par Nelson Mandela,
Extrait du discours prononcé par Nelson Mandela, le 10 juillet 2003, à Westminster, en l’honneur de la Croix Rouge britannique.
La Croix Rouge occupe une place privilégiée dans le cœur de chacun de nous, car elle nous donne le sentiment d’appartenir à une communauté qui sait se mettre au service des besoins sociaux de l’humanité entière. Mais pour moi – et pour tous ceux qui ont connu l’emprisonnement pour des raisons politiques – la Croix Rouge fut aussi un phare d’humanité perçant de sa lumière le monde inhumain de l’obscurantisme politique. L’amélioration de nos conditions d’emprisonnement sur l’île Robben ont été dues pour une large mesure aux pressions que la Croix Rouge a exercées sur notre régime dictatorial. Une telle influence en dit long sur le poids moral de la Croix Rouge, car le régime de l’apartheid s’était presque toujours montré – et dans de si nombreux domaines – indifférent à l’opinion internationale.
Cela prouve que ceux qui se conduisent avec moralité, intégrité et conscience n’ont pas à craindre les forces inhumaines et cruelles, et qu’en fin de compte, ces dernières vivent dans la crainte – et sous la menace – de ceux qui s’engagent sans compromis du côté de la justice, de l’honnêteté, et de la compassion.
La guerre et l’unilatéralisme politique
Depuis deux siècles, l’histoire du monde se confond beaucoup trop avec celle de ses innombrables guerres, où l’humanité se dresse contre l’humanité dans un foisonnement de cruautés. Et le XXIe siècle, au cours duquel tant de gens espèrent voir le triomphe de la paix et de la solidarité mondiales, n’a pas connu un départ très prometteur. De nombreuses régions du monde sont encore en proie à des conflits, et nous assistons à l’apparition d’interventions militaires unilatérales menées par des superpuissances. Mais, au milieu des guerres et de leurs bains de sang, où la haine répond si souvent à la douleur, la Croix Rouge brandit fermement l’étendard de la croyance en notre humanité commune, mettant en œuvre cette croyance dans des lieux et des circonstances où domine le sentiment inverse.
Les Conventions de Genève et celles qui leur ont succédé – toutes issues de la Croix Rouge Internationale – continuent à nous rappeler avec la plus grande force notre obligation commune de prendre soin les uns des autres. Ces conventions appellent aux actions humanitaires multilatérales et aux consensus internationaux, dont elles démontrent l’efficacité avec plus de force que tous les traités.
Ces derniers mois, nous avons été obligés de nous élever vigoureusement contre la montée de l’unilatéralisme dans les affaires internationales. En public et en privé, nous avons exprimé notre vive divergence d’opinion avec le premier ministre Tony Blair et avec le président Bush, particulièrement sur la question de la guerre en Irak. Ces divergences ne se réduisent pas simplement à des divergences politiques. Je ne suis qu’un vieil homme, désormais sans fonction ni influence, et je ne désire pas en retrouver. Mais j’ai vécu, pendant presque tout le XXe siècle, dans un pays et un continent où nous avons dû consacrer presque toute notre vie à lutter contre l’héritage social et politique du XIXe siècle, et cela m’inquiète énormément de voir ainsi, au XXIe siècle, de jeunes leaders de pays développés faire en sorte de miner les plus nobles tentatives de l’humanité pour transformer cet héritage.
Dans un monde où règnent encore les plus grossières inégalités, que ce soit dans le domaine matériel ou dans celui de la puissance et de l’influence, notre espoir de coexistence pacifique repose sur la coopération de tous à l’échelle planétaire et dans une approche résolument multilatérale de tous nos problèmes, conflits, différents et défis.
La guerre contre le sida
Lorsque l’on pense au rôle de la Croix Rouge Internationale, on a tendance à privilégier celui qu’elle joue par temps de guerre. Or, il y a une nouvelle guerre aux dimensions planétaires que nous ne pouvons pas omettre de mentionner : la guerre contre le sida. Le sida est une tragédie sans précédent qui affecte le globe tout entier, mais plus particulièrement l’Afrique. A ce jour, ce virus a fait davantage de victimes en Afrique que l’ensemble de toutes les guerres, famines, inondations, et épidémies de malaria qui ont ravagé le continent africain. Il dévaste des familles et des communautés entières, décime les services sociaux, et prive les écoles à la fois d’étudiants et de professeurs. Les entreprises perdent en même temps employés, productivité et profits, la croissance économique est minée. L’espérance de vie a été amputée de plusieurs décennies, et la mortalité infantile devrait bientôt doubler dans les pays d’Afrique les plus sévèrement affectés. A lui seul, le sida a effacé des décennies de développement et terriblement compromis l’avenir.
