Partage international no 383 – juillet 2020
Interview de Raoul Willems par Alain Aelvoet
Raoul Willems connaissait bien Alice Bailey. Il l’a rencontrée en 1936 à Anvers et est devenu son premier collaborateur en Belgique. Il a vécu une vie très active et mouvementée en tant que directeur d’une société. Soldat émérite, décoré pour sa bravoure sous le feu ennemi, il a échappé au moins sept fois à une mort certaine. Il éprouvait un intérêt particulier pour les sciences naturelles, en particulier la biologie et l’ornithologie. Il s’est également intéressé à l’astrologie. Le regretté Alain Aelvoet, de Bruxelles, l’a interviewé pour Partage international. Raoul Willems avait 91 ans lors de cet entretien. Cette interview a été publiée pour la première fois dans Partage international en janvier-février 1989.
Partage international : Pourriez-vous nous parler des circonstances dans lesquelles vous avez rencontré Alice Bailey ?
Raoul Willems : C’était en 1936, peu après son mariage avec Foster Bailey. Après avoir ouvert un bureau à New York, elle se rendit avec lui en Angleterre, son pays natal, et ils s’installèrent alors à Tunbridge Wells, dans le Kent. Ils firent plusieurs voyages en Europe afin de tenter d’éveiller un intérêt pour son organisation, La Bonne Volonté mondiale. J’eu la chance de les rencontrer tous les deux un soir à Anvers, dans une loge d’expression française de la Société Théosophique. Le président de cette loge, le juriste Wittemans, m’introduisit auprès des Bailey. Lorsqu’ils apprirent que je parlais couramment l’anglais, ils m’invitèrent immédiatement à dîner avec eux dans un restaurant de la Groenplaats.
La conversation aborda de nombreux sujets. Je me souviens qu’Alice Bailey se remémora un incident qui s’était produit en Inde, à Madras [désormais Chennai], ville où la Société Théosophique avait son siège principal. La société y tenait un restaurant végétarien. Alice et ses amies servaient d’habitude les repas à tour de rôle dans la salle à manger. Un jour, deux hommes entrèrent et commandèrent des steaks frites. Alice se rendit à la cuisine demander ce qu’elle devait faire. La réponse qu’elle obtint fut très inamicale et on lui demanda d’éconduire les clients hors du restaurant. Alice considéra toutefois que ce n’était pas là des manières polies de se comporter et répliqua : « Ce qui entre par la bouche est moins important que les mots qui en sortent. » Ce sur quoi elle rendit son tablier et s’en alla… Telle fut ma première rencontre avec elle.

Alice Bailey
PI. L’avez-vous rencontrée à nouveau en d’autres occasions ?
RW. Certainement. Les Bailey m’invitèrent à séjourner avec eux en Angleterre pendant quelques jours afin que nous fassions mieux connaissance – et je m’y rendis. Madame Bailey préparait les repas elle-même et, pendant plusieurs jours, je dinai avec son mari, une de ses filles accompagnée de son bébé, un collègue qui faisait des conférences au Royaume Uni, ainsi qu’un Hollandais qui devait travailler plus tard avec moi à Anvers. Foster Bailey essayait à cette époque d’établir un lien télépathique avec un ami résidant en Australie.
PI. Avez-vous pu assister à l’une des transmissions télépathiques du Maître DK par l’intermédiaire d’Alice Bailey ?
RW. Oh oui. J’eus même le privilège d’être témoin d’un important changement dans la manière de procéder. Après que j’eus passé plusieurs jours avec eux, Foster Bailey m’invita à me rendre dans la chambre de sa femme afin que je puisse voir par moi-même comment elle recevait les messages du « Tibétain ». Je la vois encore assise dans son lit, se tenant droite comme un i. De la main gauche, elle tenait un calepin sur lequel elle écrivait à une vitesse stupéfiante de la main droite. Tandis qu’elle écrivait, son mari me murmura à l’oreille que sa femme avait commencé à écrire à 6 h du matin. Elle ne devait s’arrêter, complètement épuisée, qu’à 10 h du matin. Un jour où je me trouvais là, elle se plaignit de ne pouvoir continuer, car elle était sur le point d’avoir un malaise.
PI. Comment le Maître répondit-il ?
