Partage international no 169 – septembre 2002
Interview de Raymond Moody par McNair Ezzard
Après trente cinq ans de recherches dans le domaine des expériences au seuil de la mort, le docteur Moody est toujours en phase de découvertes. En dépit de leur envergure, il admet volontiers que ses recherches n’ont qu’effleuré la surface. Des chercheurs du monde entier ont maintenant repris le sujet et continuent à explorer le mystère de l’après-vie. Raymond Moody s’attend à ce que dans un avenir pas trop lointain, des recherches aboutissent à de nouvelles découvertes et à des connaissances qui n’avaient même pas été abordées lorsque son premier livre, la Vie après la vie, fut publié en 1975.
Raymond Moody obtint son doctorat de philosophie à l’Université de Virginie (Etats-Unis) en 1969 et son diplôme de médecin du Collège médical de Géorgie (Etats-Unis) en 1976. Il a écrit neuf livres, dont le dernier, Lumières nouvelles sur la vie après la vie, en coopération avec Dianne Arcangel, est un guide destiné à aider les gens à faire face efficacement à leur chagrin. Il enseigne actuellement à l’Université de Las Vegas, dans le Nevada (Etats-Unis). Après la conférence donnée récemment par le Dr Moody à Denver, dans le Colorado (Etats-Unis), notre correspondant McNair Ezzard l’a interviewé pour Partage international.
Partage international : Pourriez-vous résumer ce qu’est une expérience au seuil de la mort ?
Raymond Moody : C’est en fait une expérience relatée par les gens qui reviennent d’une proche rencontre avec la mort. Ces expériences ont en commun plusieurs étapes ou caractéristiques.
Premièrement, alors qu’ils sont en train de mourir, ils ont l’impression de s’élever en flottant, dans un corps de type différent. Ils voient en dessous d’eux le corps physique qu’ils viennent juste de quitter et entendent tout ce que dit le personnel médical présent à ce moment-là. Mais ils ne peuvent pas communiquer avec eux. Alors qu’ils réalisent que leur expérience est en rapport avec la mort, d’autres expériences transcendantales commencent à se manifester.
Deuxièmement, ils prennent conscience d’un tunnel à travers lequel ils commencent à voyager. Ils émergent à l’autre bout du tunnel dans une brillante lumière pleine d’amour. Des proches décédés auparavant viennent les accueillir.
Troisièmement, la lumière s’intensifie et sa présence devient plus personnelle. Ils se retrouvent dans une sorte de film panoramique retraçant tout ce qu’ils ont fait dans la vie qui vient juste de s’écouler. Ils ressentent la peine ou la joie des personnes que leurs pensées ou leurs actes ont touchées. Le plus frappant, ce n’est pas les grandes réalisations de leur vie mais les petites actions dont ils ne se souvenaient plus. Finalement, la question suivante leur est posée : « Comment avez-vous appris à aimer ? »
Quatrièmement, ils reviennent. Certaines personnes disent qu’elles ont eu le choix de revenir ou pas. D’autres n’ont pas le choix et doivent revenir. La plupart donnent la même raison pour expliquer leur retour : elles ont de jeunes enfants à élever ou d’autres personnes ont besoin de leur aide.
PI. En quoi vos recherches sur les expériences au seuil de la mort ont-elles influencé votre attitude vis-à-vis de la mort ?
RM. J’ai entendu parler pour la première fois de ce sujet lorsque je n’avais pas tout à fait 21 ans. J’étais étudiant en philosophie et j’en entendis parler par mon professeur de philosophie. Cela influença tellement toute mon attitude vis-à-vis de la mort que j’ai du mal à déterminer avec exactitude quels sont les facteurs à l’origine de cette influence. Cela est maintenant si loin. Je peux affirmer avec certitude que je n’ai aucune peur de la mort. Mais par contre, je suis terrifié à l’idée de conduire une voiture. Pour moi, la douleur et la mort ne sont pas du tout liées. Et je ne veux ressentir aucune douleur au cours du processus. Je veux rester en vie parce que je suis très attaché à mes deux jeunes enfants et aussi parce que je trouve la situation mondiale vraiment fascinante. Mais la mort ne me pose aucun problème. J’ai peur de beaucoup de choses mais pas de la mort.
PI. Vous dites que vous n’avez jamais été certain de l’existence de la vie après la mort et qu’il est possible qu’une telle chose n’existe pas. Dans votre nouveau livre, la Vie après la perte, vous écrivez qu’en ce qui concerne la survie après la mort, la science n’a rien prouvé à ce sujet que ce soit pour ou contre et que vous n’y êtes pas arrivé non plus. S’il n’y a aucune certitude, que pensez-vous que l’expérience au seuil de la mort peut nous révéler ?