Ce n’est rien moins qu’une guerre, une guerre mondiale qui, en fin de compte, nous affecte tous. Et, comme c’est si souvent le cas, ce sont les pays en voie de développement qui en souffrent le plus, alors qu’ils ont beaucoup moins de ressources pour y faire face. Nous sommes tous, dans ce monde moderne mondialisé, gardiens de nos frères et de nos sœurs. Trop souvent, nous avons failli à cette obligation morale.
Puisse ce XXIe siècle dans lequel vous vivez devenir vraiment le siècle où tous les êtres humains de par le monde jouiront enfin d’une vie meilleure.
Source : Croix Rouge britannique, G.-B.
Vu les circonstances mondiales actuelles et considérant le rôle vital et prépondérant que les Nations unies devraient jouer au sein des affaires internationales, nous avons regroupé ici une sélection des commentaires de Maitreya ainsi que des articles du Maître de Benjamin Creme traitant du rôle présent et futur des Nations unies.
Commentaires de Maitreya
Entre 1988 et 1993, Maitreya, l’Instructeur mondial, a communiqué une série de prévisions et d’analyses sur l’état du monde à l’un de ses plus proches collaborateurs de la communauté asiatique de Londres. Nous avons regroupé ci-dessous ceux ayant trait aux Nations unies (exprimés dans les termes de ce collaborateur).
Les Nations unies deviendront la plus puissante force politique du monde. A travers elles tous les problèmes internationaux importants seront réglés. [Partage international, septembre 1989]
Les systèmes politiques et religieux, les idéologies sont les « barreaux d’une échelle » qui nous est nécessaire pour « atteindre le toit ». Cette échelle n’est plus nécessaire lorsque le toit est atteint. Les religions sont importantes ; aussi seront-elles transformées de telle manière qu’elles enseigneront la vérité. Les gouvernements nationaux persisteront encore longtemps, cependant, la responsabilité des affaires mondiales sera de plus en plus assurée par les Nations unies du monde. [Octobre 1988]
Maitreya dit : « Le dessein, le but et le rôle des Nations unies est et doit être de servir la cause de l’humanité et non pas de devenir une force politique contrôlée par les puissants. Ni les Etats-Unis, ni l’Union soviétique ne pourront jamais dominer le monde entier. Soyez forts : défendez le véritable bien-être de votre nation et pays avec honnêteté, sincérité et détachement. Vous serez les témoins d’événements miraculeux. Les nations seront alors en paix. Ceux qui voudront la guerre disparaîtront. »[Octobre 1990]
L’Otan prendra une nouvelle forme sous les auspices des Nations unies. Sa fonction sera de surveiller les nations et les pays dans le monde entier et de les protéger contre la guerre. Les Russes, les Chinois et les Japonais seront également impliqués dans ce rôle de « police » protectrice. [Janv./fév. 1992]
Les riches et les puissants doivent prendre en charge le continent africain. L’approvisionnement en nourriture deviendra une obligation mondiale, et notamment celle des Nations unies qui jouera le premier rôle dans cette tâche. Selon Maitreya : « La nourriture abonde. » Aux Nations unies, certains disciples ont été formés par Maitreya et seront totalement dévoués à cette cause. Dès le jour de la Déclaration de Maitreya, ce message prendra tant de force que les gouvernements commenceront à le prendre en compte. Certains politiciens recherchent également des solutions. Ils feront preuve de davantage de bonne volonté dirigée dans les directions appropriées. [Juin 1988]
Le rôle changeant des Nations unies par Patricia Pitchon
[Partage international juillet/août 1991]
Selon le Maître de B. Creme, les Nations unies joueront un rôle de plus en plus important dans le monde. Interviewé par Patricia Pitchon, par l’intermédiaire de B. Creme, le Maître a déclaré : « Les Nations unies sont destinées à conduire le monde hors de son déséquilibre actuel, et à agir comme chambre de résonance pour les pensées et les aspirations des peuples du monde. »
Patricia Pitchon : La récente guerre du Golfe [1991] a, de différentes manières, mis en évidence le rôle des Nations unies. Il est généralement admis que le degré de coordination des nations qui font partie du Conseil de sécurité fut inhabituellement bon. Ceci indépendamment de la sagesse (ou du manque de sagesse) dans le choix d’entrer en guerre contre l’Irak. Mais on a l’impression que la distribution du pouvoir au sein des Nations unies – dont une grande partie se concentre dans le Conseil de sécurité – gêne le potentiel de l’Onu en tant qu’organisation efficace des nations du monde. Le Maître peut-il donner son avis sur la manière dont ce pouvoir pourrait être mieux distribué à l’intérieur de l’Onu, afin que cette organisation soit réellement représentative ?
