élémental physique. » A ce stade, quelles décisions pratiques les gens peuvent-ils prendre pour croître, en dehors de la méditation ?
BC. Le corps a ses désirs : plus de nourriture qu’il n’en a besoin, plus de sexe, plus de boisson, plus de confort, de sommeil, et ainsi de suite. Ces désirs relèvent tous de la nature de désir de l’élémental physique lui-même. Dans la conscience de l’individu qui approche ce stade, il devient important de discipliner le corps. Dans presque tous les cas, la personne en vient automatiquement à devenir végétarienne. Elle devient une maniaque de l’alimentation. La nourriture, et particulièrement la nourriture équilibrée, devient un élément essentiel de son style de vie. Elle ne mangera que ce qu’elle sait être bon pour son corps physique et évitera ce qu’elle sait être mauvais.
GC. L’exercice physique fait-il partie de cet effort ?
BC. Oui. Tout ce qui peut renforcer le sentiment de pouvoir prendre en charge son corps physique en fait partie. Petit à petit, vous devenez effectivement responsable de votre corps, et pas seulement grâce à la méditation. Cette prise en charge se manifeste par l’acquisition progressive d’un contrôle sur l’élémental. Lorsque ce contrôle est suffisant, la personne est en mesure de passer la première initiation. Ensuite commence un processus semblable pour le contrôle de l’élémental astral, avec toutes ses exigences. Et c’est encore plus difficile.
GC. Vous avez également indiqué que l’éveil du principe christique fait partie de cette préparation à la première initiation.
BC. Le principe christique est en fait le principe même de la conscience. Il provient de l’âme. Le principe christique est la conscience, la conscience en tant que telle.
GC. Mais tout le monde possède la conscience, n’est-ce pas ?
BC. Oui, mais il est ici question de « conscience consciente ». Jusqu’à ce stade sur le sentier, la plupart des gens ne sont en fait que semi-conscients. Ils sont conscients en tant que personnalité, mais pas en tant qu’âme. Quand nous parlons de l’aspect conscience, nous parlons en fait du déploiement de la nature de l’âme dans la personnalité. A partir du niveau 0,7 et au-delà, l’âme s’empare de son véhicule (c’est-à-dire l’homme ou la femme, avec ses corps physique, astral et mental) et en prend le contrôle. Petit à petit, le véhicule se plie à la volonté de l’âme. C’est une véritable lutte. Mais comme la volonté de l’âme est plus forte, celle-ci finit par triompher. Auparavant, il y a vie sensible, mais pas la manifestation de la nature de l’âme, avec son dessein altruiste propre et sa propre intention.
GC. Quel est le rôle du libre arbitre ?
BC. Les gens ne disposent en réalité que d’un libre arbitre très restreint. Ils en disposent en potentialité, mais seuls les initiés le possèdent effectivement. Tant que les individus ne sont pas initiés ils sont littéralement emportés le long du chemin par la loi de l’évolution. On ne peut affirmer qu’une personne dispose de son libre arbitre que lorsqu’elle a reçu l’initiation et en particulier lorsqu’elle a maîtrisé son véhicule astral, et qu’elle se considère comme une âme et agit en tant que telle. Elle est alors maître de sa propre destinée, et contrôle causes et effets, car elle a compris la loi de cause et d’effet, elle vit selon la loi. Elle ne réagit pas, elle agit. L’initié est celui qui agit.
GC. Je m’intéresse aux divers facteurs qui permettraient d’accélérer la progression à ce stade précoce du sentier, comme les parents et la qualité de la vie de famille pendant l’enfance.
BC. La famille revêt une importance primordiale dans le degré d’élévation du but et de l’expression de la vie. La famille qui peut insuffler à ses enfants le sens de la valeur de la vie, de son caractère sacré et de sa nature spirituelle, leur offrira un bon cadre de développement.
