Un message d’espoir pour la planète

Un livre de Paul Hawken : Drawdown

Partage international no 349septembre 2017

par Monte Leach

Paul Hawken, auteur du récent best-seller (du New York Times) Drawdown1 (la Décrue), admet facilement que le sous-titre du livre, Le plan le plus exhaustif jamais proposé pour renverser le réchauffement climatique, est un peu provocateur. Mais il explique que ce sous-titre a été choisi justement pour souligner un fait important : avant la publication de son livre, aucun plan détaillé pour inverser le changement climatique n’avait jamais été proposé.

Il y a eu des propositions et des accords pour ralentir, limiter et stopper les émissions, plus un engagement pour empêcher les températures globales d’excéder de plus de 2° C les niveaux préindustriels. Mais jusqu’à maintenant, aucun plan n’existait pour réduire la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Les origines

Les origines du livre remontent à 2001, quand Paul Hawken, écologiste renommé, entrepreneur et auteur, commença à poser une question pressante aux scientifiques du climat et de l’environnement : « Sait-on ce qu’on doit faire pour arrêter et inverser le réchauffement climatique ? »

Il commente : « Je pensais qu’ils pourraient me fournir une liste de choses à faire. Je voulais connaître les solutions les plus efficaces déjà en place, et l’impact qu’elles pourraient avoir si elles étaient portées à grande échelle. Je voulais aussi en connaître le coût. Mes contacts me répondirent qu’un tel inventaire n’existait pas, mais tous tombèrent d’accord sur le fait qu’une telle liste serait utile. Mais l’établir ne faisait pas partie de leurs domaines d’expertise respectifs. Après plusieurs années, j’arrêtais de poser la question, car dresser une telle liste n’entrait pas non plus dans mon domaine de compétence. »

Puis, en 2012, après la publication de l’article La nouvelle équation terrifiante du réchauffement climatique de Bill McKibben, plusieurs amis écologistes de Paul Hawken commencèrent à annoncer que s’en était fait de la planète Terre. Mais lui pensa au contraire que c’était le début de la partie, le choc salutaire d’avertissement.

Il créa donc le Project Drawdown (le projet Décrue), un groupement à but non lucratif de « chercheurs, scientifiques, entrepreneurs et militants […] qui mesurent, modélisent et communiquent sur une panoplie de solutions collectives réalistes face au réchauffement climatique, dans l’intention de parvenir à la décrue. »

Dans notre cas, le terme décrue définit le moment dans le temps où la concentration atmosphérique de gaz à effet de serre commence à décliner. Le but du projet était d’identifier les solutions ayant le plus d’impact face au réchauffement planétaire, afin de déterminer ce qui pourrait être accompli pour parvenir à la décrue lors des trente prochaines années.

Un groupe international de chercheurs rassemblés par Paul Hawken et l’équipe du projet Décrue a établi une liste de solutions et a sélectionné celles ayant le plus grand potentiel pour réduire les émissions ou séquestrer le carbone de l’atmosphère. Les propositions devaient être déjà disponibles, leur utilisation en hausse dans le monde, mais elles devaient aussi être économiquement viables. Les analyses furent soumises à l’examen rigoureux d’experts indépendants, ainsi qu’à un comité consultatif d’éminents scientifiques qui passèrent le texte en revue et le validèrent.

Des conclusions surprenantes

Les années de recherche, d’analyse et de passage en revue donnèrent lieu à 80 solutions qui remplissaient ces critères, plus 20 autres disponibles dans un futur proche, n’étant pas tout à fait prêtes mais disposant d’un gros potentiel.

Plusieurs solutions se révélèrent être des surprises. Par exemple, la solution ayant l’impact potentiel le plus grand sur le réchauffement climatique n’est pas, comme on pourrait l’attendre, le déploiement de l’éolien terrestre (solution numéro 2), les fermes solaires (des centrales photovoltaïques – numéro 8), ou les panneaux photovoltaïques sur les toits (numéro 10), mais la gestion de la production du froid (numéro 1). Peut-être de manière aussi surprenante, on trouve parmi les dix premières la réduction du gaspillage alimentaire (numéro 3), une alimentation riche en végétaux (numéro 4), l’éducation des filles (numéro 6) et le planning familial (numéro 7).

Les détails relatifs à chaque solution incluent la quantité de gaz à effets de serre séquestrés ou non-produits sur une période de trente ans (2020-2050), et le coût de l’implémentation, ou dans la plupart des cas, les économies faites.

Concernant la réduction du gaspillage alimentaire, Paul Hawken souligne une ironie tragique : « Un tiers de la nourriture produite ou préparée n’arrive pas jusqu’à l’assiette. Ce chiffre est effrayant, surtout quand on se rappelle que la faim dans le monde concerne 800 millions de personnes. Une autre tragédie en découle : le gaspillage alimentaire relâche chaque année 4,4 milliards de tonnes équivalent carbone dans l’atmosphère, soit à peu près 8 % de la production anthropogène de gaz à effets de serre. »

Bien que les raisons du gaspillage alimentaire varient parmi les pays à haut et bas revenus, « le résultat est plus ou moins le même, écrit P. Hawkins. Produire de la nourriture non consommée gaspille une quantité de ressources : graines, eau, énergie, terres, fertilisants, heures de travail, capital financier, et génère des gaz à effet de serre à chaque étape, y compris du méthane quand la matière organique atterrit dans la poubelle globale. »

Réduire le gaspillage alimentaire limite également la déforestation visant à étendre les terres agricoles, et évite ainsi beaucoup d’émissions additionnelles.

