Révéler l’aspect naturel de l’être (première partie)

Partage international no 193septembre 2004

Interview de Swami Nirliptananda par Felicity Eliot

Swami Nirliptananda, attaché à l’un des temples hindous de la communauté asiatique de Londres, possède une connaissance approfondie des enseignements de Maitreya.
A l’occasion d’un voyage récent aux Pays-Bas, il s’est rendu au centre d’information de Share International à Amsterdam où il a été interviewé pour Share International par Felicity Eliot. (L’interview a été divisée en deux parties.)
L’arrivée de swami Nirliptananda au centre d’information de Share International n’est pas passée inaperçue dans le voisinage plutôt conservateur, sa robe orange faisant contraste avec le cadre général. Il est serein, rempli d’humour et d’un naturel hors du commun.
En l’écoutant expliquer des enseignements qui reflètent précisément ceux de Maitreya, j’ai été frappée une fois de plus par la simplicité de cette approche qui facilite la compréhension de vérités profondes. Swami avait aimablement apporté en guise de cadeau des brochures écrites par lui, intitulées Universal Revelation. Sur la couverture on pouvait lire une citation de la Bhagavad Gita : « Avec un seul atome de moi-même, je détiens l’univers tout entier. » Je commençai par lui demander de développer cette idée.
Swami Nirliptananda expliqua que dans le 11e livre de la Bhagavad Gita, Arjuna demande au Seigneur Krishna de se révéler à lui. Après avoir montré de nombreuses formes à Arjuna, le Seigneur Krishna lui dit que celles-ci ne sont que des formes extérieures et qu’il détient l’univers tout entier dans un seul atome de lui-même. Les physiciens modernes commencent à réaliser l’immensité de notre cosmos. Il s’agit seulement du monde physique, mais il existe également un pouvoir intérieur qui soutient l’univers physique. Nous ne pouvons voir ce pouvoir intérieur à moins de mettre notre esprit au diapason avec lui.

Partage international : Comment faire ? S’agit-il de réunir deux sciences ou deux réalités : la réalité intérieure et la réalité extérieure ?
Swami Nirliptananda : Les scientifiques se débattent aujourd’hui avec des idées similaires, essayant de comprendre la nature de l’existence et ils parlent de quelque chose d’explicite lorsqu’ils décrivent ce qui est manifesté et de quelque chose d’implicite pour décrire le non manifesté. leur plan dans le non manifesté. Tout comme dans une petite graine existent la réplique et le potentiel de l’arbre tout entier, le plan de l’univers existe déjà. Notre problème, c’est de ne pas voir l’intérieur car nos esprits sont focalisés sur les diverses formes que nous essayons d’analyser et de comprendre à travers nos sens.

PI. Entendez-vous par là qu’il est malavisé, ou erroné, d’essayer de comprendre la vie de cette manière, c’est-à-dire en utilisant le mental analytique ? Ou bien nos sens ?
SN. Nos sens ne peuvent nous apporter qu’une connaissance relative, et non une véritable connaissance de la réalité.

PI. Voulez-vous dire que nous regardons la forme ou la substance plutôt que la vie au sein de la forme ?
SN. Tout à fait.
Swami continua ensuite à expliquer, comme le fait Maitreya dans ses enseignements et comme Benjamin Creme le souligne dans sa conférence sur « l’illusion » [voir Partage international, juillet-août 2004], qu’étant donné notre focalisation, à travers les sens, sur les formes matérielles dans toute leur variété, tout se passe comme si le mental absorbait toutes les informations venant des sens et devenait ainsi conditionné. Le problème est que ce processus crée un mur entre notre conscience et la réalité. D’où la nécessité de pénétrer le mur, de se débarrasser du conditionnement et de retourner à un état naturel. Dans cet état nous pouvons voir les choses telles qu’elles sont et les comprendre réellement.
Nous réalisons finalement que, dans cet état supérieur de conscience, nous nous rapprochons davantage les uns des autres. Les sens nous apportent un type particulier d’information qui n’a qu’une valeur temporelle, et notre vie, matérialiste, concerne en fait la poursuite du plaisir.

PI. Pensez-vous qu’il s’agisse de l’un des principaux problèmes de la société actuelle ?
SN. Cela a toujours été un problème car le plaisir et la douleur sont comme les deux faces d’une même pièce de monnaie. Mais plaisir et douleur sont de nature temporaire.

Swami a décrit ensuite la nécessité de distinguer entre le plaisir et le bonheur. Il semble utiliser le mot bonheur pour signifier la joie – un état permanent opposé à l’aspect transitoire du plaisir. « Le bonheur ne dépend de rien d’autre. Il vient de l’intérieur de nous-même. En nous-même existe une source de bonheur. » L’objectif de la méditation est de joindre cette source en nous-même. « L’objectif est de déconditionner le mental et de le brancher. […] » Homme de peu de gestes, à ce moment-là il s’interrompt pour se brancher sur une radio invisible. Il utilise comme analogie le fait de capter une station à la radio ; nous n’avons pas à créer la station, elle est là en permanence, mais la radio doit être branchée dessus.