Les parents n’ont pas à enseigner aux enfants quoi que ce soit au sujet de Dieu. Ils devraient même s’en garder. Par contre, il est nécessaire qu’ils leur donnent un sens large, inclusif, « spirituel » de la valeur de la vie humaine, de la valeur de toute vie. Il ne faut surtout pas imposer le cadre rigide d’une croyance.
GC. Vous pensez que c’est préjudiciable ?
BC. Imposer une croyance à un enfant est hautement préjudiciable.
GC. Même s’il s’agit d’un cadre relativement « éclairé » ?
BC. Cela ne fait aucune différence. C’est toujours un facteur limitatif pour la conscience de l’enfant. Il vaut mieux que l’enfant soit encouragé à voir ce qui est bon en toutes choses et à considérer que la croyance ou la religion de ses parents n’est pas la seule. Dès que vous imposez un dogme, vous limitez la conscience, la prise de conscience. C’est ce qui est tellement nuisible pour les enfants.
GC. Je m’intéresse également à l’expérience émotionnelle de l’enfant. Il me semble que certaines personnes sortent de l’enfance profondément effrayées par ce qu’elles ont vécu avec leurs parents. Qu’en pensez-vous ? Et aussi à quel stade du sentier cela devient-il moins important ? Il semble que pour les initiés plus avancés, ce qui s’est passé au cours de l’enfance importe peu.
BC. C’est vrai, tout cela est très important, et ce que vous dites au sujet des initiés est vrai également, bien qu’ils puissent eux aussi être très effrayés et limités par la manière dont ils ont été élevés. Plus un initié est avancé, plus tôt il reconnaîtra ce qu’il est dans un sens spirituel, et plus il décidera librement de la conduite de sa vie et de l’apparence qu’elle prendra. Il serait faux de prétendre que la manière dont est élevé un initié n’a aucune importance sous prétexte qu’il est de toute façon un initié. C’est important pour tous les enfants, même pour un initié. Les enfants initiés, tout comme les autres, ont besoin d’être entourés de parents aimants qui leur apportent soutien et protection, et plus c’est le cas, plus vite et mieux évolueront-ils. C’est vrai pour les initiés, comme pour tout le monde. Pour ceux qui sont moins évolués cela devient un facteur primordial, car ceux-là sont plus facilement paralysés sur le plan émotionnel et dans l’expression de leur véritable nature.
GC. Qu’en est-il de l’éducation et de la formation scolaire conventionnelle ?
BC. De nos jours, il n’existe probablement pas d’éducation valable, où que ce soit. Nous avons tous reçu une éducation limitative, paralysante dans certains cas, qui contrarie notre imagination créatrice, qui inhibe l’expression de notre individualité et qui est à l’origine de complexes de peur : peur des enseignants, peur des examens, peur des autres. L’éducation a également beaucoup trop stimulé l’esprit de compétition.
GC. Sur quels principes devrait-on insister, en matière d’éducation ?
BC. Avant tout, chaque individu devrait être considéré en tant qu’âme. L’éducation tout entière devrait être orientée en ce sens. De plus, tout enfant a besoin d’être reconnu comme être unique, avec sa structure de rayons qui lui est propre. Cette structure est l’aboutissement de ses incarnations passées et permet l’accomplissement du dessein de son âme pour cette vie-ci. Car c’est l’âme qui attribue les rayons aux divers corps.
Par conséquent, la véritable éducation, celle du futur, doit nécessairement tenir compte des structures de rayons, afin de s’adapter à chaque individu en particulier.
GC. Que pensez-vous du Q.I. ? On y attache beaucoup d’importance, et pourtant un Q.I. élevé ne correspond à rien, sauf à la réussite académique.
BC. Ce n’est pas tellement important. Naturellement vous trouverez toujours chez les initiés et les disciples un Q.I. plus élevé que chez les gens moins évolués. Mais on trouve également les Q.I. les plus faibles dans les foyers défavorisés, où les parents n’offrent pas l’impulsion, la communication et la participation qui stimulent l’individualité de l’enfant. Si bien que l’enfant perd son étincelle et obtiendra probablement un Q.I. bien au-dessous de son véritable niveau.
