Se réapproprier le droit à la vie et à la cohabitation

Partage international no 455juillet 2026

par Pauline Welch

Comment résister face à la cruauté et l’injustice inégalées et déshumanisantes que subissent les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie ? Comment résister lorsque le reste du monde a oublié l’ampleur de votre détresse ?

Selon Benjamin Creme, efforcez-vous d’être le meilleur possible.

Soumis à une extrême adversité et à la haine pure, vous gardez le cap. Entouré par la destruction, vous faites preuve d’ingéniosité résolue et de créativité. Vous vous opposez à l’égoïsme stupide et impitoyable en satisfaisant les besoins de ceux moins aptes que vous. Malgré la souffrance et l’obscurité vous illuminez votre monde d’un plaisir inoffensif, d’espoir et de joie. Vous manifestez l’indestructibilité de l’esprit humain face au mal.

Voici quelques exemples de la résilience et de la résistance des Palestiniens. Ceux-ci n’impliquent pas que la culture palestinienne soit parfaite. Loin de là. Comme n’importe quelle autre nation elle a ses vertus et ses défauts. Mais les Palestiniens montrent ce qui est possible, y compris face à un avilissement et une destruction presque totaux. En opposition aux efforts d’Israël pour faire régresser le monde, l’esprit de la Palestine se projette vers le meilleur de toutes les manières possibles.

 

Conserver l’espoir vivant par l’inclusion, le plaisir, la joie, la persévérance

En mai 2026, en dépit de toutes les horreurs vécues, ou probablement à cause d’elles, les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie ont organisé le 10e marathon international de Palestine, après six ans d’annulations et de reports dus au Covid-19 et à la guerre. L’évènement fut particulièrement célébré cette année à Gaza pour son caractère inclusif, avec entre 1 900 et 2 500 participants, hommes, femmes, de nombreux amputés de guerre, familles et enfants.

L’agence Associated Press a mentionné que la participation des femmes a été autorisée pour la première fois à Gaza. L’une d’elles a déclaré qu’elle voulait envoyer le message au monde entier que Gaza aime le sport et la persévérance. Une autre a déclaré : « En tant que peuple déterminé mais groupe social marginalisé, nous prouvons que nous pouvons faire du sport. Nous diffusons le message que nous sommes toujours là et que nous persistons à continuer à vivre nos vies. »

Le départ a été lancé au même moment qu’à Bethléem où environ 9 500 Palestiniens et coureurs internationaux, des ONG, des représentants de l’Union européenne et des militants ont couru, manifestant leur unité derrière leurs slogans : « Droit à la libre circulation » et « Droit à la vie et à l’espoir ». Environ 1 000 participants se sont joints à l’évènement en solidarité dans d’autres parties du monde.

Le marathon international de Palestine (photo : Palestine Uncensored, avec autorisation)

A Bethléem, les 42 kilomètres de la course longeaient les murs de séparation, traversaient les camps de réfugiés et les communautés rurales, reflétant la réalité quotidienne de la vie des Palestiniens, faite de barrages routiers, de routes bloquées, d’accès restreints, et de longs délais d’attente entre des lieux très proches. La course de cinq kilomètres dans Gaza a montré ce que des personnes sous-alimentées pouvaient accomplir, tandis que les amputés ont couru deux kilomètres. Ces amputés offraient un spectacle révélateur extraordinaire, avec une immense détermination, en dépit de leurs blessures de guerre, avec uniquement des béquilles ou des fauteuils roulants, puisqu’ils n’ont pas accès aux prothèses.

