Vers un krach financier systémique ?

Partage international no 349septembre 2017

par Scott Champion

Karl Marx avait formulé cette fameuse prédiction que le capitalisme finirait par s’autodétruire, un système fondé sur la cupidité ne pouvant mener nulle part ailleurs. Il ne s’était pas prononcé sur la date de cet événement, mais au vu des facteurs financiers et économiques actuels, les économistes professionnels sont de plus en plus nombreux à se demander si un tel événement ne serait pas imminent.

Certes, depuis l’effondrement de 2007-2009, les marchés financiers du monde entier ont soit atteint des sommets inégalés, soit progressé régulièrement de façon conséquente. Car, dans le but avoué de sauver le système financier américain – et, par suite, mondial – la Réserve fédérale et le Trésor américains ont renfloué à coups de milliards de dollars le marché des titres, renflouant par la même occasion les marchés monétaires spéculatifs qui brassent des milliards de dollars, sans parler de certaines banques adeptes des spéculations frénétiques, ni des sociétés d’investissement et des compagnies d’assurance risquant l’argent des autres. En conséquence, ils ont déclenché huit années d’excès de la part de la plupart des grandes institutions financières de la planète. George W. Bush aurait dit : « Si nous ne faisons pas marcher la planche à billets, nous coulons. » Et de nombreuses sources affirment que l’ancien secrétaire du Trésor Henry Paulson, soutenu par le président de la Réserve fédérale Ben Bernanke, s’est fait l’ardent avocat du sauvetage financier, tandis que d’autres responsables soulignaient que si les marchés n’étaient pas renfloués, les centaines de milliards de fonds spéculatifs entraîneraient l’effondrement du système financier tout entier en un seul jour – ou deux.

Depuis ces sauvetages, les heureux détenteurs de capitaux n’ont cessé d’être à la fête. Et pour bien faire ressortir les merveilles du capitalisme, on a largement mis en avant l’usage des jets personnels, les prix records atteints par les marchés de l’art et l’insolence de certaines propriétés immobilières. Mais tout ceci ne concerne que 1 % de la population ! Pour les citoyens du monde, désorientés et broyés par l’impitoyable rouleau compresseur des forces du marché, il en va tout autrement : l’avidité du capital leur a laissé les emplois mal payés, sous-qualifiés, le chômage, les dettes et la lutte pour pourvoir aux nécessités basiques quotidiennes. Aujourd’hui, le capitalisme n’est qu’un système malade et triste, bénéficiant à une minuscule minorité aux dépens, littéralement, de milliards d’individus. Inévitablement, la question se pose : combien de temps cela peut-il durer ? Une nouvelle crise va-t-elle se produire ?

Multiplication des mini-krachs

Pour que l’économie mondiale atteigne cette croissance « remarquable », la dette a explosé de 200 à 300 % du Produit intérieur brut de nombreux pays. Jusqu’à présent, la Chine faisait la course en tête dans ce domaine, mais le gouvernement japonais est en train de devenir le plus gros actionnaire des entreprises japonaises en multipliant les achats sur le marché obligataire intérieur afin de maintenir les taux d’intérêt sous les taux des marchés (le Japon est le pays développé le plus endetté du monde). Depuis des années, la Banque centrale européenne rafle le plus possible d’obligations européennes, si bien que celles qui restent à acheter présentent peu d’intérêt. De plus, tout comme le Japon, elle envisage ouvertement d’acheter des actions. Toutes ces économies avancées ne font que suivre l’exemple américain afin de renflouer et de soutenir leur économie. Mais cela ne peut durer éternellement. Ces mêmes Banques centrales, soucieuses de contenir diverses bulles d’actifs, annoncent l’adoption de mesures plus contraignantes. Or, puisque les marchés du monde fonctionnent grâce à l’argent facile et aux crédits, des conditions monétaires plus strictes risquent fort de précipiter une crise.