GC. Le mot « étincelle » résume bien vos propos. Maintenir son étincelle chez l’enfant ; c’est ce que nous nous devons de faire.
BC. Cette étincelle, c’est l’individualité. Elle est essentielle à la vie. Elle ne doit jamais être affaiblie. Malheureusement, c’est la première chose qui est réprimée dans notre société moderne. Quiconque manifeste une quelconque indépendance — facteur de vie pour l’étincelle — est immédiatement réprimé : « Ne fais pas ça. Arrête. Laisse ça! Vilain, vilain! » Et c’est continuel pour les petits enfants d’un ou deux ans.
GC. La tendance actuelle est de développer la lecture et les facultés cognitives très tôt dans la vie de l’enfant. Est-ce que cela peut inhiber l’individualité ?
BC. Non, cela n’inhibe pas l’individu, mais cela pourrait développer un facteur au détriment d’un autre. D’autre part, l’enfant peut s’en trouver stressé sur le plan émotionnel. En réalité, il convient de le laisser prendre son temps pour manifester ses propres besoins d’apprentissage, et tenter ensuite de répondre à ces besoins en observant la direction prise par l’enfant.
GC. Que pensez-vous du stress généralisé dû à la vie moderne ?
BC. Son influence est colossale. Et pas seulement sur les enfants. Tout le monde est affecté par ce stress généralisé, car nous en sommes arrivés à un stade de transformation qui engendre inévitablement une tension. Lorsque deux grandes forces s’opposent — celle qui est tournée vers l’avenir et celle qui est réactionnaire — et entrent en conflit, cela provoque un stress énorme et chacun est pris au piège de l’énergie ainsi générée.
GC. Revenons sur ce que nous avons évoqué plus haut : le nombre de vies passées aux divers stades du sentier. Pourriez-vous en donner le nombre pour chacune des étapes suivantes : depuis le tout début, que l’on pourrait définir comme étant le point le plus bas de l’involution, jusqu’au niveau 0,5 qui, sur le plan de l’évolution de la conscience, se situe à mi-chemin de la première initiation.
BC. Des centaines de mille.
GC. Des centaines de mille ? Vraiment ?
BC. Oui, des centaines de milliers de vies. Je sais que six millions de personnes se situent déjà au seuil de la première initiation, soit entre 0,7 et la première initiation.
Il s’écoule six à sept vies entre la première et la deuxième initiation. C’est une moyenne, ça peut être quinze vies, ou seulement deux, ce qui est rare. Maitreya y est parvenu en deux vies et de nos jours, seuls quelques « battants » le font en deux vies. Naturellement, cela va s’accélérer : de plus en plus d’individus le feront en deux vies.
GC. Et de la deuxième à la troisième initiation ?
BC. Une vie. Et si vous recevez la deuxième initiation suffisamment tôt, il est possible que vous receviez la troisième dans la même vie. Sinon, vous la recevrez très vraisemblablement dans la suivante. Et si vous passez la troisième assez tôt, vous pouvez également recevoir la quatrième au cours de la même vie : beaucoup d’individus s’incarnent comme initiés de 3e degré et quittent leur incarnation en tant qu’initiés de 4e degré.
GC. Et il se passe à nouveau probablement une vie de la quatrième à la cinquième ?
BC. Cela dépend. Une initiation ne peut se dérouler que sous certaines influences astrologiques. Il se peut que vous soyez prêt pour l’initiation, mais que vous ne puissiez la passer dans cette vie en raison de conditions astrologiques non conformes. Il faut alors attendre la vie suivante.
GC. Vous avez indiqué par ailleurs que de 1,3 à 1,6 la bataille fait rage, car on prend conscience de ses mirages et de ses illusions.