RW. Mme Bailey sembla écouter pendant un moment puis, se tournant vers nous, elle déclara : « DK répond qu’il y a pensé. Au lieu de parler, il va projeter ses pensées sous forme de phrases sur le mur. Tout ce que j’aurai à faire sera de les dicter dans un micro. Nous commencerons dès que le matériel d’enregistrement nécessaire aura été installé. » A partir de ce moment-là, et pendant deux jours, je ne vis Alice Bailey que brièvement lors des repas, car elle s’était mise fébrilement à acheter et à installer l’équipement nécessaire. Quand elle fut prête à commencer les premières séances expérimentales, Foster vint me chercher afin que j’assiste à ce nouveau mode de transmission. Alors qu’Alice parlait, un cylindre de cire, tournant à vitesse constante, enregistrait ses paroles. Environ toutes les 20 minutes, une dactylo venait changer le rouleau enregistré pour en mettre un neuf.
Je me souviens d’une petite anecdote que je voudrais vous raconter. Ce fut un incident amusant. Je me trouvais seul avec Alice dans sa chambre. Comme nous parlions, mon attention fut attirée par un phénomène étrange. Bien qu’il n’y eût pas de courant d’air, la porte n’arrêtait pas de s’ouvrir et de se fermer. Alice suivit mon regard et s’exclama immédiatement à haute voix : « Vas-t-en, espèce de petit lutin ! » Puis, se retournant vers moi, elle déclara : « C’était un petit élémental qui s’amusait à se balancer sur la porte en se cramponnant au loquet. Lorsque je suis intervenue, il a sauté et est parti en pleurant. »
PI. N’avez-vous pas également servi de traducteur, à cette époque, à l’occasion des conférences qu’Alice donna en Belgique ?
RW. Oui, en effet. Après être resté chez eux à Tunbridge Wells pendant environ deux semaines, je retournai à Anvers. Madame Bailey me déclara qu’elle devait bientôt se rendre en Belgique, afin d’y donner quelques conférences, et me demanda si je voulais bien faire office de traducteur.
Quelques semaines plus tard, elle se rendit à Bruxelles et à Anvers. La branche flamande de la Société Théosophique commençait à avoir un certain succès à Anvers, et il fut décidé de faire une traduction simultanée de la conférence suivante à la fois en français et en flamand. Ce ne fut pas une réussite, car l’intervalle entre les phrases anglaises était trop long. Je parvins toutefois à intéresser la presse de langue française à sa visite, et de nombreux articles furent ainsi publiés. Je rassemblai un groupe de 14 personnes et, sous le nom de Bâtisseurs du Nouvel Age, nous répandîmes les brochures produites par la Bonne Volonté mondiale en français aussi bien qu’en flamand.
PI. Avez-vous pu continuer le travail pendant les années de guerre ?
RW. Nos activités se poursuivirent jusqu’au début de 1942. L’un de nos membres m’avertit alors que les Allemands avaient décidé de m’envoyer dans un camp de concentration. Puisque, je n’aurais plus été d’aucune utilité à la Bonne Volonté mondiale et que mon décès aurait rendu ma femme malheureuse, je demandai si on ne pouvait pas revenir sur cette décision. La réponse arriva, disant que je devrais cesser totalement d’organiser ou de participer à des réunions et de correspondre avec l’Amérique. Je capitulai, n’ayant pas d’autre choix. Après la guerre, j’organisai des méditations mensuelles lors des pleines lunes pendant de nombreuses années, mais je ne pus continuer plus longtemps à avoir le même engagement envers la Bonne Volonté mondiale, trop occupé à développer la société internationale pour laquelle je travaillais.
PI. Quelles étaient, à l’époque, les prévisions concernant la réapparition du Christ et des Maîtres de Sagesse ?
RW. Je ne me souviens pas que ce sujet ait été mentionné, ni avant ni après la guerre. Il n’en était pas non plus fait mention, à l’époque, dans les enseignements de l’Ecole Arcane. Tout était concentré sur la préparation au discipulat, et les traductions du Retour du Christ (1948) ne nous parvinrent que dans les années cinquante. Je me souviens que ce livre fut bien accepté. Cependant, un certain nombre de réserves furent émises, en particulier parmi mes amis qui étaient essentiellement des catholiques convaincus. Ils étaient certains que la catastrophe du « jugement dernier », telle qu’elle est prédite dans la Bible, devait encore se produire. Je ne suis personnellement attaché à aucune Eglise et je me sens libre d’assister à n’importe quel service religieux. En ce qui me concerne, il n’existe qu’un seul Dieu, adoré de différentes manières.
