Sauver l’habitat naturel, c’est sauver des vies

Partage international no 386octobre 2020

Quelques années avant que le monde entende parler de la Covid-19, une marche de protestation s’est déroulée dans le cadre d’une série de manifestations internationales. C’était la Marche pour la Science, maintenant devenu un événement international qui se tient chaque année le jour de la Terre (22 avril). Ce mouvement non politisé honore la science et le rôle qu’elle joue dans la vie quotidienne ; les rassemblements ont pour but de souligner la nécessité d’adopter des politiques fondées sur des données probantes dans l’intérêt du public. La première Marche pour la Science eut lieu en 2017, et maintenant le monde se rend compte à quel point nous dépendons d’une science rigoureuse.

 

Photo : HaydenCC BY 2.0, via Wikimedia Commons
Des dizaines de millions d’hectares de forêt tropicale et d’autres environnements sauvages sont détruits chaque année pour faire place aux palmiers (pour l’huile de palme utilisée dans une variété de produits), à l’élevage de bétail et à l’extraction minière et pétrolière.

 

Qu’est-il advenu des manifestations de la Journée de la Terre en 2020 ? Le plus grand événement citoyen de la planète est devenu entièrement numérique pour la première fois. Le Comité du Jour de la Terre a annoncé : « Nous avons décidé qu’après la fin de la pandémie, nous rendrons notre Terre plus propre, plus juste et meilleure pour tous. »

Et c’est maintenant la science qui nous avertit que, même si c’est avant tout pour des raisons d’intérêt personnel et d’auto-préservation, nous devons prendre des mesures urgentes pour protéger notre environnement, en particulier les forêts de la planète.

Sous le thème Action urgente en faveur de la biodiversité pour le développement durable, le président de l’Assemblée générale convoquera le sommet sur la biodiversité au siège des Nations unies à New York, les premier et deuxième jours de débat général, le 30 septembre 2020. A moins, bien sûr, que la science médicale ne donne un avis contraire. Lors de ce sommet, le monde entendra les avertissements des chercheurs, à savoir que la perte d’habitat naturel et de la biodiversité crée les conditions parfaites pour la transmission aisée de nouvelles maladies zoonotiques.

Les chercheurs ont un message clair pour le monde. Ils disent aux dirigeants du monde : « Si vous autorisez la destruction des forêts et de la biodiversité au rythme actuel, vous risquez de faire courir à l’humanité le risque de nouvelles pandémies qui passeraient des animaux aux humains. » Les écologistes et les biologistes diront au sommet des Nations unies qu’il existe désormais des preuves évidentes d’un lien étroit entre la destruction de l’environnement et l’émergence accrue de nouvelles maladies mortelles telles que la Covid-19.

Selon Robin McKie, journaliste scientifique et environnemental au journal The Observer : « La déforestation galopante, l’expansion non contrôlée de l’agriculture et la mise en production de mines dans des territoires vierges, ainsi que l’exploitation d’animaux sauvages comme sources de nourriture, de médicaments traditionnels et d’animaux de compagnie exotiques, tout cela crée une « situation sans précédent » pour la transmission de maladies des animaux sauvages aux humains. » Près d’un tiers de toutes les nouvelles maladies ont pour origine le processus de changement d’utilisation des terres, affirme-t-on. En conséquence, on peut s’attendre à de nouvelles épidémies.

« Il y a maintenant tout un éventail d’activités – abattage, défrichement et exploitations minières illégaux – avec le commerce international de viande de brousse et d’animaux exotiques, qui sont à l’origine de cette crise, a déclaré Stuart Pimm, professeur d’écologie à l’université de Duke. Le coronavirus a coûté au monde des billions de dollars et a déjà tué près d’un million de personnes, il est donc clair qu’une action urgente est nécessaire. »

On détruit chaque année des dizaines de millions d’hectares de forêt tropicale et d’autres étendues vierges pour faire place aux palmiers (pour l’huile de palme utilisée dans divers produits), à l’élevage du bétail et à l’exploitation minière et pétrolière. La végétation et la faune sont les hôtes de virus et de bactéries qui peuvent ensuite infecter accidentellement de nouveaux hôtes, tels que l’homme et le bétail domestique. Ces agents pathogènes peuvent se développer chez les hôtes humains qui sont susceptibles de les transmettre à leurs semblables, ce qui entraîne, en fait, une nouvelle maladie.

Nous disposons d’exemples bien documentés tels que la transmission ou le « transfert » du virus VIH de primates abattus pour la viande de brousse en Afrique de l’Ouest à des hommes et des femmes. La fièvre Ebola est transmise par les chauves-souris aux primates et aux humains ; et maintenant le coronavirus, transmis entre les chauves-souris et les humains.

Dans un article publié dans Science (juillet 2020), S. Pimm et d’autres scientifiques et économistes proposent de mettre en place un programme pour surveiller la faune, réduire les risques de contaminations, mettre fin au commerce de la viande d’animaux sauvages et réduire la déforestation. Un tel programme pourrait coûter plus de 20 milliards de dollars par an, un coût éclipsé par celui de la pandémie de Covid-19, qui a englouti des billions de dollars dans les économies nationales du monde entier. « Nous estimons que la valeur des coûts de prévention pour dix ans ne représente qu’environ 2 % des coûts de la pandémie actuelle », précisent-ils. Les chercheurs ajoutent que la réduction de la déforestation – qui est une source majeure d’émissions de carbone – aurait également l’avantage de contribuer à la lutte contre le changement climatique.


Sources : theguardian.com ; fore.yale.edu
Thématiques : Sciences et santé, environnement
Rubrique : Divers ()