Partage international no 446 – octobre 2025
Il est difficile d’imaginer notre « bille bleue » à court d’une ressource qui en occupe une si grande partie. Mais ce ne sont pas les vastes océans salés qui sont menacés, c’est l’eau douce, moins visible. En fait, de vastes régions du monde perdent leur eau douce et s’assèchent plus rapidement et à une échelle plus grande que jamais. Parmi celles-ci figurent une grande partie de l’Ouest américain, le Mexique, l’Amérique centrale et le Moyen-Orient.
Une nouvelle étude de l’université d’Etat de l’Arizona publiée dans Science Advances révèle que le pompage excessif et généralisé de l’eau, principalement pour les exploitations agricoles et les villes, à partir d’aquifères qui ont mis des millénaires à se remplir, est l’une des deux causes principales de l’assèchement. L’autre est le réchauffement climatique, résultat de la combustion des énergies fossiles. Les émissions polluantes agissent comme une couverture autour de la Terre, empêchant une trop grande partie de la chaleur du soleil d’être rejetée dans l’atmosphère. L’excès de chaleur assèche les terres et les plans d’eau.
Les données satellitaires de 2002 à 2024 utilisées pour l’étude montrent non seulement que les régions s’assèchent plus rapidement que prévu, mais aussi que les pertes en eau contribuent à l’élévation du niveau de la mer, encore plus que la fonte des glaciers. A elle seule, l’élévation du niveau de la mer devrait causer des dégâts considérables au cours des prochaines décennies.
Pire encore, là où les aquifères sont surexploités, le sol peut s’affaisser à mesure que les espaces souterrains s’effondrent, et cette perte peut être irréversible, laissant aux générations futures moins de réserves d’eau. Jay Famiglietta, hydrologue et coauteur de l’étude, a déclaré que les conséquences à long terme seront désastreuses : les agriculteurs auront du mal à produire suffisamment de nourriture, les économies seront menacées, un nombre croissant de personnes quitteront les régions touchées par la sécheresse, les conflits liés à l’eau se multiplieront et davantage de gouvernements seront déstabilisés dans les pays non préparés.

De vastes régions du monde s’assèchent plus rapidement et à une échelle plus grande que jamais.
Solutions
Les données satellitaires montrent que ces régions touchées par la sécheresse ne vivent pas selon leurs moyens en termes de ressources en eau, selon Hrishikesh Chandanpurkar, coauteur de l’étude. « En réalité, l’eau n’est pas valorisée et les réserves à long terme sont exploitées pour générer des profits à court terme », a-t-il déclaré. Il espère que ces conclusions inciteront à prendre des mesures pour lutter contre la surexploitation chronique de l’eau. Dans certaines zones arides, il n’y a aucune limite au forage de puits ou à la quantité d’eau qu’un propriétaire foncier peut pomper, et l’eau est gratuite. Des lois peuvent être adoptées pour changer cette situation, et des projets visant à capter davantage d’eaux pluviales et à reconstituer les aquifères peuvent être mis en place.
Les régions arides auraient tout intérêt à suivre l’exemple d’Israël. En 1965, Simcha et Yeshayahu Blass ont inventé un émetteur d’irrigation goutte à goutte en plastique qui a contribué à transformer Israël, autrefois désertique, en une puissance agricole. Aujourd’hui, il est utilisé partout dans le monde. Dans les années 1980, les Israéliens ont fait de l’économie d’eau une question de fierté civique en évitant de laisser couler inutilement le robinet (ou la douche). Israël connaît de nombreux problèmes, mais aujourd’hui, le manque d’eau n’en fait plus partie, même si le pays se trouve dans l’une des régions les plus arides du monde.
Ils y sont parvenus en gérant leurs ressources en eau avec soin et en construisant cinq usines de dessalement très efficaces. De plus, Israël collecte, traite et réutilise – principalement pour l’irrigation – plus de 90 % de ses eaux usées. Il transporte son eau de manière très efficace, avec peu ou pas de pertes dues à l’évaporation ou aux fuites. Et il réglemente son eau par la loi, dans le but d’empêcher les polluants, les détergents, l’essence, les insecticides et le sel d’entrer dans le cycle de l’eau.
J. Famiglietti conclut : « Parmi tous les sujets d’inquiétude révélés dans cette étude, la seule chose sur laquelle l’humanité peut vraiment agir rapidement est la décision de mieux gérer les eaux souterraines et de les protéger pour les générations futures. Les eaux souterraines deviendront la ressource naturelle la plus importante dans les régions arides du monde. Nous devons les protéger avec soin. »
Sources : Los Angeles Times
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()