BC. Oui, c’est la prise de conscience de ses mirages et la souffrance qui en découle, le sentiment de ne pas être ce que l’on est. Les mirages se mettent en travers du chemin. Ce n’est pas le cas avant cette période, où l’on n’a alors même pas conscience de leur présence, et où on se trouve tout à fait à l’aise dans le brouillard de l’illusion créée par les mirages.
GC. Dans la perspective de ce conflit, dont vous dites qu’il est spécifique de cette étape du sentier, je me demande s’il ne faut pas revoir les critères habituels de santé mentale. D’habitude en effet, on considère que les gens sont en bonne santé lorsqu’ils sont stables dans leur travail et dans leur vie relationnelle, qu’ils ont en général une grande confiance en eux et se tiennent eux-mêmes en haute estime. Mais à ce stade du sentier, il me semble que ces critères de santé se détériorent généralement, tandis que l’individu lutte pour se dégager de ses mirages. Est-ce votre avis ?
BC. Du point de vue de la personnalité, les mirages permettent le maintien de l’activité et procurent une relative aisance. Mais du point de vue de l’âme, ils créent une condition d’ignorance ou de non-fonctionnement. Les mirages nous empêchent de voir la réalité.
Lorsque l’énergie de l’âme se déverse dans son véhicule, elle perturbe le statu quo et c’est alors que la lutte commence. A chaque étape sur le sentier de l’initié se produit un déséquilibre dans les forces en présence. Les énergies en provenance de l’âme sont des énergies formidables. Et il ne peut y avoir d’influx d’énergie supérieure, plus puissante, dans une structure ou une situation bien établie, sans que cela ne la transforme. Entre 1,3 et 1,6, l’estime de soi, la confiance en soi et la faculté de bien fonctionner en tant que personnalité intégrée sont constamment remis en cause.
L’individu sera plus ou moins perturbé, selon sa structure de rayons. S’il se trouve sur la ligne 1-3-5-7, donc plus extraverti et répondant davantage à l’aspect forme, sa confiance ne sera pas nécessairement aussi fortement entamée. Par contre, s’il est sur la ligne 2-4-6, plus introverti, il lui faudra faire face à une période extrêmement perturbée, surtout s’il a beaucoup de second rayon dans sa constitution. Les nouvelles énergies provoquent le chaos dans sa vie émotionnelle. Il en est toujours ainsi. Tout influx d’énergie plus élevée perturbe le statu quo.
GC. Il me semble que beaucoup de ceux qui se sont apparemment très bien adaptés à la vie, y sont parvenus car ils s’identifient complètement à l’aspect forme de leur accomplissement. C’est ce qui leur paraît être la réalité.
BC. Il y a beaucoup d’individus très intelligents qui n’ont pas encore reçu la première initiation mais qui sont extrêmement compétents dans leur profession. Il y a aussi beaucoup de personnes se situant aux environs de 1,5 ou 1,6 dans les groupes du nouvel âge, qui n’ont jamais rien fait de remarquable dans cette vie particulière mais qui sont en fait aussi évoluées que certaines des personnalités connues à l’échelle mondiale.
Vous ne pouvez pas juger l’intérieur d’après ce que vous voyez de l’aspect extérieur. Du point de vue d’un Maître, et naturellement de l’ésotérisme même, c’est la qualité de la vie qui importe — la vie à l’intérieur de la forme. La forme est importante, mais encore plus importante est la vie à l’intérieur de la forme.
GC. Un grand nombre de « génies créateurs », ayant vraisemblablement une vie intérieure bien développée qu’ils cherchèrent à exprimer à travers une forme artistique ou une autre, furent à leur époque des maniaco-dépressifs, et seraient de nos jours diagnostiqués comme tels. Quel était leur problème ?
