Sauver des vies n’est jamais un crime

Partage international no 392avril 2021

par Andrea Germanos

Les organisations humanitaires rejettent ce qu’elles considèrent comme une tentative de criminaliser l’aide apportée en mer aux migrants et aux réfugiés, après que les autorités italiennes ont accusé trois groupes d’avoir aidé et encouragé l’immigration illégale dans le cadre de leurs opérations de sauvetage en Méditerranée. Plus de 20 personnes encourent jusqu’à 20 ans de prison.

La mer a été sinistrement surnommée de « cimetière de réfugiés », car les fréquents naufrages de navires en provenance de Libye, ainsi que la diminution des missions de sauvetage, ont fait de nombreuses victimes. Selon les Nations unies, rien qu’en 2020, des centaines1 de personnes sont mortes sur cette voie maritime.

Selon le Guardian, les autorités italiennes ont rendu publics les chefs d’accusation, le 1er mars 2021 à Trapani, en Sicile, et portent sur des actions menées entre 2016 et 2017. L’article poursuit : « Comme le rapporte La Repubblica, au moins trois bateaux de sauvetage sont au centre des accusations : Iuventa, un ancien bateau de pêche géré par l’ONG allemande Jugend Rettet, Vos Hestia, exploité par Save the Children, et Vos Prudence, géré par Médecins sans frontières [MSF]. » Les procureurs affirment que les sauveteurs ont organisé un transfert direct des réfugiés et des migrants des bateaux des passeurs, rendant leurs bateaux à ces derniers pour qu’ils soient réutilisés.

L’équipage du Iuventa rejette fermement cette présentation de leurs opérations. « Il s’agit d’une déclaration politique d’intention visant à qualifier de crime la solidarité, et cela a des conséquences mortelles : des personnes meurent, alors qu’elles pourraient être sauvées », a déclaré le collectif.

Francesca Cancellaro, avocate de l’équipage, a déclaré dans un communiqué de presse en mars 2021 : « Sauver des vies n’est jamais un crime. Nous allons prouver que toutes les opérations de l’équipage du Iuventa étaient absolument légales […]. Alors que l’Union européenne s’est détournée de la Méditerranée en la transformant en fosse commune pour les indésirables de l’Europe, l’équipage du Iuventa a pris la mer volontairement, afin de protéger les droits fondamentaux à la vie et à demander l’asile, comme l’exige le droit international, et avant cela la solidarité humaine. »

Dans un tweet du 4 mars 2021, MSF a déclaré : « En tant qu’organisation médico-humanitaire, engagée depuis 50 ans dans plus de 80 pays, dont l’Italie, notre espoir est que la triste histoire qualifiant de criminels ceux qui aident les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile prenne fin rapidement. »

L’équipage du Iuventa a ajouté qu’il avait l’intention de « combattre cette intimidation politique devant les tribunaux ».

[Source : commondreams.org]

1 – Le nombre total de personnes décédées ou portées disparues était de 1 401 en 2020, selon les données au 31 décembre 2020, récoltées suite aux débarquements en Italie (données au 31 août 2020) et à Malte, ainsi que suite aux arrivées par la terre ou par la mer en Grèce et en Espagne (y compris les îles canaries). (Source : unhcr.org)

Auteur : Andrea Germanos, journaliste à Common Dream.
Thématiques : Société, politique
Rubrique : Divers ()