Un livre de Graeme Maxton et Bernice Maxton-Lee
Partage international no 388 – décembre 2020
par Felicity Eliot

Une poule ne peut pas pondre un œuf de cane.
Comment la Covid-19 peut résoudre la crise climatique
Lorsque des personnes passionnées et bien informées prennent la parole, il faut les écouter. Lorsque des spécialistes exposent les problèmes et fournissent les solutions, il faut en prendre note. Et lorsque des personnes dévouées, perspicaces, inspirées et inspirantes écrivent un livre sur la crise la plus urgente à laquelle l’humanité est confrontée, le monde doit le lire et agir immédiatement et collectivement. Graeme Maxton, économiste et militant pour le climat, et Bernice Maxton-Lee, ancienne directrice de l’Institut Jane Goodall de Singapour, sont les auteurs de Réinventer l’avenir : Une poule ne peut pas pondre un œuf de cane – Comment la Covid-19 peut résoudre la crise climatique (en anglais).
Si vous vous souciez de notre planète, si vous vous inquiétez de l’avenir de l’humanité – en gros, si nous avons tout simplement un avenir à long terme – alors, en lisant ce livre exigeant, vous vous surprendrez à sourire, à secouer la tête devant les folies du statu quo, à pleurer, ou à vous mettre en colère devant les actions destructrices, et enfin vous serez encouragé à tenir compte de l’appel des auteurs à ne pas gâcher une « bonne crise » à savoir, l’occasion offerte par la Covid-19.
C’est précisément l’énorme possibilité de changement offerte par tout ce que la pandémie met en lumière qui a apporté espoir et optimisme à ces deux auteurs obstinément engagés. G. Maxton et B. Maxton-Lee apportent de l’humour et une touche de légèreté à leurs recherches approfondies et à leurs vastes connaissances. Leur talent – et l’une des forces de ce livre – est que, malgré leur expertise évidente, ils parviennent à intéresser le lecteur et à nous entraîner avec eux. Ils nous amènent à explorer un éventail de solutions pratiques et concrètes. Il s’agit d’un appel à l’action, mais je ne me suis certainement pas sentie dépassée par les aspects scientifiques, tant ceux-ci sont habilement présentés.
Leur titre indique clairement qu’ils appellent à un changement radical de toutes nos structures, car il est tout simplement impossible d’appliquer les anciennes méthodes pour créer un nouveau monde sain et durable. On ne peut donc pas s’attendre à ce qu’un nouveau paradigme émerge des systèmes déjà en train de se désintégrer. Les normes et les mythes dominants nous maintiennent liés à un modèle archaïque et intrinsèquement destructeur, incapable de concevoir des solutions et d’engendrer de nouvelles voies. Et c’est là qu’intervient la Covid-19, qui met en lumière toutes les failles et nombres d’escroqueries : mauvaise gestion, manque de leadership, corruption, avidité, complaisance et ignorance. La différence entre ceux qui sont au pouvoir et le citoyen moyen est que les multinationales, les banques et les grands groupes d’intérêts ont exploité la situation sciemment et activement, tandis que le simple citoyen est resté impuissant face à ces forces, ou a toléré ou peut-être ignoré leurs actions destructrices. La pandémie et le confinement devraient également nous forcer à faire face à une réalité que l’industrie et les gouvernements continuent d’ignorer : l’idée d’une croissance économique infinie au sein d’un système fini est fondamentalement erronée et a un impact toxique et destructeur direct sur le monde naturel. Nous devons absolument constater que l’économie actuelle a créé des ravages écologiques et que la destruction de notre environnement nous a apporté la Covid-19. Il s’agit du simple déroulement des causes et des effets et de notre rôle à cet égard.
Pas d’embellissement de la situation
G. Maxton et B. Maxton-Lee sont intransigeants avec les faits et déterminés à ne pas les édulcorer. Les nouvelles sont mauvaises et ils en fournissent de nombreuses preuves. Ils concluent : « L’ampleur du problème climatique est telle que, même si des centaines de millions de personnes vivaient à 100 % de manière durable et ne créaient absolument aucun gaz à effet de serre, cela ne suffirait pas pour éviter le point de basculement. »
Le lecteur plein d’espoir pourrait affirmer que les alternatives vertes font des progrès. Bien que cela soit exact, « le marché n’offre pas de solution à ces problèmes. Les panneaux solaires, les Teslas et certaines technologies à venir ne nous sauveront pas. » Que faire alors ? Ils répondent : « Seuls un mouvement populaire et une réforme structurelle fonctionneront. » Le lecteur est encouragé à tout changer dans sa façon de vivre et à y encourager les autres. Si cela peut sembler simpliste à un cynique, c’est en fait la seule façon d’avancer. Il n’est guère plaisant de lire comment l’humanité s’est fourvoyée, mais il n’y a qu’une seule façon saine de répondre à la science.
