Succès dans la récupération et la restauration de terres autochtones

Partage international no 436décembre 2024

La tribu amazonienne Ashaninka ou les Premières Nations de Colombie-Britannique sont la preuve irréfutable que les peuples autochtones sont les mieux placés pour gérer et préserver les terres sur lesquelles ils vivent. Quel que soit leur environnement spécifique, leur sagesse traditionnelle prévaut.

La tribu des Ashaninka vit dans la forêt amazonienne de l’ouest du Brésil. Il y a trente-deux ans, à la suite d’une longue lutte, le gouvernement fédéral a créé le territoire Ashaninka du rio Amônia, et la tribu, au cours de ces trois décennies, a pu reprendre ses territoires aux éleveurs de bétail non-indigènes qui avaient laissé à nu beaucoup des terres, et aux bûcherons qui avaient dépouillé la forêt restante de ses arbres les plus précieux. Ces étrangers ont dû partir, les prairies ont été remplacées par des arbres fruitiers et des essences de bois d’œuvre, et la tribu a replanté les arbres précieux coupés par les bûcherons. Pour garantir la remise en état, les dirigeants du village Ashaninka ont instauré un système de gouvernance fondé sur le bien collectif et l’autosuffisance. Chacune des 80 familles doit prendre soin d’une zone de forêt incluant des arbres fruitiers et des plantes médicinales, tandis que tous partagent des parcelles agricoles, des étangs, des jardins cultivés et de la forêt autour du village.

De plus, les Ashaninka ont mis en place une stratégie de développement des relations avec les communautés voisines, indigènes et non-indigènes, afin de créer une zone tampon et atteindre des institutions situées en dehors de la région. Cette initiative a permis de mettre fin aux intrusions d’étrangers comme les bûcherons et les mineurs. Le territoire d’Amônia aujourd’hui reboisé, la tribu est devenue autosuffisante et jouit d’une renaissance culturelle.

Reconnaissant leur succès, le Fonds amazone a, en 2015, pour la première fois dans ce domaine, accordé à la tribu la somme de 2,2 millions de dollars pour améliorer l’agroforesterie et élargir l’expérience aux autres tribus autochtones. Puis, en novembre dernier, le Fonds a attribué la somme de 6,8 millions de dollars à l’Organisation des peuples autochtones du rio Jurua, pour aider douze autres territoires indigènes de l’ouest de l’Amazonie à utiliser le modèle des Ashaninka pour améliorer la gestion de leurs terres. La production de nourriture, la consolidation des cultures et la surveillance de la forêt constituent les points centraux de ce modèle. Ce projet couvrira 6 400 km2, une zone de la taille du département de la Haute-Garonne en France.

 

Les Premières Nations de Colombie-Britannique

Les Premières Nations de Colombie-Britannique doivent faire face au défi que représentent les très nombreux vestiges de l’industrie du pétrole et du gaz : les appareils de forage, les défrichements, les routes et les anciens chantiers. Les milliers de puits désaffectés ont perturbé les écosystèmes locaux, menacent de contaminer les sources environnantes et émettent des gaz à effet de serre.

Au milieu des années 2010, les entreprises de pétrole et de gaz ont restauré de mauvaise grâce les sites de forage, en semant simplement de l’herbe sur la terre compactée par les machines. Le tapis d’herbe épais qui a poussé a étouffé les arbres et les plantes endémiques, empêchant la recolonisation par la nature. Les connaissances indigènes n’avaient pas été sollicitées.

A la fin des années 2010, les Premières Nations de Saulteau se sont réunies pour savoir ce que les communautés souhaitaient pour leurs terres, et le premier objectif identifié fut de démarrer leur propre entreprise de restauration écologique. Puis, en 2019, la Commission de régulation de l’énergie de Colombie-Britannique a fait appel aux Premières Nations pour renaturer une plateforme de forage, autrefois une zone humide, où la végétation avait à présent disparu. L’équipe des Premières Nations, avec l’aide d’un écologiste embauché pour ce projet, a observé l’écoulement de l’eau sur le site qui dessinait un sillon sinueux dans le sol, puis ils ont creusé une petite mare pour retenir l’eau. En collaboration avec les anciens et les participants, ils ont ensuite créé une base de données des espèces de plantes natives de cette zone, identifié ce qu’il était nécessaire de réintroduire sur le site, et ils ont planté. Cinq ans plus tard, l’étendue dépouillée du puits s’est transformée en une florissante zone humide.

Ce projet pilote constitue le début de Aski Reclamation, entreprise qui a depuis bénéficié de contrats importants pour la renaturalisation de puits désaffectés sur le territoire des Premières Nations de Saulteau, et est à présent agréée en ce sens. Elle s’est aussi diversifiée à la faveur d’autres projets de restauration de terres, comme la plantation d’arbres natifs pour restaurer des zones de forêt déboisées pour des routes forestières désormais obsolètes, et la restauration d’anciens sites miniers.

Colombie
Sources : Associated Press ; The Narwhal
Thématiques : peuples et traditions
Rubrique : Divers ()