Le Maître : Le véritable problème de l’Onu tel qu’il agit actuellement est que le Conseil de sécurité a pris le pas sur l’Assemblée générale. Ceci est considéré comme « réaliste » par les principales puissances, et leurs alliés au sein de l’Assemblée générale, qui estiment que c’est le seul moyen d’appliquer les résolutions de l’Onu. Ceci n’est pas vraiment le cas, mais c’est ainsi que les choses sont perçues. Les membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, URSS, Chine, France et Royaume-Uni), en tant que possesseurs de la bombe atomique, ont, depuis la Seconde Guerre mondiale, joué le rôle de policier du monde. Tout ce qui, entre eux, ne pouvait pas trouver accord était inacceptable. Ce fait est souligné par l’existence du droit de veto au sein du Conseil de sécurité.
Les nouvelles relations existant entre les Etats-Unis et l’Union soviétique ont fait éclater ce vieux schéma et ont créé une situation entièrement nouvelle dans laquelle la voix de l’Assemblée générale peut se faire entendre de plus en plus distinctement. Jusqu’à présent, aussi bien les Etats-Unis que l’URSS ont craint que des résolutions émanant de l’Assemblée générale ne se retournent contre eux dans des situations spécifiques. Cela ne sera plus le cas. Les Etats-Unis, lorsqu’ils auront surmonté le succès de leur récente escapade au Moyen-Orient, et l’Union soviétique seront de plus en plus attentifs à l’autorité grandissante de l’Assemblée générale des nations. Ici aussi, la démocratie est en route, et rien ne peut l’arrêter.
Les Nations unies sont destinées à conduire le monde hors de son déséquilibre actuel et à agir en tant que chambre de résonance pour les pensées et les aspirations des peuples du monde. L’Onu n’y réussira que si la voix des peuples réussit à se faire entendre. Un nouveau secrétaire général de l’Onu sera bientôt élu et prêtera serment. Son approche plus dynamique insufflera une vie nouvelle à cette institution et garantira son efficacité accrue.
PP. Que peut faire l’Onu pour tenir un rôle efficace face au problème de la faim dans le monde ?
Le Maître. Le véritable rôle des Nations unies est d’être le porte-parole des peuples du monde et d’organiser les relations internationales de manière à assurer la paix. Le but avoué des Nations unies n’est pas d’abolir la faim. Toutefois, de nombreuses agences de l’Onu se sont depuis longtemps penchées sur ce problème. Finalement, une nouvelle agence des Nations unies sera créée, dont le seul but sera la redistribution des ressources mondiales. De cette façon, l’Onu, sans modifier son rôle de « chambre des débats », pourra se saisir du problème épineux de l’aide pratique à apporter aux pauvres du monde.
PP. Ainsi que l’a prédit Maitreya, la nouvelle tendance des gouvernements du monde entier est de viser quatre tâches principales : nourrir le peuple, le loger, et lui assurer les soins médicaux et l’éducation nécessaires. Et ce, indépendamment des idéologies politiques.
Récemment, l’Organisation mondiale de la santé fut critiquée pour avoir concentré trop de ressources sur l’Europe et pas assez sur des pays plus nécessiteux, ainsi que pour avoir trop dépensé en frais administratifs. Quels sont les principes qui devraient guider les efforts de l’Onu afin d’apporter une amélioration dans ce domaine ?
Le Maître. Chaque nation doit prendre ses propres décisions, mais un plan d’ensemble pour une transformation globale, formulé et énoncé par l’Onu, pourrait constituer un stimulant accru destiné à conduire les différents gouvernements à subvenir aux besoins de santé, d’éducation, de logement et de nourriture du peuple.
