Partage international no 376 – décembre 2019
« Porto Rico. Hong Kong. Equateur. Haïti. Liban. Irak. Et maintenant, le Chili. Partout dans le monde, des gens se lèvent contre l’austérité et la corruption, défiant les forces de police déchaînées pour les réprimer. » C’est ainsi que débute Une révolution mondiale est en cours, un article d’Amy Goodman et Denis Moynihan de Democracy Now.Democracy Now n’est pas le seul média à avoir noté les liens qui existent entre les nombreuses manifestations qui se déroulent actuellement dans le monde. Dans un article de la BBC intitulé Les manifestations mondiales actuelles ont-elles quelque chose en commun, la BBC relate : « Ces dernières semaines, des manifestations de masse ont éclaté dans des pays comme le Liban, l’Espagne et le Chili. Toutes sont différentes – avec des causes, des méthodes et des objectifs distincts – mais des thèmes communs les relient. Alors que des milliers de kilomètres les séparent, des manifestations ont commencé pour des raisons similaires dans plusieurs pays, et certaines se sont inspirées les unes des autres quant à la manière d’organiser et de promouvoir leurs objectifs. »
L’article de la BBC note que les questions d’inégalité économique et de corruption sont à l’origine d’un certain nombre des protestations actuelles. « Beaucoup de ceux qui protestent sont des gens qui se sont longtemps sentis exclus de la richesse de leur pays. Dans plusieurs cas, une hausse des prix des services clés a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. »
Une chronique récente de CNN intitulée Une revendication a mené des manifestants dans la rue, mais le mécontentement général les y a maintenus, fait valoir des arguments similaires. « Les manifestations ont commencé à cause d’une simple étincelle. Mais le feu s’est propagé en mouvements de protestation plus larges, levant le voile sur des inégalités plus profondes, des frustrations et un manque d’autonomie qui remontent à des décennies. Et le mécontentement ne semble pas devoir s’apaiser de sitôt. En effet, partout dans le monde, des militants descendent dans la rue en mouvements très organisés et persistants pour dire à leurs dirigeants : ce n’est pas suffisant […]. Les experts déclarent que nous assistons à un point de basculement, où des gens ordinaires sont las des mesures imposées d’en haut par une classe dirigeante. »
Thierry de Montbrial, de l’Institut français des relations internationales, a commenté : « Le système traditionnel d’application du pouvoir de haut en bas est de plus en plus contesté. Il y a une révolution sociale avec une demande croissante de démocratie participative. »
Inégalités économiques
La montée des inégalités économiques est un facteur clé de nombreuses manifestations. Au Chili, c’est la décision du gouvernement d’augmenter les tarifs des bus et du métro qui a déclenché les protestations, mais les manifestants ont déclaré qu’il ne s’agissait que de la dernière mesure à l’encontre des plus pauvres. Le Chili se classe au dernier rang des pays de l’OCDE en matière d’égalité des revenus. Le gouvernement chilien a suspendu la hausse des tarifs et a concédé certaines réformes économiques, mais les protestations se sont poursuivies, voyant les revendications élargies à des salaires plus élevés et des changements dans le système de santé, l’éducation publique, les pensions et d’autres domaines.
Les manifestants ont également appelé à l’élaboration d’une nouvelle constitution qui établirait la responsabilité du gouvernement d’assurer l’éducation et les soins de santé, et d’accroître la participation des citoyens au gouvernement.
« Il ne s’agit pas d’une simple manifestation contre l’augmentation des tarifs du métro, mais d’une vague de protestations contre des années d’oppression qui ont frappé principalement les plus pauvres », a déclaré à l’agence de presse Reuters un étudiant qui prenait part à une manifestation.
Le Liban a connu des troubles similaires, à commencer par l’annonce par le gouvernement de son intention de taxer l’application de téléphonie WhatsApp, largement utilisée. Les protestations se sont étendues à d’autres questions, telles que l’aggravation de la crise économique du pays, caractérisée par la hausse du chômage et le coût élevé des biens et services de base, ainsi que par la corruption systémique du gouvernement.
« Nous ne sommes pas ici pour la taxe WhatsApp, nous sommes ici pour tout : pour le carburant, la nourriture, le pain, pour tout », a déclaré à la BBC Abdullah, un manifestant de Beyrouth.
Corruption
La corruption gouvernementale est étroitement liée aux inégalités économiques – autre cause sous-jacente d’un certain nombre de protestations. Au Liban, les manifestants affirment que bien qu’ils luttent contre la crise économique, les dirigeants du pays ont utilisé leurs positions de pouvoir pour s’enrichir par divers stratagèmes. « J’ai déjà vu beaucoup de choses au Liban mais je n’avais jamais vu un gouvernement aussi corrompu », a déclaré un manifestant nommé Rabab à la BBC.
Dans un effort pour maîtriser les troubles, le gouvernement libanais a approuvé un ensemble de réformes, y compris la réduction des salaires des politiciens, mais les protestations se sont poursuivies. Les manifestants réclament un nouveau gouvernement national entièrement composé de non-politiciens et de technocrates.
Les Irakiens réclament également la fin d’un système politique corrompu qui, selon eux, n’a pas répondu à leurs besoins fondamentaux, puisque près d’un quart de la population vit dans la pauvreté. L’un des principaux points de discorde concerne la manière dont les nominations gouvernementales sont faites sur la base de quotas confessionnels ou ethniques, au lieu du mérite. Les manifestants affirment que cela a permis aux dirigeants d’abuser des fonds publics en leur faveur ou pour récompenser leurs partisans, et que très peu d’améliorations ont été observées dans la vie de la plupart des gens.
Changement climatique
« Cet esprit de rébellion que l’on peut observer dans le monde entier signifie un rejet du statu quo et pourrait favoriser une mobilisation accélérée de la base pour éviter des changements climatiques irréversibles et catastrophiques », ont écrit Amy Goodman et Denis Moynihan, de Democracy Now.
« L’injustice sociale et la crise climatique ont une cause commune, selon un communiqué de presse du Climate Action Network, un réseau mondial de plus de 1 300 groupes environnementaux. La justice climatique et la solidarité sont fondamentalement liées à la protection des droits de l’homme et à une meilleure qualité de vie pour tous. »
Les feux de forêt d’octobre 2019 en Californie ont porté A. Goodman et D. Moynihan à écrire : « Les soulèvements populaires se répandent tout comme un incendie contre les dirigeants autocratiques corrompus, l’austérité et les inégalités. Les gens envahissent les rues, dans le monde entier, créant des liens entre les mouvements contre l’inégalité et la lutte pour un monde juste et durable alimenté par les énergies renouvelables. »
Dans une perspective plus large, Julia Norman, chargée de cours en politique et relations internationales à l’University College de Londres, a déclaré « Chaque jour, partout, les gens font pression pour leurs droits et pour l’égalité en manifestant. Ce qui est remarquable en ce moment, a-t-elle ajouté, c’est le degré de mobilisation. »
Sources : Democracy Now ; BBC ; CNN ; The Guardian ; Reuters
Thématiques : Société
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)