De la même façon, la source de bonheur est là tout le temps. La méditation est l’un des moyens les plus importants pour capter cette source. L’esprit entre progressivement dans un état particulier qui rend le détachement possible.

PI. Comment y parvient-on ?
SN. C’est l’attachement au monde matériel qui cause les fluctuations du mental. Le changement se produit en permanence et il est source d’incertitude. Celle-ci engendre l’anxiété qui maintient l’esprit constamment occupé. Nous devons donc trouver un moyen de détacher notre esprit, ce que nous ne pouvons faire directement.
Swami déclare que d’une manière générale, le mental ne peut se concentrer réellement que sur une seule chose à la fois. Par conséquent donnons-lui une chose sur laquelle se focaliser, un mantra. En nous concentrant sur le mantra, nous sommes détachés du monde et le mental se stabilise progressivement ; finalement il existe une intégration du mental et de la conscience. L’utilisation du mantra protège l’esprit d’un engagement dans des choses inutiles.

PI. Comment cela fonctionne-t-il ?
SN. Si le mental est concentré sur le son du mantra et par conséquent focalisé sur celui-ci, il est détaché du monde et cela apporte une intégration du mental, du corps et de la conscience.

PI. Pour un Occidental, cela peut paraître très étrange – vous parlez du mental et de la conscience comme s’il s’agissait de choses séparées que nous devons réunir.
SN. Tout à fait. Nous avons le mental, l’intellect, les sens et le corps physique, mais il existe quelque chose de plus. Nous l’appelons satchitananda, sat-chit-ananda ; chitou la conscience a un caractère absolu. C’est grâce à cette conscience que le mental peut fonctionner. Sans elle c’est impossible. La conscience est omniprésente. A travers elle, le mental, les sens et tout le reste peuvent fonctionner.
Nous avons également quelque chose que nous appelons notre nature – notre caractère, ce que nous sommes.

PI. Mais quelle est notre nature ? Comment cette nature est-elle formée ?
SN. Notre nature est formée à travers nos sens, notamment ceux de l’ouie et de la vue. Ces deux sens sont très puissants. Pour en revenir à l’usage du mantra – si nous le répétons et si nous l’écoutons, l’ouie est contrôlée, rien d’autre ne peut y pénétrer. De même si nous méditons sur quelque chose, ou si nous le regardons en nous concentrant, la vue est sous contrôle. Ces impressions pénètrent ainsi dans notre nature et lorsque cela se produit, notre nature est imprégnée de leurs vibrations qui agissent sur elle et la modifient et finalement pénètrent dans notre mental conscient sous forme de pensées. Lorsque vous commencez à penser, le corps commence à bouger et à agir. Il existe donc un lien.
Pour illustrer ceci Swami prit alors l’ordinateur comme symbole ; le moniteur n’est rien sans l’ordinateur. Le moniteur reflète simplement ce qui est dans l’ordinateur. La même chose se produit avec notre mental qui reflète ce qu’est notre nature. La méditation purifie notre nature – car lorsque celle-ci est pure notre mental est stable.

PI. Donc méditer, c’est se purifier ?
SN. Oui, l’objectif de la méditation, ou du yoga, est la purification de soi. Purifiez la nature et ce qui sera révélé est l’aspect positif, l’aspect naturel de l’être, qui est toujours présent.

PI. « L’aspect naturel de l’être » ?
SN. Oui, notre être naturel. Il est toujours présent, mais il est obscurci et nous ne savons pas comment le contrôler ou y accéder. La méditation et l’utilisation d’un mantra, particulièrement si l’on écoute le son de celui-ci intérieurement, aident à révéler cet aspect naturel de l’être. Chaque fois que le mental est perturbé, répétez le mantra, avec un esprit et une attitude justes. Vous découvrirez alors progressivement que tout commence à s’apaiser.

PI. Avant que nous commencions à enregistrer cette interview, vous avez parlé du grand mantra OM. Voudriez-vous avoir l’obligeance de dire quelque chose à ce sujet ?
SN. Les anciens sages affirmaient que le OM est le son sacré à partir duquel toute la création est née. Si vous examinez les choses scientifiquement et si c’est à partir de ce son que tout a évolué, il est évident que le OM existe en toute chose. Le son lui-même a certains effets si vous le répétez. Puisqu’il s’agit de la partie la plus vitale de notre être ou de notre conscience, en le répétant nous créons un terrain particulier, un processus qui nous permet de retourner à l’endroit d’où nous venons.
Actuellement, voyez-vous, nous avons perdu le chemin menant à l’endroit où nous sommes supposés nous rendre, la voie conduisant à ce que nous sommes supposés être. En chantant le OM, ou en l’écoutant intérieurement, nous nous rapprochons de plus en plus de notre moi naturel. Et en agissant ainsi nous sommes capables de faire partie de tout ce qui existe – et l’unité de la vie est réalisée.

(à suivre)

Auteur : Felicity Eliot, rédactrice en chef de Share International, basée à Amsterdam (Pays-Bas).
Thématiques : sagesse éternelle, spiritualité
Rubrique : Entretien ()