Partage international no 430 – juin 2024
par Andrea Bistrich
La 9e symphonie de Beethoven en appelle à l’humanité et lui inspire un sentiment d’unité, même à notre époque. Son quatrième mouvement, l’Hymne à la joie, a cheminé avec des manifestants du monde entier, et leur a donné du courage dans leurs luttes pour la justice et la liberté.
Lorsque Ludwig van Beethoven a conduit sa neuvième symphonie pour la première fois, le 7 mai 1824, trois ans seulement avant sa mort, il était déjà complètement sourd. Lors du dernier mouvement, il se tenait dos au public et lisait les paroles sur les lèvres des chanteurs. À la fin du choral final, un musicien l’aurait tourné vers le public, qui a agité des mouchoirs et applaudi, lui réservant une immense ovation. A la vue de cette foule enthousiaste, Beethoven s’est incliné pour la remercier. Le succès était immense.
C’est la première symphonie de l’histoire à inclure un chœur et plusieurs chanteurs solistes. Alors qu’il était encore étudiant à Bonn, Beethoven décida de mettre en musique le célèbre poème Ode à la joie (An die Freude). Ce poème avait été écrit au cours de l’été 1785 par le poète et philosophe allemand Friedrich von Schiller. Cependant, ce n’est qu’en 1823 que le compositeur se consacre pleinement à cette œuvre.
Ce sera la dernière composition achevée de Beethoven. Tout au long de sa vie, il fut confronté à des problèmes de santé, qui se sont intensifiés avec l’âge. Au cours des dernières années de sa vie, il s’est retrouvé complètement isolé et éloigné du monde, en raison de ses problèmes d’audition. Il meurt le 26 mars 1827, à l’âge de 56 ans.
Deux cents ans se sont écoulés depuis la première de cette œuvre à Vienne. Aujourd’hui, la Neuvième est l’une des œuvres de musique classique les plus célèbres et les plus remarquables au monde.
Mais qu’est-ce que cette symphonie a de si particulier ? En quoi est-elle inoubliable et remarquable ? Le chef d’orchestre et compositeur américain Leonard Bernstein a un jour décrit la Neuvième Symphonie comme « infiniment satisfaisante, intéressante et émouvante. Il a expliqué : Cette musique n’est pas seulement infiniment inépuisable, elle est peut-être la plus proche de l’universalité. […] Aucun compositeur n’a jamais parlé aussi directement à autant de gens, jeunes et vieux, éduqués et ignorants, amateurs et professionnels, sophistiqués et naïfs. A tous ces gens de toutes classes, nationalités et origines raciales, cette musique évoque une universalité de pensée, de fraternité humaine, de liberté et d’amour. »
Cette universalité porteuse de valeurs, qui s’adresse à tous de la même manière, a conduit le Conseil de l’Europe à choisir le thème principal, l’Hymne à la joie, comme hymne européen, en 1972, pour qu’il soit joué « lors de toutes les manifestations officielles de l’Europe ». Le chef d’orchestre allemand Herbert von Karajan a été chargé d’en arranger une version instrumentale. En 1985, elle a été officiellement adoptée par la Communauté européenne en tant qu’hymne européen. Elle est l’expression de l’unité de l’Europe dans sa diversité et symbolise les valeurs communes – la liberté, la paix et la solidarité – des Etats membres.
Lors des Jeux olympiques de 1956 et 1964, le premier couplet du dernier mouvement a été utilisé comme hymne pour les équipes de la République fédérale d’Allemagne et de la République démocratique allemande ; d’autres pays l’ont utilisé comme hymne national avec des paroles différentes. Après la chute du mur de Berlin en 1989, cette symphonie a pris une signification particulière pour les habitants de l’Est et de l’Ouest de l’Allemagne.
En 2001, la Neuvième de Beethoven a été la première œuvre musicale à être inscrite au programme Mémoire du monde de l’Unesco en tant que symbole de la paix entre toutes les nations et tous les peuples du monde. De nombreux orchestres jouent traditionnellement cette œuvre le soir du Nouvel An, soulignant ainsi le pouvoir symbolique de cette symphonie.