Jusqu’à présent, les actions de l’Onu ont été entravées par l’intransigeance idéologique. Ces besoins de base existent quelle que soit l’idéologie suivie et quelle que soit l’époque, et une idéologie ne devrait jamais constituer un facteur de choix dans la distribution de l’aide. A l’avenir, il n’en sera plus ainsi. Chaque cas sera résolu en toute objectivité, et non selon une croyance ou un système idéologique.
PP. Quelles mesures devraient être prises pour en arriver là ?
Le Maître. Il s’agit d’un processus graduel. Cela exigera certainement une vision plus vaste que celle que l’on a généralement aujourd’hui, et il se pourrait bien que l’émergence de Maitreya doive servir de catalyseur destiné à éveiller l’humanité, et donc les Nations unies qui la représentent, aux véritables besoins du monde. L’Onu consacre trop d’efforts à la théorie et à l’idéologie. Il faut trouver une approche beaucoup plus pragmatique.
PP. Cela signifie-t-il davantage d’activité sur le terrain, par exemple ?
Le Maître. Non seulement davantage d’activité sur le terrain, mais des relations plus étroites entre les gouvernements et les organisations de secours, et entre les organisations de secours et les bénéficiaires de ces secours, afin de déterminer exactement quelle aide est nécessaire et sous quelle forme elle doit être apportée.
PP. De graves catastrophes naturelles ont affecté des millions de personnes en 1989 et 1990 – tremblements de terre, inondations, ouragans, etc. Un Fonds de secours d’urgence coordonné par l’Onu ne devrait-il pas pouvoir s’occuper des catastrophes à cette échelle ?
Le Maître. En bref, ma réponse est oui, oui, oui ! Et si l’Onu intervenait dans les nombreuses guerres locales qui causent tant de destructions, le bonheur des peuples s’en trouverait immensément accru.
PP. Cette intervention signifie-t-elle conciliation ?
Le Maître. L’intervention signifie un travail policier. Les Nations unies doivent se considérer comme le garant de la paix et des droits de l’homme.
Là où ils sont menacés par l’antagonisme existant entre factions locales, l’Onu devrait avoir le droit d’intervenir et d’offrir son aide pour rétablir la paix. Si, par exemple, cela avait été fait en Ethiopie, les tragiques souffrances de millions de personnes aujourd’hui auraient pu être évitées.
C’est avant tout à l’instigation du gouvernement américain que l’Onu a été amenée à prendre position dans la récente crise du Golfe, en grande partie parce que les Etats-Unis pensaient que leurs intérêts matériels à long terme étaient menacés. Si la même énergie et les mêmes capacités logistiques étaient déployées en faveur des besoins des pauvres, la misère et la famine seraient assez rapidement éliminées et les catastrophes naturelles entraînant tant de souffrances humaines trouveraient une réponse rapide et efficace. A cet égard, les Nations unies n’ont pas, dans l’ensemble, de quoi être fières.
PP. Est-il nécessaire de pousser les gouvernements à concentrer leur attention sur cette idée et à la mettre en pratique ?
Le Maître. Inévitablement. Pour citer le Seigneur Maitreya : « Rien n’arrive tout seul. L’homme doit agir afin d’accomplir sa volonté. »
PP. Quels facteurs empêchent les personnes détenant une position influente dans le monde de considérer la diminution de la pauvreté et de la famine comme une priorité essentielle ?
Le Maître. De nombreux facteurs entrent ici en jeu. Mais les principaux sont le manque de volonté politique d’agir pour répondre aux besoins perçus ; un sentiment d’impuissance face à l’énormité du problème ; une complaisance invétérée de la part de la vaste majorité des nations influentes, développées, et de leurs représentants (au gouvernement et à l’Onu) ; et l’avidité effrénée et l’égoïsme des hommes qui partout provoquent la peur des transformations que peuvent amener des actions sincères et désintéressées visant à redresser les déséquilibres dans le monde. Les possédants savent instinctivement que tout changement véritable et fondamental sonnerait le glas de leurs privilèges et de leur pouvoir.
PP. Bien que le Maître ait dit que plusieurs changements majeurs allaient se produire graduellement, verrons-nous l’Onu transformée d’ici à une dizaine d’années, ou cela prendra-t-il plus de temps ?