Mariam, participante de la course familiale de dix kilomètres à Bethléem, raconte qu’avec l’expérience de précédentes courses, elle était cette fois partie de chez elle avec trois heures d’avance, en prévision du nombre de barrages et autres obstacles qu’elle allait devoir franchir. Mais l’atmosphère de la course fut pour elle source de joie : « Les enfants, les adultes et les familles aspiraient à de telles activités. Tout le monde était sous pression depuis si longtemps que nous avions besoin de cet espace pour respirer et ressentir à nouveau quelque chose de différent. »

 

Surmonter la peur par le service et l’adaptabilité 

En juin 2025, l’organisation caritative internationale pour le handicap Humanity and Inclusion (HI), a publié des chiffres révélant le besoin impérieux de soutien pratique et de rééducation pour les amputés de Gaza. Compte-tenu du confinement auquel Israël soumet toute la population ainsi que les restrictions sur l’approvisionnement de matériel médical, il n’y a aucune raison de penser que ces chiffres se soient améliorés depuis.

A cette date, il était reconnu que depuis octobre 2023 plus de 123 000 personnes avaient été blessées, dont 4 000 avaient perdues un ou plusieurs membres. Il manquait 6 000 prothèses, notamment pour des enfants. HI rapporte que Gaza compte le nombre le plus élevé au monde d’enfants amputés. Les membres des enfants se développant, il est essentiel que leurs prothèses soient contrôlées et entretenues par des spécialistes, alors que très peu sont disponibles.

En avril 2026, HI a déclaré qu’elle était une des seules organisations restantes à Gaza fournissant ce genre de soin. Chaque membre de l’équipe est directement affecté par le conflit, fréquemment déplacé, vivant dans des abris, et pourtant présent au travail chaque jour pour fournir un soutien vital, tout en s’inquiétant pour leurs familles.

Certains enfants ont pris les choses en main en fabriquant pour d’autres enfants des prothèses de jambes avec des tuyaux d’évacuation.

Outre les services de santé et de protection sociale, Israël a ciblé dès le début tout ce qui pouvait favoriser l’économie et l’éducation à Gaza : les établissements scolaires, les médias, l’industrie de la pêche, les centres pour la recherche et l’innovation technologique et l’entreprenariat, et bien sûr, les immeubles et les infrastructures en même temps que les moyens pour reconstruire. Pourtant, sans attendre l’aide à venir, la population elle-même en a entrepris la réhabilitation et la reconstruction d’une grande partie.

En septembre 2025, les Nations unies ont estimé que la guerre avait produit 61 millions de tonnes de gravats. A partir de ces décombres, les Palestiniens fabriquent leur propre ciment, avec un grand risque pour leur santé puisqu’ils n’ont pas d’équipements de protection. Bien que la qualité de ce ciment ne soit pas parfaite, ils l’utilisent pour des constructions de base.

Cette année, deux sœurs adolescentes de Gaza, Tala et Farah Mousa, ont gagné le Earth Prize régional pour le Moyen-Orient pour leur transformation innovante des gravats en briques recyclables. Elles projettent d’utiliser les 10 700 euros de leur prix pour transmettre leur savoir sur la fabrication des briques. Tala a déclaré à la BBC : « La vue même depuis la fenêtre de notre tente est devenue notre principale motivation. Nous avons transformé le négatif en positif en refusant de voir les décombres uniquement comme des symboles de destruction et de perte. Au lieu de les voir comme une fin, nous nous sommes efforcées de les voir comme le commencement de quelque chose de nouveau. »

Avant la guerre, Gaza bénéficiait d’un secteur technologique florissant et innovant. Une source d’espoir et d’opportunité au sein d’un chômage de masse. Le groupe de défense des droits humains Euro-Med Monitor affirme que sa destruction semble avoir fait partie d’une politique intentionnelle d’Israël dès le début de la guerre. Toutes les ressources et les installations ont été anéanties ou rendues inutilisables, des centaines d’experts et de personnels essentiels ont été tués, et de nombreux étudiants talentueux ont quitté Gaza pendant qu’ils le pouvaient encore. A présent, ce secteur est également en train de renaître de ses cendres.

L’espoir, la vision et la détermination persistent.

 

 

Auteur : Pauline Welch, collaboratrice de Share International basée au Royaume-Uni. En tant qu’auteure, elle s’intéresse principalement aux tendances environnementales et politiques.      
Sources : Associated Press ; sportanddev.org ; Al Jazeera ; Euro-Med Monitor ; BBC
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