La version originale de la Neuvième Symphonie est l’un des manuscrits les plus précieux de la collection musicale de la Bibliothèque d’État de Berlin. Cinq des quelque 200 feuillets manuscrits sont conservés en dehors de cette bibliothèque : deux à la Maison Beethoven à Bonn et trois à la Bibliothèque nationale de Paris.
Bien que Beethoven ait été un homme profondément solitaire et qu’il n’ait jamais réussi à trouver l’amour ou à fonder la famille qu’il avait toujours désirée, il a néanmoins créé un hymne à la joie qui embrasse la transcendance de la beauté sur la souffrance.

Partition originale de la 9e Symphonie de Beethoven
Joie et liberté
Après la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, L. Bernstein, qui avait détesté le mur et était un fervent partisan de la paix, a dirigé deux concerts à Berlin quelques semaines plus tard, en décembre : à la Berliner Philharmonie (siège de l’orchestre philharmonique de Berlin) à Berlin-Ouest et, le jour de Noël 1989, au Schauspielhaus de Berlin-Est (qui accueille le Konzerthausorchester de Berlin). Les deux fois, il s’agissait de la neuvième symphonie de Beethoven. Le chef d’orchestre a décidé de changer le texte : inspiré par la chute du mur de Berlin, il remplaça le mot « joie » par « liberté ».
Alors que des milliers de personnes étaient rassemblées dans la salle, des centaines d’autres se tenaient sur la place devant le bâtiment pour regarder la représentation sur un écran géant. L. Bernstein a déclaré : « Je vis un moment historique, incomparable dans ma longue, très longue vie. » Le concert de Berlin-Est a été retransmis en direct dans plus de 20 pays et a touché plus de cent millions de téléspectateurs. Un enregistrement a été publié en 1990 sous le titre Ode to Freedom.
Beethoven ne pouvait pas savoir quel serait l’effet de sa musique et qui s’en emparerait par la suite. L’hymne a été utilisé à tort et à travers au fil des ans. Par exemple, la Neuvième était la symphonie préférée d’Hitler et on la jouait lors de ses anniversaires. Beethoven aurait probablement été horrifié de voir qu’Hitler aimait ce morceau. Mais il aurait également été ravi que des gens du monde entier, de l’Allemagne au Japon, du Chili à la Chine, chantent l’Hymne à la joie et qu’il s’adapte à tant de langues. Il a été utilisé dans des films et dans des publicités. Et si vous recherchez « Ode à la joie » et « flash mob » sur Internet, vous trouverez une infinité d’exemples, par exemple sur YouTube ; pour une raison ou une autre, il est extrêmement populaire dans toute sorte de flash mob (une représentation impromptue) dans le monde entier.
L. Bernstein a expliqué cette grande popularité : « En ces temps de détresse mondiale et d’impuissance, nous aimons la musique de Beethoven et nous en avons besoin. Aussi désespérés que nous puissions être, nous ne pouvons pas écouter cette Neuvième Symphonie sans en ressortir changés, enrichis, encouragés. »
Appel à l’humanité
Beethoven voulait que sa musique éveille les peuples. Deux siècles après sa composition, la Neuvième de Beethoven inspire la lutte pour la liberté, la survie et la guérison dans les moments difficiles et pourrait devenir un véritable hymne à l’humanité.
En Amérique du Sud, el Himno (l’hymne) fit appel au désir fondamental d’une vie meilleure, dépourvue de violence et d’humiliation au quotidien sous la dictature. Lorsque des mouvements de résistance se sont formés contre les juntes militaires en Argentine, en Bolivie et au Chili dans les années 1970, el Himno est devenu un chant spirituel de protestation lors des manifestations de rue. Au Chili, pendant les années Pinochet, les femmes ont chanté el Himno a la Alegria (Hymne à joie) en défilant près des murs des prisons où l’on pratiquait la torture, pour que les prisonniers puissent entendre la musique.