Pour ce qui est de l’apocalypse, j’ai l’impression qu’en un certain sens nous sommes encore en train d’en faire l’expérience. N’est-il pas incroyable de constater la décadence actuelle ? Des millions d’êtres humains vivent dans une pauvreté complète, et des millions meurent de faim dans un monde où il y a largement assez de nourriture pour tout le monde. Sans oublier la pollution de l’environnement naturel, une pollution qui atteint des proportions intolérables et qui est, par ailleurs, une conséquence de l’égoïsme de l’être humain.
La technologie est exploitée au sein d’un système compétitif où la devise « enrichissez-vous rapidement » représente la motivation principale. Il me semble normal qu’en de telles circonstances, où la dégénérescence et la décadence prévalent, le Christ doive revenir − et j’espère le plus rapidement possible − afin d’empêcher une troisième guerre mondiale. Je réalise toutefois que ce sera aux disciples, ainsi qu’aux hommes et femmes de bonne volonté, de faire le travail par eux-mêmes, car le Christ et les Maîtres ne peuvent que nous montrer le chemin, nous donner des conseils et nous encourager.
PI. Que pensez-vous, quant à vous, de l’information selon laquelle le Christ est maintenant présent dans le monde ?
RW. Je suis très heureux que le monde soit protégé par la présence de Maitreya. Et que quelqu’un tel que Sathya Saï Baba – dont je pense en effet qu’il peut très bien être un Christ cosmique − ait déclaré qu’il n’autorisera jamais qu’un conflit nucléaire mondial ait lieu.
J’ai participé à Bruxelles à l’une des méditations de transmission conduites par M. Creme, et c’est ma rencontre personnelle avec lui qui m’a convaincu de la réalité de la présence du Christ. Mon sentiment est que M. Creme n’est pas simplement un prédicateur ordinaire. Il ne se met pas au-dessus de l’auditoire et n’essaye pas de rallier à lui des partisans. Son enseignement consiste simplement à donner une information. Par-dessus tout, j’apprécie son solide sens de l’humour. Cependant, il apparaît parfois transfiguré, ses paroles ne semblent plus provenir de lui-même. Manifestement, il est alors adombré.
Je trouve remarquable ses réponses aux questions (dont certaines sont assez stupides) dans le livre La Mission de Maitreya. De telles réponses ne sont possibles que s’il existe un contact avec un Maître de Sagesse, qui semble tout connaître. Le contact de M. Creme avec un Maître est pour moi indubitable, d’autant plus que − autant que je puisse le constater − il n’entre en contradiction avec aucune des informations que le Maître DK a transmises par l’intermédiaire d’Alice Bailey.
PI. Que pensez-vous de l’accent mis par Maitreya sur la nécessité du partage ?
RW. L’ère du Verseau est l’ère du partage et de la fraternité universelle. La récente encyclique papale, Sollicitudo rei socialis, dans laquelle le pape se prononce haut et fort en faveur d’une meilleure distribution de la richesse, est un signe très positif. Il est évident qu’en utilisant ne serait-ce qu’un pour cent de l’ensemble des dépenses d’armement il serait possible d’organiser rapidement un programme d’urgence afin de mettre un terme au scandale de la famine.
Au sujet du pape, le scénario de M. Creme selon lequel Maitreya, après le Jour de Déclaration, présentera au monde le Maître Jésus, qui reprendra alors le trône de St Pierre, correspond à la prophétie de St Malachie, primat d’Irlande au 12e siècle. St Malachie a donné à tous les papes des noms latins symboliques et, selon cette liste, le prochain sera le dernier de 111 papes. Il a donné à ce pape le nom de De gloria olivae (la gloire de l’olivier), supposé vouloir dire que ce pape inaugurera une ère de réconciliation et de paix. Je me rends compte que cela paraîtra un peu trop tiré par les cheveux à beaucoup, mais il pourrait bien s’agir du Maître Jésus lui-même.
J’attends avec impatience le Jour de Déclaration du Christ, un événement que je n’aurais jamais imaginé pouvoir vivre. Cette pensée m’émeut profondément. J’espère que celui qui est venu « comme un voleur dans la nuit » apparaîtra bientôt afin que la prophétie biblique selon laquelle « tous le verront » soit réalisée. J’espère sincèrement que cette « Pentecôte planétaire » stimulera les hommes et les femmes de bonne volonté afin qu’ils bâtissent ensemble une société digne de l’humanité.
Auteur : Alain Aelvoet,
Thématiques : spiritualité
Rubrique : Entretien ()