Parmi les causes d’une très probable crise financière se trouve le fait qu’aujourd’hui, les transactions sont déterminées par des algorithmes et des programmes informatiques extrêmement rapides qui sans cesse spéculent massivement sur des valeurs aux marges de profits minuscules évaluées en une ou deux millisecondes. En octobre 2014, le marché des obligations des États-Unis, l’un des marchés les plus riches en liquidités du monde, perdit 15 % de sa valeur en six minutes sans aucune raison apparente. Depuis, on a connu de nombreux exemples d’actifs financiers perdant momentanément jusqu’à 99 % de leur valeur à l’occasion d’un mini-krach. Un exemple récent et remarquable fut en juillet 2017 le mini-krach d’Amazon, l’une des entreprises dont la capitalisation boursière est la plus grande au monde, et qui perdit momentanément 87 % de sa valeur dans des transactions réalisées après la clôture des marchés.

En éliminant l’intervention humaine dans les décisions, les services informatiques jouent à présent un rôle essentiel dans les entreprises spéculatives de Wall Street, qui rémunèrent des programmeurs à coups de millions de dollars afin qu’ils écrivent des codes permettant de battre les concurrents d’un millième de seconde. Et ce n’est pas une exagération ! Lorsque l’unité de temps compétitive se mesurera en millionièmes de seconde, que restera-t-il à exploiter ? Le moment prophétisé par Marx paraît bien proche.

Les analystes s’inquiètent aussi du fait que ces ordinateurs très rapides et excessivement complexes sont reliés directement à ceux des banques de tous les pays développés, dont le matériel et les programmes informatiques ont une ancienneté de plusieurs décennies. Dans l’hypothèse d’un krach important ou d’une grosse série de pannes, nul ne sait si les deux systèmes pourraient fonctionner ensemble. La plus grande partie de la richesse mondiale est numérique, et un krach sérieux en révélerait l’irréalité. Cette « richesse » n’est qu’une suite de chiffres électroniques dans l’univers cybernétique, où cent dollars numériques ne sont guère adossés qu’à un seul dollar réel (ce ratio est le même dans n’importe quelle monnaie). Certes, lors du krach des banques chypriotes de 2013, le système international tint bon et les déposants ne perdirent que 50 % de leur épargne. Mais si une grande portion du système mondial venait à s’effondrer, les pertes financières s’avèreraient bien plus considérables.

Depuis de nombreuses années, Maitreya a prédit un krach financier signant la fin de cette économie mondiale égoïste. Comme pour la chute du mur de Berlin, nous pourrions bien nous réveiller un jour face à une situation entièrement nouvelle. Passer du système actuel à un meilleur système ne saurait être facile, mais la perte de l’illusoire richesse numérique – surtout par ceux qui font de l’argent avec de l’argent – pourrait faire entrer le monde dans un système économique plus juste, et ce plus vite et avec moins de soubresauts que les krachs boursiers d’antan, surtout sous la conduite de Maitreya.

Dans une telle hypothèse il ne serait guère difficile pour les gouvernements de renflouer leurs économies avec un minimum de liquidités, soit en autorisant tous les citoyens à retirer quotidiennement de l’argent aux distributeurs contrôlés par l’État, soit en renflouant directement les banques – par exemple à hauteur des garanties des dépôts d’État. Ainsi, l’argent pourrait de nouveau soutenir l’économie réelle. Ce n’est pas l’argent en soi qui pose problème ; c’est la spéculation qui disloque l’économie, pousse à investir dans des secteurs improductifs, et transforme le monde en un immense casino. Un krach numérique brutal tel que décrit plus haut éliminerait la spéculation à l’échelle mondiale et forcerait les gouvernements à pourvoir rapidement aux besoins réels des citoyens dans les domaines du logement, de la nourriture, de la santé et de l’éducation. Partout les gouvernements du monde se focaliseraient sur cet unique objectif.

Auteur : Scott Champion, collaborateur de Share International basé à Los Angeles.
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Rubrique : Divers ()