Une femme candidate à la présidence du Kenya

Partage international no 110octobre 1997

La première femme candidate à la présidence du Kenya sait bien ce qu’il y a d’outrageant à devoir marcher des kilomètres pour trouver de l’eau potable pour sa famille. Charity Kiluki Ngilu, défenseur des femmes et des pauvres, est considérée comme un concurrent redoutable pour le président Daniel Arap Moi, au pouvoir depuis 19 ans. Et ce, en dépit d’un sexisme séculaire inhérent au patriarcat de la société kenyanne. Candidate pour le Parti Social Démocrate, elle se propose de remédier aux scissions ethniques qui divisent le pays. « Ce pays est blessé », déclare-t-elle. « Il existe une hostilité et une haine déclarée entre les différentes tribus. Une personne neutre, étrangère au sérail, doit s’interposer et devenir médiatrice. » Nombreux sont ceux qui voient en C. Ngilu ce médiateur.

Charity Ngilu est la neuvième d’une famille de treize enfants. Elle a reçu de son père, qui était pasteur, la force de combattre pour une croyance. Sa famille a été élevée avec des moyens modestes, mais C. Ngilu a réussi à obtenir une bonne éducation car l’école était gratuite avant la proclamation de l’indépendance du Kenya. Elle a suivi des études commerciales au collège et a créé par la suite plusieurs entreprises florissantes. Alors qu’elle prospérait, elle s’est trouvée de plus en plus choquée par les conditions de vie qui régnaient dans le district de Kitui où elle résidait, à près de deux cents kilomètres à l’est de Nairobi. Elle a levé des fonds pour construire des puits et des systèmes d’approvisionnement en eau, afin que les femmes n’aient plus à porter l’eau sur leur dos. Elle a apporté son aide à la création de cliniques afin que les habitants des villes ne meurent plus de maladies curables. Peu après, plusieurs membres de l’association féministe locale se sont présentées au domicile de C. Ngilu lui demandant d’être candidate aux premières élections législatives multipartites du Kenya. « Vous êtes folles », leur a-t-elle répondu. Son indignation face à la condition des pauvres l’a finalement convaincue d’accepter leur requête. « La pauvreté est un cercle vicieux. Je parle avec autorité et affirme que cette situation n’a pas lieu d’être aujourd’hui dans notre pays. » En 1992, elle battait le candidat officiel du parti dirigeant grâce à un soutien populaire considérable.

Les stratèges politiques pensent que C. Ngilu a une bonne chance de gagner si elle parvient à faire de cette élection une confrontation entre elle et M. Moi. Pour d’autres, le pays est encore trop instable et les hommes encore peu enclins à accepter d’être dirigés par une femme. Néanmoins, lors d’un récent rassemblement politique à Mombasa, elle a été acclamée par une assistance essentiellement masculine. Pour ces hommes, elle représente une rupture radicale avec la politique tribale et séparatiste du passé. Comme l’a déclaré un jeune homme : « Charity parle de l’unité, et cette unité unifiera les hommes et les femmes. Si nous votons pour un homme, il n’y aura aucun changement. Avec une femme, un grand changement se produira inévitablement. » 

Kenya
Sources : New York Times, Etats-Unis
Thématiques : femmes, politique
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)