Ce livre aborde des questions clés : Qu’est-ce qui empêche les sociétés de changer ? Si la Covid-19 a montré que nous étions capables d’apporter des changements radicaux du jour au lendemain, la triste vérité est que le recours aux combustibles fossiles est toujours bien là. Les gouvernements signent des traités qui leur donnent des années pour agir, comme si la planète avait le temps, et nous nous refusons de payer plus cher pour de l’énergie propre, tout en espérant qu’une transition progressive se produira. « Dans les faits, cependant, les sociétés choisissent d’endommager l’atmosphère, plutôt que de changer. C’est un problème de mentalité, pas un problème technologique. »
La fin des mythes
Les Maxton sont doués pour détruire les mythes. La croyance en une force magique et des idées erronées nous ont amenés à adopter des comportements destructeurs. Nous croyons en la croissance économique, nous croyons que la richesse va « ruisseler ». Depuis le temps, il devrait être clair que ce n’est pas le cas ; les inégalités sont plus grandes que jamais. « Si des millions de personnes ont été sorties de la pauvreté au cours des trente dernières années, la plupart restent très pauvres. Plus de 90 % vivent encore avec moins de 10 dollars par jour, tandis que le fossé entre le monde riche et le monde pauvre est trois fois plus grand aujourd’hui qu’en 18201 ».
Un autre mythe pernicieux, une théorie que le monde considère comme réelle et logique, est que nous devrions laisser les forces du marché aussi peu réglementées que possible moins de paperasserie, moins de règles et de réglementations afin que la croissance économique soit plus rapide et meilleure. (Notez combien les gouvernements et le secteur financier travaillent pour la déréglementation et la libéralisation des marchés, en particulier depuis 2008.) La conséquence de la déréglementation est la destruction de l’environnement en toute impunité – pas de lois, pas de sanctions.
Avons-nous toujours été aussi indifférents aux autres et à la nature ? Nous avons développé des habitudes de complaisance, d’avidité, de croire tout permis et de consumérisme facile, comme si l’excès était devenu un droit. L’individualisme et l’importance accrue accordée aux opinions, plutôt qu’aux faits, à la science et à l’expertise, rendent la recherche de solutions plus difficile. Le rejet des valeurs humaines permet aux grandes entreprises de négliger l’impact de leurs politiques sur les communautés, les familles et la nature. Leur objectif est bien sûr le gain à court terme – indépendamment de la souffrance humaine ou des dommages écologiques. Notre absence de remise en cause et nos attitudes illogiques nous ont enfermés dans un état d’insouciance que la Covid-19 a démasqué. Les restrictions du confinement montrent la voie : « La Covid-19 a enseigné aux sociétés combien elles doivent investir dans la transition si elles veulent faire ce qui est nécessaire. »
Un facteur crucial dans ce cadre est notre acceptation des définitions actuelles de la politique, du rôle des politiciens et de la démocratie – qui devrait être gouvernée par le peuple, plutôt que par l’influence de l’argent et de puissants groupes de pression. « Ce sont les gens qui décident de ce que les sociétés considèrent comme bien et mal. Ce sont eux qui choisissent les indices de réussite et fixent les horizons temporels qu’ils jugent utiles. Les gens définissent leurs relations les uns avec les autres et les relations des sociétés avec la nature. Ce que les gens considèrent comme leur droit, ou leur devoir, ce qu’ils considèrent comme la liberté et l’ordre, sont tous des choix. Si l’humanité veut se libérer du fardeau écologique qu’elle s’est elle-même imposé, elle doit d’abord comprendre que le système dominant de développement humain utilisé dans la plus grande partie du monde aujourd’hui, également connu sous le nom de néolibéralisme, est la cause principale de ses problèmes. »
Ce livre met en évidence non seulement tous nos défauts, mais présente également des arguments et des solutions convaincants, ainsi que des encouragements et des conseils à tous ceux qui se soucient de la planète et de ses habitants. Plusieurs chapitres sont consacrés à l’élaboration d’un plan d’action pour l’avenir, d’un manuel pour les acteurs du changement, d’avertissements sur les obstacles possibles au changement, de mises en garde et de rappels que le collectif – la société – doit être notre priorité, plutôt que la culture du « moi ».
Que pouvons-nous faire en tant qu’individus ? Les auteurs fournissent une fiche d’information pratique et un aperçu des moyens de changer d’état d’esprit – le sien et celui des autres, nous rappelant que nous devons tout remettre en question et tout repenser en nous joignant à d’autres personnes également déterminées à effectuer la transition urgente et nécessaire vers de nouvelles façons de vivre dans tous les aspects de la vie. Si vous vous reconnaissez dans cette détermination, alors ce livre est pour vous.
A chicken can’t lay a duck egg – How Covid-19 can solve the climate crisis, John Hunt Publishing, 30 octobre 2020, 136 pages, ISBN : 9781789047622.
PS : J’ai pu demander à Graeme Maxton s’il souhaitait faire un commentaire en rapport avec le climat après l’élection présidentielle américaine. Il a répondu que, même s’il ne partageait pas l’euphorie, l’élection de J. Biden était « une bonne nouvelle pour l’action sur le changement climatique. Mais si son intention de se joindre à nouveau à l’accord de Paris est un premier pas bienvenu, il est important de se rappeler que ce qui a été convenu à Paris n’évitera pas une catastrophe, ni ne la retardera d’une seconde. Nous devons changer nos dirigeants élus et exiger des objectifs de réduction des émissions beaucoup plus radicaux. »
1 – Lire : Comment vivait-on en 1820 et en quoi la vie s’est-elle améliorée depuis, OCDE.
Auteur : Felicity Eliot, rédactrice en chef de Share International, basée à Amsterdam (Pays-Bas).
Thématiques : environnement
Rubrique : Compte rendu de lecture ()
