Taux record de CO2 dans l’atmosphère

Partage international no 393mai 2021

par Kenny Stancil

« C’est une véritable révolution, a commenté Greta Thunberg au sujet de l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Et ce n’est pas une bonne nouvelle. »

Selon des mesures réalisées à l’observatoire de Mauna Loa, à Hawaï, la concentration en dioxyde de carbone dans l’atmosphère a dépassé les 420 parties par million, le 3 avril 2021, pour la première fois dans l’histoire.

Lorsque la station de recherche de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) (Institut américain de l’océan et de l’atmosphère) « a commencé les relevés du taux de CO2 à la fin des années cinquante, le taux de CO2 dans l’atmosphère restait autour de 315 ppm, a rapporté le Washington Post. Le samedi 3 avril, la moyenne était de 421.21 ppm. »

La militante pour le climat Greta Thunberg a décrit le dépassement du seuil des 420 ppm comme « étant une véritable révolution ». Ce seuil « se situe à peu près à mi-chemin du doublement des taux préindustriels de CO2 », a noté le Post. En effet, 416 ppm représente le point médian entre les niveaux de CO2 de l’ère préindustrielle, c’est-à-dire 278 ppm, et le double de ce chiffre, soit 556 ppm. Le record de 421 ppm atteint le 3 avril n’est qu’un pic isolé atteint à proximité de la période des pics annuels. Mais les taux de ces deux derniers mois, à plus de 417 ppm, indiquent que la moyenne annuelle dépassera probablement les 416 ppm.

Alors que la concentration croissante du CO2 dans l’atmosphère – qui fait augmenter la température moyenne mondiale ainsi que la gravité des phénomènes climatiques extrême – est une tendance à long terme qui correspond à la montée du capitalisme actionné par les combustibles fossiles, cette tendance s’est tout particulièrement intensifiée depuis les années 1970.

Selon les estimations, le doublement du taux de CO2 dans l’atmosphère devrait causer une augmentation de la température de 2,6 à 4,1ºC au-dessus des moyennes de l’ère préindustrielle, un tel niveau de réchauffement « que même si les émissions venaient soudainement à chuter, la planète continuerait à se réchauffer dans les années à venir », a commenté le Post.

Zeke Hausfather, spécialiste du climat au Breakthrough Institute de Californie, explique : « Le réchauffement actuel est le résultat de toutes nos émissions depuis la révolution industrielle – pas seulement de celles de l’année dernière. »

Comme l’a indiqué le Post, le CO2 n’est pas le seul GES à la tendance « inquiétante ». Les émissions de méthane ont connu un pic aussi. Bien que le méthane reste moins longtemps dans l’atmosphère que le CO2, il absorbe beaucoup plus la chaleur, ce qui signifie qu’il aggrave encore plus la crise climatique. Selon le Environmental Defense Fund (Fonds de défense de l’environnement), l’impact du méthane est 84 fois plus fort que celui du CO2 au cours des vingt premières années après son émission. Le Post cite aussi l’hexafluorure de soufre, un GES qui « résulte de la production des isolateurs utilisés dans les réseaux électriques haute tension ». Alors que sa concentration reste de beaucoup inférieure à celle des autres gaz à effet de serre majeurs, la hausse de son taux dans l’atmosphère a doublé depuis 2003. L’hexafluorure de soufre est aussi des milliers de fois plus puissant – une molécule à elle seule peut causer 23 900 plus de réchauffement qu’une molécule de CO2 ; et elle peut se maintenir dans l’atmosphère pendant plus de trois millénaires.

Alors que les accords sur le climat de Paris cherchent à limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale de telle sorte qu’elle ne dépasse pas de plus de 1.5°C les températures moyennes de l’ère préindustrielle, d’ici la fin du XXIe siècle. L’Organisation météorologique mondiale a prévenu en 2020 qu’il y avait 20 % de probabilité pour que ce niveau de réchauffement soit atteint ou dépassé au moins une fois sur une année d’ici 2024. « La science est claire à ce sujet, a déclaré fin décembre le secrétaire général des Nations unies, António Guterres. A moins que la production mondiale de carburants fossiles ne soit réduite de 6 % chaque année entre maintenant et 2030, la situation sera pire. Bien pire encore. »

Auteur : Kenny Stancil, journaliste à Common Dreams.
Sources : commondreams.org
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()