Le Maître. A moins que les nations ne perçoivent la nécessité d’une réévaluation complète des systèmes économiques en vigueur, un effondrement total de l’économie mondiale est inévitable. Ce qui provoquerait des conditions chaotiques. Par exemple, des guerres civiles, toutes sortes de querelles internes et même, en fin de compte, un grand conflit mondial. L’Onu ne pourrait rien faire pour empêcher une telle situation. Le nouveau facteur qui transformera cette menace sera l’apparition de Maitreya aux yeux du monde. Ceci est pré-vu et inévitable, et aura un effet galvanisant sur le comportement de tous les Etats membres. La rapidité de leur réaction ne peut être prévue avec précision, mais on peut estimer qu’elle sera rapide et efficace.
PP. Y a-t-il autre chose que le Maître désire ajouter ?
Le Maître : L’Onu constitue le plus grand espoir du monde. Dans ses interrelations, nous pouvons voir que la démocratie se déploie largement, symbole de cette expression de la volonté de Dieu que les hommes nomment la bonne volonté. Avec le retour du Christ, cette bonne volonté conduira tous les hommes et toutes les nations vers de justes relations et créera les circonstances permettant l’expression de cette synthèse qui constituera l’idée maîtresse qui guidera la civilisation future. L’Onu jouera un rôle déterminant dans cette vaste entreprise.
Une perspective plus saine
par le Maître —, par l’entremise de Benjamin Creme
A première vue, il pourrait sembler que le monde traverse une crise plus profonde que jamais auparavant. La guerre et le terrorisme ont accéléré le cours des événements et la peur s’est emparée du cœur de millions d’hommes. Si cette lecture de la situation était juste, il y aurait effectivement bien des raisons d’avoir peur et de se lamenter. Fort heureusement, cette vision est superficielle et masque les nombreux changements pour le meilleur qui, sans attirer l’attention, se mettent également en place. Le côté sensationnel de la guerre et du terrorisme fait la une des médias. Les actions de grande envergure qui améliorent la vie de millions d’êtres font rarement les gros titres de l’actualité, et passent inaperçues dans le tumulte suscité par des gouvernements autoritaires et des dictateurs inquiets.
Le monde doit énormément aux nombreuses agences des Nations unies dont le travail altruiste et consciencieux se poursuit fermement au milieu des discours emphatiques ou vindicatifs de politiciens ivres de pouvoir. Le temps est proche où chacun réalisera que les besoins du monde sont ceux des hommes et des femmes où qu’ils soient : besoin de nourriture et de travail, de soins de santé et d’éducation. Telles sont les priorités qui devraient guider les actions des hommes et mobiliser leur énergie et leurs ressources. Tels sont les besoins essentiels de chacun. C’est à ses risques et périls que l’humanité les néglige. Des organisations non gouvernementales spécialisées contribuent également, par leur discernement et leurs recherches, à éveiller les hommes aux dangers de cette course effrénée à l’exploitation systématique des ressources de cette planète déjà bien malade.
Nombreux sont ceux qui, jusqu’ici aveugles, ouvrent les yeux. Nombre de ceux qui se contentaient de regarder agir leurs frères passent maintenant à l’action. Pour la première fois dans la vie de nombre de ceux qui souffraient en silence, le monde est rempli d’espoir. Pour ces hommes patients et calmes, la vie ouvre ses portes, laissant entrer l’air frais et la lumière du jour. Grâce au travail des différentes organisations, une énergie nouvelle et vivifiante se répand et nombre d’hommes et de femmes y répondent et se réjouissent. Ceux-là, les serviteurs, sont les véritables héros de notre temps. Non pas ceux qui lancent des bombes du haut du ciel, mais ceux qui perçoivent les besoins de leurs frères et sœurs, et agissent, quel qu’en soit le prix.
Lorsque Maitreya apparaîtra ouvertement, aux yeux de tous, il inspirera la création d’une attitude plus saine face à la vie, fondée sur le service et répondant aux besoins des hommes et des femmes du monde entier. Il montrera que les conflits d’aujourd’hui ne sont pas inévitables. Que les dirigeants des nations ont une responsabilité à l’égard de l’humanité toute entière et que ce ne sont pas seulement leurs convictions personnelles ou idéologiques qui sont en jeu. Il appellera à la prudence et à la sagesse en ce qui concerne les armes, aujourd’hui si terriblement puissantes, et soulignera l’inutilité de faire la guerre « pour avoir la paix ».