BC. C’est le résultat d’une liaison imparfaite avec l’âme. Si la liaison avec l’âme était meilleure il se pourrait qu’un état de névrose s’installe chez l’individu (car l’âme envoie une énergie galvanisante) mais il s’ensuivrait toujours une activité très puissante, quelquefois obsessionnelle, dans une forme créatrice donnée. Cette expression peut d’ailleurs être parfaitement équilibrée. Cela dépend des autres rayons, de la stabilité émotionnelle de l’individu, de son succès, de l’argent qu’il possède, de sa situation familiale, etc. De nombreux facteurs entrent en jeu, mais cette question est généralement liée à l’ampleur et à la solidité du contact avec l’âme.
S’il existe un certain contact avec l’âme, mais de façon discontinue, vous passez alors par des périodes d’activité maniaque, suivies de périodes d’inactivité, et même de dépression.
Mais d’autres éléments entrent en ligne de compte. Tout individu créatif vit sous condition de stress. Le stress lui-même engendre une tension qui se manifeste de manière cyclique dans ces états maniaco-dépressifs. A cet état cyclique, où l’on observe une période maniaque hyperactive obligatoirement suivie par une période dépressive hypoactive, on peut aussi trouver une origine chimique, résultat d’un dysfonctionnement de substances chimiques dans le système affectant le cerveau. Il s’agit alors d’une maladie, d’un déséquilibre physiologique.
GC. Il existe des remèdes avec lesquels on essaie de rééquilibrer tout cela : le lithium pour la psychose maniaco-dépressive ou des produits chimiques plus complexes pour la schizophrénie. Quelle influence ont-ils sur la vie de l’âme et sur l’individu ?
BC. Il est toujours difficile pour l’âme de se manifester de façon parfaite à travers ses véhicules. Cela dépend du karma, de l’hérédité et de la nature chimique du corps physique à travers lequel elle tente de s’exprimer. Dans le cas d’une âme de 2e rayon, par exemple, une personnalité et un corps physique de 2e rayon donneront un véhicule très vulnérable et hypersensible pour la manifestation de l’énergie et du dessein de l’âme. Ce sont ces individus hypersensibles qui deviennent en général maniaco-dépressifs. C’est une question d’hypersensibilité et de vulnérabilité résultant presque toujours d’un facteur héréditaire.
GC. Donc, en général, vous pensez que l’utilisation de médicaments thérapeutiques peut être bénéfique ?
BC. Oui, de manière temporaire. Ils ne peuvent apporter qu’une amélioration, mais il est tout à fait indiqué de chercher à améliorer une situation donnée. C’est l’objet de tout traitement médical. Aucun médicament ne « guérit », mais il améliore l’état du malade et est de grand secours s’il rend la vie plus supportable et plus heureuse pour l’individu.
Vie amoureuse et vie de couple
GC. Pourrions-nous aborder la question de la vie sentimentale, et en particulier de l’amour romantique. Celui-ci peut également rendre la vie de l’individu « plus supportable et plus heureuse », mais il a une drôle de manière de s’évaporer au fur et à mesure que les gens évoluent et arrivent à mieux se connaître eux-mêmes ainsi qu’à mieux connaître leur partenaire.
BC. La nature de l’être est « entièreté », complète unité, le retour à l’union de Père-Mère-Dieu. Telle est la nature fondamentale qui a été donnée à l’homme et à la femme. Mais sur le plan physique, les individus ont perdu ce sens de l’unité, et ils en sont constamment en quête. Ils la trouvent tout naturellement avec un représentant du sexe opposé, qui à un moment précis exerce sur eux son attrait. Cette soif d’union est le reflet sur le plan physique du désir d’unification que l’on réalise sur le plan spirituel le plus élevé. Elle assure la procréation de l’espèce et est essentielle.