Parmi les meilleures solutions pour inverser le réchauffement climatique, l’éducation des filles n’est pas généralement associée avec le changement climatique. Mais P. Hawken relie les deux problèmes sans hésiter : « Il s’avère que l’éducation des filles a un effet incroyable sur le réchauffement climatique, écrit-il. Les femmes avec plus d’années de scolarité ou d’étude ont moins d’enfants mais qui sont en meilleure santé, et prennent activement en main leur santé en matière de procréation. »

Une analyse publiée dans le magazine Science, basée sur l’expérience de la Corée du Sud, montre que si toutes les filles dans le monde pouvaient aller à l’école primaire et secondaire, il y aurait 850 millions de personnes en moins sur la planète d’ici 2050, comparé au taux de scolarisation actuel.

Citant les bénéfices en termes de santé et d’économie qui résultent de la scolarisation des filles, P. Hawken conclue que « scolariser les filles est le levier disponible le plus puissant pour briser le cycle de la pauvreté intergénérationnelle, tout en réduisant les émissions par la diminution de la croissance démographique. »

Selon l’Unesco, la scolarisation universelle dans les pays à faible et moyen-bas revenus pourrait être atteinte en comblant un manque de financement annuel de 39 milliards de dollars.

Top 10 des solutions au changement climatique

Classement des résultats du scénario plausible, qui modélise les progrès attendus par les solutions avancées dans la liste Décrue d’ici 2050.

1. Gestion de la production du froid
2. Turbines éoliennes terrestres
3. Réduction du gaspillage alimentaire
4. Alimentation riche en végétaux
5. Forêts tropicales
6. Scolarisation des filles
7. Planning familial
8. Fermes solaires
9. Sylvopastoralisme2
10. Panneaux solaires sur les toits

2 – Le sylvopastoralisme est la pratique qui consiste à mélanger gestion forestière et pâturage d’animaux d’élevage d’une façon mutuellement bénéfique. Les avantages d’une bonne gestion sylvopastorale sont la meilleure protection du sol et une augmentation du revenu à long terme, grâce à la production simultanée végétale et animale. [Ndt : Le bocage normand avec les vaches laitières sous les pommiers/poiriers en est une forme.]

Dans quelle direction allons-nous ?

Le livre présente trois scénarios possibles pour le futur, basés sur la rapidité avec laquelle l’humanité implémentera les solutions retenues. Dans deux de ces scénarios, la décrue – la baisse de la concentration atmosphérique des gaz à effet de serre – est atteinte en 2050. Selon le site web du projet Drawdown, son rôle « n’est pas de mettre en place ces solutions, mais plutôt de montrer comment elles le sont déjà par l’humanité, et de montrer le potentiel de ces solutions si elles étaient utilisées à grande échelle pendant les trente prochaines années. »

Le projet Décrue a créé une large association de personnes éminentes dans le champ climatique, qui aident à diffuser le message du groupe et à intégrer le but de la décrue dans leurs propres travaux. Le groupe bénéficie de partenariats avec des entreprises, des ONG, des militants, des chercheurs et des particuliers. M. Hawken ajoute : « Tout récemment, nous avons été retenus par la secrétaire générale du Commonwealth, Patricia Scotland, pour collaborer avec l’organisation intergouvernementale sur les futures recherches. Mme Scotland a signé l’engagement du Commonwealth d’intégrer la décrue dans les agendas économiques et écologiques des 52 pays que compte le Commonwealth, lesquels représentent collectivement juste un peu moins d’un tiers de l’humanité. »

Impacts espérés

Dans la conclusion, l’auteur reconnaît qu’il espère que le livre ne fera pas qu’inspirer des changements individuels mais encouragera aussi les gens à se réunir pour créer un mouvement. « C’est pour cela qu’en créant la Décrue et son site web, nous cherchons à faire davantage que mener des recherches et informer. Nous voulions captiver et surprendre, présenter d’une nouvelle façon les solutions au réchauffement planétaire en vue de contribuer au rassemblement de l’humanité en un réseau cohérent et plus efficace de gens qui peuvent faire accélérer le progrès vers l’inversion du changement climatique. »

M. Hawken conclue avec force : « La science sait que pratiquement tous les enfants démontrent un comportement altruiste, avant même qu’ils ne sachent parler. Il se trouve que le souci du bien-être de l’autre est ancré en nous de manière organique et endémique. Nous sommes devenus des êtres humains en travaillant ensemble et en s’aidant. Cela reste vrai aujourd’hui. Ce qu’il faut pour renverser le changement climatique, c’est qu’une personne après l’autre se souvienne qui elle est vraiment. »

La décrue offre un message d’espoir pour la planète Terre, basé sur des solutions réalisables face au changement climatique, qui sont actuellement disponibles et déjà en cours d’utilisation. Mais tout comme avec d’autres messages d’espoir, il faudra de l’initiative et des actes pour réaliser son potentiel.

Pour plus d’informations : drawdown.org

1 – non traduit

Auteur : Monte Leach, journaliste radio indépendant et éditeur de la revue Share International pour les Etats-Unis, il réside à San Francisco.
Sources : drawdown.org
Thématiques : environnement
Rubrique : Compte rendu de lecture ()