La paix, montrera-t-il, n’est pas difficile à trouver si elle est honnêtement recherchée. La paix, affirmera-t-il, ne pourra être obtenue qu’avec l’instauration de la justice et de la liberté pour tous.
Ainsi Maitreya indiquera-t-il la direction du changement. Ainsi inspirés, les hommes franchiront un pas vers l’inconnu et verront s’accomplir les rêves de paix et les aspirations qu’ils portent depuis si longtemps dans leur cœur.
Un cœur chaleureux et un esprit ouvert – [sommaire]
par Dalaï Lama,
Le texte qui suit est extrait d’une allocution publique prononcée le 30 mai 2003, à Auckland (Nouvelle Zélande), par le Dalaï Lama.
A l’heure actuelle, tout le monde se soucie de l’humanité et il me semble qu’il y a une véritable recherche de la paix et de réelles préoccupations pour l’environnement.
De nos jours, un individu isolé ne peut plus apporter les réponses et c’est pourquoi l’ensemble de la société doit coopérer et agir en faveur de la paix et de la protection de la nature. Chacun est responsable de sa propre contribution. Des points de vue différents, des conflits, des traditions religieuses et des différences raciales se retrouvent naturellement au sein de la société et c’est pourquoi il est particulièrement important de développer le sens de l’unicité de l’humanité. Le concept de« nous » et « eux » n’a plus de raison d’être, les intérêts d’une personne sont liés à ceux des autres. Le monde entier se retrouve en chacun d’entre nous, c’est une réalité.
L’environnement a changé de façon radicale mais nous avons conservé nos anciennes habitudes de pensées ; chacun d’entre nous continue à penser en terme de « mon pays », « ma famille ». Nous devons reconnaître le fait que l’ensemble de l’humanité forme une seule entité. Les différences importent peu. Ce qui compte, c’est que nous sommes tous des êtres humains : sur les plans mentaux, émotionnels et physiques, nous sommes identiques. Par conséquent, nous devons raisonner en terme d’humanité une ; cette approche nous permettra certainement de résoudre de nombreux problèmes.
L’héritage du XXe siècle
Un autre point important concerne les découvertes réalisées au XXe siècle. Par exemple, la découverte de la bombe atomique ; de ces armes dont la puissance de destruction est telle que leur utilisation signifierait la fin du monde. Cette force ne nous a pas permis de résoudre les problèmes de l’humanité : elle a généré beaucoup de dégâts écologiques et apporté plus de peur et d’anxiété. Néanmoins, je pense qu’au moins en Europe, ces armes nucléaires ont eu un effet dissuasif pendant quelques décennies. Cependant, cette situation n’est pas comparable à une paix authentique ; il s’agit plutôt d’une absence de conflit ou d’une crainte de la guerre.
Si nous jetons un regard sur le XXe siècle, il nous apparaît comme une époque marquée par les effusions de sang à un point tel qu’il me semble que l’humanité est saturée par la violence. Il ne s’agit pas uniquement de la violence entre nations mais aussi de la brutalité au sein même des communautés. Parfois, nous assistons à des scènes de violence entre enfants ou jeunes élèves qui se battent en classe ; ces scènes sont regrettables et illustrent nos problèmes de sociétés.
J’ai eu l’occasion de participer à des séminaires ou des conférences traitant des troubles de la jeunesse. Il y a chaque fois de nombreux experts parmi les participants qui affirment que le manque de compassion et le manque d’affection au sein des familles ou de la société constituent les facteurs principaux expliquant les troubles de la jeunesse. Ce ne sont pas uniquement la prière et la méditation qui nous amènent à ce diagnostic mais également l’analyse des médecins et des travailleurs sociaux qui font les mêmes constats.
Nous sommes arrivés à la conclusion que nous devons développer le sens de la compassion au sein de la société et ceci dans l’intérêt de chacun d’entre nous. Ainsi, lors d’un séminaire sur la santé, un docteur en médecine a mentionné que les personnes qui utilisent souvent les termes « je », « moi », « le mien », connaissent un risque plus élevé d’attaque cardiaque. Ceci est dû à leur attitude trop centrée sur eux-mêmes. Cette attitude renforce un point de vue réducteur qui fait que les petits problèmes prennent des proportions démesurées. Par contre, lorsque nous raisonnons au niveau du monde entier, lorsque nous pensons aux autres, notre vision s’élargit de sorte que nos propres problèmes n’attirent plus notre attention.