L’amour romantique est une invention relativement récente ; elle remonte aux environs des XIVe ou XVe siècles. Il devait en exister des traces auparavant, mais sa manifestation en tant que « religion organisée » date des environs du début de la Renaissance. C’est le résultat de l’influence « idéalisatrice » du 6e rayon. L’influence du 6e rayon a atteint son point culminant entre les Xe et XVIIe siècles environ. Et c’est précisément à cette période qu’a fleuri ce que nous appelons l’amour romantique. Auparavant, cette notion n’existait pas. Il y avait bien sûr rapprochement des sexes, mais largement basé sur des instincts animaux.
Mais à partir de cette époque, on commença à accorder plus d’importance à la conception idéalisée de l’être cher plutôt qu’à l’acte afférent seulement au plan physique. La notion d’amour romantique fut élaborée essentiellement par les hommes. La jeune fille était élevée dans le culte de la virginité, reflet de la nature de la Vierge chrétienne qui est un aspect essentiel de la croyance en Jésus en tant que Dieu. De la sexualité sur le plan physique dont la nature est désir charnel, la femme devenue objet d’amour romantique, fut de la même manière hissée sur un piédestal où on put l’adorer en tant que vierge. C’est ce qui a introduit la notion d’amour romantique. Elle est la mère ou la femme idéalisée jusqu’à la perfection, et cela provient de l’influence « idéalisatrice » du 6e rayon. Si un autre rayon était venu en incarnation, disons le 7e ou le 3e, l’amour romantique n’existerait probablement pas encore.
L’amour romantique est un pas vers la reconnaissance ou l’expression de l’amour spirituel. L’amour spirituel est un amour total, sans condition, s’écoulant du cœur de l’être unifié, ne demandant pas d’amour en retour. L’être s’offre tout simplement lui-même, tel qu’il est profondément. Mais au stade actuel de l’évolution de l’être humain, il est probable que cet amour-là ne serait pas suffisant pour assurer la pérennité de l’espèce.
GC. Ou la stabilité de la société…
BC. Ces deux notions sont liées. Au fur et à mesure que la société évolue, un plus grand nombre de ses membres trouve l’énergie et le temps de jouer au jeu de l’attraction sexuelle et de vivre l’amour sous ses différents aspects. Dans les milieux sophistiqués et désœuvrés, les gens font de l’amour un jeu. Son transfert sur un plan romantique est véritablement une sorte de jeu, auquel ont le temps de s’adonner les gens intelligents et surtout oisifs. C’est un produit de l’imagination astrale. C’est un mirage. Tant que dure le mirage, dure l’amour. Dès que le mirage s’évanouit, l’amour s’éteint. C’est le problème avec l’amour romantique. Du mirage lui-même dépendent les caractéristiques de l’amour.
GC. Supposons que le couple parvienne à se frayer un chemin à travers les mirages qui jalonnent l’amour romantique. Il doit bien alors rester quelque chose entre eux.
BC. Oui, cela s’appelle le karma. La force qui motive les couples à se former est la force sexuelle. Mais ce côté « sexuel » peut se situer à tous niveaux. Cela peut être la sexualité du plan physique. Cela peut être une relation astrale : ressemblance ou différence. Cela peut être une relation mentale, ou de la personnalité, ou de l’âme : ressemblance ou différence. Ou bien, idéalement, il peut s’agir d’une combinaison de tous ces aspects. L’étoile à cinq branches de la vie amoureuse, qui voit les gens parfaitement s’accorder sur ses cinq niveaux, est relativement rare. Le mariage parfait est rare. Des gens peuvent être très bien accordés sur le plan de l’âme, passablement sur le plan de la personnalité, peuvent n’avoir aucun contact sur le plan mental, peut-être quelque contact sur le plan émotionnel et probablement sur le plan sexuel. Ou bien ils peuvent avoir un assez bon contact sur le plan mental, au niveau de la personnalité et sur le plan émotionnel, mais ne pas s’accorder du tout sur le plan sexuel. Il existe quantité de combinaisons possibles.