En Chine, sur la place Tiananmen de Pékin, en 1989, des étudiants ont diffusé la Neuvième à l’aide de haut-parleurs alors que l’armée s’approchait. Les étudiants ont déclaré plus tard qu’ils avaient utilisé la Neuvième pour créer une atmosphère de solidarité et d’espoir, pour eux-mêmes et pour le peuple chinois. La musique classique en général était considérée par le parti communiste comme un symbole de la décadence bourgeoise occidentale et de l’impérialisme culturel, en particulier pendant les années de la révolution culturelle de Mao, de 1966 à 1976.
Le 20 mai 1989, lorsque plus d’un millier d’étudiants ont entamé une grève de la faim sur la place Tiananmen, le gouvernement chinois a instauré la loi martiale. La réponse des étudiants aux annonces militaires a été de diffuser l’Hymne à la joie sur une radio pirate, en mettant l’accent sur les paroles : « Tous les hommes deviennent des frères. » Ils ont déclaré plus tard que cela leur avait donné un sentiment de triomphe, de joie et d’espoir en un avenir nouveau et meilleur. Lorsque les chars sont entrés en action et ont provoqué un bain de sang, cet espoir a été brusquement anéanti.
Au Japon, la Neuvième est plus populaire que n’importe où dans le monde. Même la vie quotidienne y est imprégnée d’enthousiasme pour Daiku (nom sous lequel est connu l’œuvre dans ce pays) : des centaines de milliers de Japonais de tous horizons apprennent par cœur le texte allemand de Schiller afin de participer à l’une des nombreuses représentations du Daiku en décembre, après des mois d’entraînement et plusieurs répétitions de chorale. En 2011, 10 000 chanteurs amateurs, âgés de 6 à 93 ans, se sont réunis à Osaka pour ce brillant spectacle et ont chanté ensemble le chœur final de la Neuvième Symphonie. On peut trouver d’innombrables autres exemples de ce type sur YouTube.
Beethoven a connu d’énormes bouleversements sociaux et politiques au cours de sa vie. Il était un partisan des Lumières, le mouvement intellectuel et philosophique qui s’est développé en Europe aux XVIIe et XVIIIe siècles, et de la Révolution française. La Neuvième Symphonie incarne également l’aspiration à la fraternité, à un monde sans guerre ni destruction.
En fin de compte, l’œuvre de Beethoven traite de la « lutte pour la paix », avance Leonard Bernstein : « Pour l’épanouissement de l’esprit, pour la sérénité et le triomphe de la joie. Il y est parvenu dans sa musique. D’une manière ou d’une autre, il doit nous être possible de s’inspirer de sa musique en l’écoutant. Non, pas en l’entendant, mais en l’écoutant avec tout notre pouvoir d’attention et de concentration. Alors peut-être serons-nous dignes d’être appelés la race humaine. »
Ludwig van Beethoven (1770–1827). Compositeur et pianiste allemand : Ame : 4 ; personnalité : 4(4) ; corps mental : 1(6) ; corps astral : 2(4) ; corps physique : 7(7). Niveau d’évolution : 3.1
Leonard Bernstein (1918–1990). Chef d’orchestre et compositeur américain : Ame : 4 ; personnalité : 4(4) ; corps mental : 6(4) ; corps astral : 2(6) ; corps physique : 3(7). Niveau d’évolution : 1.6
Friedrich von Schiller (1759–1805). Dramaturge et poète : Ame : 4 ; personnalité : 4 ; corps mental : 6 ; corps astral : 2 ; corps physique : 7. Niveau d’évolution : 1.7
[Source : La Mission de Maitreya, tome I, B. Creme]
Auteur : Andrea Bistrich, collaboratrice de Share International résidant à Oberhachung (Allemagne).
Sources : Beethoven Haus, www.beethoven.de ; Leonard Bernstein, www.leonardbernstein.com
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