Nous devons aussi mettre davantage l’accent sur la chaleur humaine et la cordialité. En général, une attention suffisante est consacrée aux questions d’éducation, aux soins à apporter au mental, mais la même attention ne se retrouve pas sur le plan émotionnel. Lors de la petite enfance et durant la période scolaire, il n’est plus accordé une importance suffisante à la chaleur des relations. Notre cerveau peut dominer complètement nos pensées et les valeurs humaines disparaissent complètement. Je pense que c’est la leçon que nous devons tirer de ce XXe siècle.
L’éducation au dialogue
Le XXIe siècle devrait être consacré au dialogue et à la paix. Pour instaurer une paix véritable, il nous faut une méthode efficace de gestion des conflits : un dialogue dans un esprit de réconciliation. Pour promouvoir la paix, nous devons favoriser le dialogue. J’ai souvent fait la suggestion d’introduire un cours sur le dialogue ou sur la résolution des conflits dans nos cursus scolaires de façon à ce que, dès qu’ils détectent un conflit, les enfants acquièrent des réflexes visant à le résoudre par le dialogue.
D’ordinaire, lorsque nous sommes confrontés à un conflit, notre première réaction est de tenter de le résoudre par la force et de rechercher les moyens dont nous disposons en ce sens ; c’est là l’ancienne manière de réagir. A ce sujet, il est intéressant de noter les différences de comportement entre hommes et femmes. Dans le passé, un corps solide constituait un atout, on le constate également dans le monde animal. Notre perception et notre attitude à l’égard des hommes et des femmes gardent une trace de ces anciens modes de pensée : un corps masculin est généralement plus solide, tandis qu’un corps féminin est plus fragile ; cette base induit des discriminations qui ne sont plus acceptables dans un monde civilisé. A l’heure actuelle, la taille physique a beaucoup moins d’importance ; ce sont le cœur et le cerveau qui comptent. Par conséquent, les enfants qui fréquentent l’école au XXIe siècle devraient apprendre à réagir par le dialogue dès qu’ils constatent un conflit. Nous devrions faire des efforts en ce sens et les perspectives pourraient changer radicalement pour le meilleur.
L’avenir du monde ne dépend que de nous-mêmes. Chacun d’entre nous a le potentiel et la responsabilité morale d’apporter sa pierre à l’édifice. Ces quelques notes constituent ma contribution qui vise à rendre l’individu et toute l’humanité plus heureux.
[Extrait de Warm Heart Open Mind.]
Avec un peu de volonté nous pourrions éradiquer la pauvreté – [sommaire]
par Jeffrey D. Sachs et Sakiko Fukuda-Parr,
Le grand paradoxe de notre époque est que la situation de grande détresse des plus pauvres – maladies, famine, eau non potable, etc. – pourrait facilement être soulagée par une aide modique des pays les plus riches. Avec moins de 1 % des revenus annuels de ces pays, les principales souffrances résultant de la pauvreté pourraient être réduites de façon très substantielle voire même éradiquées.
D’ailleurs, les pays riches et pauvres ont solennellement proclamé, non pas une fois mais au moins à quatre reprises au cours des trois dernières années, qu’ils allaient travailler ensemble pour réaliser des progrès substantiels visant à éliminer la pauvreté. Mais, la grande difficulté au niveau du développement économique n’est pas de savoir comment soulager la souffrance mais plutôt de savoir comment faire pour que les pays riches et pauvres honorent leurs engagements.
Au cours de l’année 2000, 150 leaders mondiaux se sont réunis au siège des Nations unies à New York, afin de fixer des objectifs globaux pour le nouveau millénaire. Au cours de trois sommets qui ont suivi, y compris lors de la réunion du G8 qui s’est déroulée en France, ces objectifs ont été répétés.
Avec seulement 0,7 % du PNB
Ceux-ci mettent l’accent sur la réduction de la pauvreté mais pointent aussi des problèmes apparentés tels que l’infection par le virus HIV, l’illettrisme et la mortalité infantile. Pour atteindre ces objectifs, les pays les plus riches – Etats Unis, Japon et Europe occidentale – ont marqué leur accord pour accroître (à long terme) leur aide extérieure jusqu’à 0,7 % de leur PNB. Les pays pauvres se sont également engagés à apporter leur contribution en instaurant des administrations publiques honnêtes et efficaces et des réformes économiques.