La qualité, la profondeur et la stabilité de la relation dépendent de tous ces facteurs, mais par-dessus tout du facteur intérieur créé par des liens karmiques anciens, qui réunissent les gens en dépit de leurs différences. Ces différences sont conditionnées par les rayons et par le niveau d’évolution.
GC. Quand vous dites « être bien accordés » sur un niveau donné, pensez-vous que cela soit essentiellement créé par un échange de type positif-négatif, engendrant finalement un mieux ?
BC. Deux cas de figure se présentent : soit une similarité des structures de rayons, quand les ressemblances s’attirent. Par exemple, deux 2e rayons ou deux 3e rayons auront facilement la même conception de la vie et auront tendance à être bien ensemble. Ils demanderont à la vie les mêmes choses, et auront les mêmes intérêts. Ce sont des gens dont ont dit qu’ils ont « beaucoup de choses en commun ».
La même chose se produit, mais de manière différente, lorsque les structures de rayons sont complémentaires. Bien que les membres du couple n’aient rien en commun, certains de leurs besoins sont satisfaits par la structure de leur partenaire. Par exemple, si l’un des deux est entièrement de 2e et 6e rayons, et l’autre de 1er et 3e rayons, chacun apporte à l’autre ce qui manque dans sa nature. Ils font ensemble une bonne équipe. C’est une équipe plutôt qu’une paire.
GC. Une équipe repliée sur sa propre intégrité, ou bien une équipe au service du monde extérieur ?
BC. Ça peut être les deux. C’est une unité familiale. La cellule familiale est la base de toute société. Casser l’unité familiale pour l’insérer dans des unités de groupe, comme cela a été fait dans les kibboutz israéliens, est une démarche négative. La famille constitue une nécessité de base absolue : c’est un creuset karmique indispensable dans lequel des liens anciens sont menés à leur terme.
GC. Il me semble que beaucoup de liaisons et de mariages se défont prématurément, du point de vue de l’évolution, simplement parce que les gens ne trouvent plus drôle d’être ensemble. Et il semble que cela vient de ce qu’ils en sont arrivés à la vraie difficulté à surmonter ce que vous appelez « les liens karmiques anciens ».
BC. Oui. Les mirages de la vie amoureuse se sont évanouis. Ils sont ensemble depuis si longtemps qu’ils ne trouvent plus rien de nouveau l’un chez l’autre. Les difficultés de la construction de la famille, la nécessité de gagner sa vie, etc., pèsent trop lourdement sur leur vie sexuelle, sociale, sur leur relation mutuelle, et ainsi de suite. Beaucoup de couples abandonnent. Ils abandonnent trop tôt ou trop tard. Certains n’abandonnent pas assez tôt, alors que le mariage a rempli son office et qu’ils n’ont plus rien à s’apporter mutuellement. Ils vivent alors dans un état d’inhibition et de souffrance. D’un autre côté, d’autres abandonnent trop tôt, alors qu’ils n’ont pas encore construit une relation moins basée sur le mirage. Une fois dépassés les mirages de leurs débuts, les membres du couple doivent établir leur union sur les rapports qui peuvent (ou non) provenir d’anciens liens karmiques. Le karma doit être résolu. Neuf fois sur dix, c’est dans ce but que les gens se trouvent réunis.
GC. Existe-t-il un moyen de savoir si l’on se trouve dans le premier ou dans le second cas ? La souffrance n’est-elle pas identique dans les deux situations ?
BC. C’est très difficile. La clef est de toujours considérer la situation du point de vue de l’âme, si vous le pouvez, et d’apporter une solution aux problèmes posés. Généralement le problème essentiel est celui des enfants, et il passe avant celui des parents. Si la situation n’est pas pénible au point d’imposer une contrainte constante sur la vie et l’énergie du couple et des enfants, alors la famille devrait s’efforcer de trouver le moyen de vivre ensemble dans des conditions tolérables. Mais si la situation est par trop intolérable, alors le bien-être des enfants doit être, non pas sacrifié, mais tout de même exposé au risque d’une rupture plus ou moins complète de la famille. Beaucoup de gens pensent qu’il doit y avoir rupture totale, mais ce n’est pas nécessaire.
