Partage international no 195 – novembre 2004
Les représentants de 110 pays, incluant plus de 50 chefs d’Etat et de gouvernement, ont approuvé une campagne pour mobiliser annuellement 50 milliards de dollars supplémentaires au titre de l’aide au développement, afin de lutter contre la faim et la pauvreté dans le monde. « Le plus grand scandale n’est pas que la faim existe mais qu’elle persiste alors même que nous avons les moyens de la supprimer. Il est temps d’agir », sont les termes de la déclaration adoptée à l’issue du Sommet des dirigeants du monde contre la faim et la pauvreté, qui s’est tenu en septembre 2004, au quartier général des Nations unies, à New York.
La déclaration a également vivement recommandé aux gouvernements d’examiner attentivement le rapport préparé pour la conférence et décrivant une série de moyens pour collecter ces fonds supplémentaires. Ceux-ci incluent une taxe internationale sur les transactions financières et sur le commerce des armes, un système d’emprunts internationaux, et un projet de lancement de cartes de crédit dont les utilisateurs reverseraient à cette cause un petit pourcentage de leurs dépenses.
Le président français Jacques Chirac a exprimé sa satisfaction pour ce rapport qui propose « des solutions techniquement réalistes et économiquement raisonnables ». Il a déclaré qu’un mouvement d’une importance majeure contre la faim et la pauvreté s’est fait jour au sein de l’opinion publique internationale. Interrogé sur l’opposition de certains pays, dont les Etats-Unis, à la taxation des transactions financières et du commerce des armes, J. Chirac a déclaré : « On ne s’oppose pas durablement et victorieusement à une position soutenue par 100 pays, et qui sera probablement approuvée par 150, créant de ce fait une situation politique nouvelle. »
Ce sommet a été organisé par le président brésilien Lula da Silva, lequel a pu ainsi étendre sa croisade contre la pauvreté, avec l’aide de ses collègues du « Quintet contre la faim » qu’il avait lui-même lancé – les présidents de la France (Jacques Chirac) et du Chili (Ricardo Lagos), le premier ministre espagnol (José Luis Rodríguez Zapatero), et le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan.
L’initiative de ce Groupe des Cinq est le premier pas d’une nouvelle coalition avec une vision multilatérale du monde. Elle est à l’opposé de l’alliance de George W. Bush, Tony Blair et José María Aznar. Frei Betto résume ainsi ces deux visions opposées : « L’axe de Bush et l’axe de Lula : le premier pense que la paix résultera de l’équilibre de deux forces, alors que le second pense qu’elle sera la conséquence naturelle de l’instauration de la justice sociale. »
Les Nations unies ont salué les efforts du président brésilien et, dès janvier 2004, Kofi Annan a signé avec les présidents brésilien, français et chilien la Déclaration de Genève contre la Faim et la Pauvreté. La Déclaration de Genève vise à atteindre en 2015 les Huit Objectifs du Millénaire approuvés par 191 pays en l’an 2000. Ces huit objectifs sont : éliminer les situations extrêmes de pauvreté et de faim, la fin de l’analphabétisme, la réduction de la mortalité infantile, l’amélioration de la santé maternelle, l’arrêt de la propagation du sida et des autres épidémies, assurer un environnement viable, et la création d’un partenariat mondial pour le développement.
Thématiques : Société, politique, Économie
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)