L’affaire était équitable : davantage d’aide en échange d’une meilleure gouvernance. Une aide de 0,7 du PNB s’élèverait à environ 175 milliards de dollars par an et permettrait, si elle était utilisée de manière efficace, un contrôle des grandes maladies pandémiques telles que le sida, la tuberculose et la malaria, un accroissement de la quantité de nourriture produite par les fermiers des tropiques, la scolarisation des enfants et un accès minimum à l’eau potable, à l’énergie et à d’autres marchés.
Le rapport des Nations unies sur le développement humain publié en juillet 2003 cite de nombreux exemples de programmes de développement qui ont réussi grâce à un soutien financier et à l’instauration de bonnes pratiques ; il montre avec de nombreux détails comment des investissements dans des domaines tels que la santé, l’éducation, l’agriculture, l’eau ou les installations sanitaires peuvent contribuer à l’amélioration de la situation des populations. Mais ce rapport insiste également sur l’effort qui reste à accomplir. En effet, d’un côté, la contribution des pays riches se limite actuellement à 0,2 % de leur PNB et d’un autre côté, la bonne gouvernance constitue encore un objectif lointain pour de nombreux pays défavorisés, bien que certains d’entre eux tels que le Bangladesh, la Bolivie, le Ghana, le Sénégal ou la Tanzanie se démarquent en luttant contre la pauvreté et méritent plus de soutien que ce qu’ils reçoivent actuellement.
Comment expliquer l’incapacité du monde à suivre ses engagements de lutter contre la pauvreté alors que les solutions à cette question sont bien connues ?
En ce qui concerne les Etats-Unis, leur aide au développement est relativement la plus faible parmi l’ensemble des pays donateurs (environ 10 milliards de dollars pour un PNB de 10 000 milliards de dollars soit 0,1%) ; l’explication principale à cette situation semble être la confusion qui règne dans l’esprit du public. Des enquêtes d’opinion montrent que les Américains croient fermement que leur nation aide bien plus les pays pauvres que ce n’est réellement le cas. De plus, à l’époque de la Guerre Froide et même à l’heure actuelle, une partie importante de l’aide américaine allait à des tyrans et à des escrocs afin d’appuyer la politique étrangère des Etats-Unis. Trop peu d’argent était consacré à la lutte contre la pauvreté, la faim et les maladies. Non seulement le montant de l’aide étrangère était bien trop faible mais de plus, celle-ci était mal dirigée.
Il est parfois affirmé que les pays riches n’ont pas les moyens de fournir une aide financière plus importante et que leurs budgets sont déjà trop déséquilibrés pour consacrer plus de moyens au reste du monde. Et pourtant, les Etats-Unis, le Japon et l’Europe occidentale dépensent de manière inconsidérée bien plus d’argent dans des subsides destinés à leurs propres agriculteurs – en protégeant par exemple des producteurs de sucre qui ne peuvent être rentables sous des climats tempérés – que dans l’aide au développement.
Un commerce plus équitable
Le montant de l’aide portant sur moins de 1% de leur PNB, la question n’est pas de savoir si les pays riches peuvent se permettre d’accroître leur effort ou s’ils doivent faire un choix entre d’un côté leur budget militaire et d’un autre côté la réduction de la pauvreté dans le monde ; la vraie question est de voir s’ils sont disposés à accorder la priorité à l’élimination de l’extrême pauvreté dans le monde.
Les objectifs établis lors de la conférence du millénaire, qui s’est tenue aux Nations unies, en l’an 2000, constituent le meilleur espoir de l’humanité afin de garantir que la mondialisation se fera au bénéfice de tout le monde et pas uniquement au profit des riches. Mais le temps presse, les objectifs de réduction de la pauvreté, de la faim et des maladies ont été fixés pour 2015, il ne reste qu’une douzaine d’années.
Les pays nantis doivent montrer de manière non équivoque aux pays pauvres qu’ils sont prêts à fournir l’aide adéquate via des règles de commerce plus équitables et une contribution plus généreuse au développement. Il n’y a plus de temps à perdre si nous voulons créer un monde avec plus de justice, de prospérité et de sécurité pour tous.
Publié à l’origine dans le Los Angeles Times (Etats-Unis), reproduit avec la permission des auteurs.
Source : Los Angeles Times (Etats-Unis)