Quant à la question de rester ensemble ou pas, il faudrait évaluer la situation d’un point de vue karmique. N’étant pas un Maître, je ne connais pas le moyen de faire la distinction. Vous devez faire appel à votre intuition, et essayer de considérer la situation du point de vue de l’âme, du besoin des enfants, en fonction de votre sens des responsabilités, et de l’idée que vous avez de votre propre dessein. Vous devez prendre vos responsabilités, et acquérir une plus grande conscience de vos responsabilités.
GC. Dans la relation de couple, il semble qu’un problème puisse se poser lorsque les partenaires n’ont pas réussi à prendre suffisamment conscience de leur propre autonomie. Dans la théorie psychanalytique, l’autonomie est considérée comme l’aboutissement d’un complexe d’Œdipe correctement évacué. Sans parler de l’angoisse causée par la castration, ni analyser la théorie freudienne complexe, accordez-vous de l’importance au processus selon lequel l’enfant entre en conflit avec le parent de son sexe afin de gagner l’affection exclusive du parent de sexe opposé, perd normalement cette bataille et finit par s’identifier au parent de son sexe, ayant acquis dans cette évolution la conscience de sa propre autonomie ?
BC. Je crois que cela est important. Mais je n’y accorde pas l’importance que la pensée freudienne classique lui donne. Je n’ai pas l’impression que nous puissions avoir des relations humaines correctes tant que nous n’avons pas plus ou moins évacué notre complexe d’Œdipe. Car selon la théorie analytique, nous transférons dans notre vie relationnelle les besoins, les désirs et les attentes déjà vécus dans notre relation aux parents. Si nous n’avons pas réellement résolu ce complexe, nous adoptons toujours la même attitude infantile.
Par exemple, quand il se marie, l’homme moyen tend à attendre de sa femme ce qu’il attendait de sa mère, à moins qu’il n’ait résolu ce problème, auquel cas il se comportera vis-à-vis de sa femme de façon beaucoup plus adulte. Jusqu’à présent, cette attitude est plutôt encouragée par la société même, où la femme est largement considérée comme une mère. Il est également vrai que beaucoup de femmes cherchent en leur mari un être fort sur lequel elles peuvent s’appuyer et qui représente en fait leur père. De même, cela est admis par la société, où l’homme est celui qui gagne le pain de la famille et en est le protecteur, celui auquel chacun se fie pour affronter les circonstances avec calme et expérience. Ces rôles sont devenus des stéréotypes et les gens y entrent très facilement.
Nombre de mariages sont parfaitement heureux lorsque ces rôles sont respectés. Ils durent quelquefois la vie entière. Mais je pense que les gens en question progressent probablement très peu dans l’expression de leur vie. Si telle est la relation que vous avez avec votre femme ou votre mari, vous devez être limités dans l’expression de votre âme, ou même dans celle de votre personnalité. Il n’est pas possible de grandir lorsque l’on reste un enfant.
GC. Il semble que beaucoup de couples connaissent des difficultés lorsque l’un des partenaires évolue et l’autre pas.
BC. Oui, cela est très courant. D’après l’expérience que j’ai acquise auprès des groupes avec lesquels je travaille — composés de personnes plus ou moins conscientes de la nature de la Hiérarchie, qui sont ou essaient d’être des disciples actifs et conscients — ce sont les femmes qui changent davantage que les hommes, et qui sont en train d’acquérir une nouvelle conscience d’elles-mêmes ; de même que dans la société prise dans son ensemble, ce sont davantage les femmes que les hommes qui progressent dans la conscience de soi.
GC. Croyez-vous que l’effort individuel des femmes concernées a comme résultat le mouvement féministe, ou la venue de l’ère de Maitreya, l’ère de la mère ?
BC. Oui, absolument.