RM. Tout d’abord, les expériences au seuil de la mort peuvent nous inspirer. Elles nous donnent de l’espoir. Le fait que nous ne pouvons pas savoir ne veut pas dire que nous ne pouvons pas espérer. En fait, je pense que nous espérons parce que nous ne savons pas. Puisqu’il est impossible d’aborder la question rationnellement, je pense que les gens ont parfaitement le droit de retirer l’espoir et l’inspiration qu’ils peuvent de ces expériences au seuil de la mort. En dehors de toutes les tentatives que vous pourriez faire pour rationaliser ce sujet, le fait d’entendre cette histoire de la bouche de quelqu’un que vous connaissez déjà peut être important. J’insiste là-dessus, car je pense qu’il est moins intéressant d’écouter une conférence ou de lire un livre. Mais lorsque l’oncle Willis que vous connaissez depuis votre enfance et à qui vous faites confiance fait sa propre expérience au seuil de la mort et qu’il en revient avec son histoire, je pense alors que les gens ont parfaitement le droit de s’en inspirer comme bon leur semble. Ces sentiments de réconfort et d’assurance peuvent se transmettre autrement que par la voie rationnelle. Puisque l’on est dans le domaine de l’inconnu, comment quiconque peut-il mettre en question l’histoire de l’oncle Willis ?
PI. Vous avez parlé d’un pasteur intégriste qui a vécu une expérience au seuil de la mort après laquelle il s’est vu contraint d’aborder sa théologie d’une autre manière.
RM. C’est vrai. Au cours de son expérience au seuil de la mort, il se rappela un moment où il délivrait du haut de sa chaire son sermon sur les flammes de l’enfer et la damnation. Mais il n’observait pas la scène de la chaire. Il balayait la congrégation du regard, et à un moment donné il se retrouva dans la conscience d’un petit garçon âgé de neuf ans. Il trouva cela curieux parce qu’il n’avait eu aucune relation avec la famille de l’enfant. Et alors il ressentit la peur de l’enfant. La présence qui se tenait près de lui durant cette expérience (qu’il identifia comme étant celle du Christ) lui dit : « Je suppose que tu ne diras plus ces choses-là, n’est-ce pas ? » Mais il n’émanait aucune énergie de critique dans ce que disait l’Etre. Après son expérience au seuil de la mort il déclara : « Je fus très surpris d’apprendre que Dieu ne s’intéressait nullement à ma théologie. »
PI. Quel est l’impact de telles histoires sur ceux qui adhèrent à des religions organisées ? Cela ne peut-il pas ébranler certaines personnes dans leurs croyances fondamentales ?
RM. Oui, cela peut arriver. Ce dont il est question ici me touche beaucoup. Pour commencer, qu’en est-il de l’intégriste ? A dire vrai, l’intégrisme est partout le même. Que ce soient des chrétiens, des juifs, des musulmans ou des marxistes, ils sont tous animés du même état d’esprit dénué d’humour et qui prétend tout savoir.Je pense que l’état d’esprit qui anime les religions intégristes provient en fait de la peur d’avouer : « Je ne sais pas. » Certaines personnes sont tout simplement terrifiées à l’idée de devoir avouer qu’il y a certaines choses qu’elles ne comprennent pas. Je ne veux pas porter un jugement trop sévère sur les personnes qui ont peur. Une des raisons pour lesquelles de telles personnes me font réagir viscéralement vient peut-être de ce que je suis moi-même une personne peureuse. Comme je l’ai dit, je suis terrifié à l’idée de conduire une voiture. Mais je n’ai pas peur d’avouer que je ne sais pas. C’est ce qu’il y a de plus facile au monde à dire. J’étais étudiant en philosophie et les connaissances, le plaisir que j’en retirais étaient en rapport avec une certaine quête et le fait de repousser les frontières toujours plus loin.
PI. Lorsqu’au cours d’une conférence, vous racontez l’histoire du pasteur, certaines personnes semblent-elles soulagées ?
RM. Je discute avec des personnes appartenant à la plupart des principales traditions religieuses qui vivent de telles expériences. Certaines d’entre elles affirment qu’avant ces expériences elles n’avaient aucune orientation, compréhension ou conviction religieuse que ce soit. Ensuite je discute avec des personnes ayant eu de telles convictions. Elles sont représentatives de tout l’éventail des orientations possibles. Et pourtant, après ces expériences, une attitude commune semble se dessiner : dans la vie, c’est l’amour qui compte. Nous sommes ici pour apprendre la spiritualité et la développer. Toutes les grandes religions et traditions spirituelles de l’humanité ont eu un message positif et tolérant à diffuser. Les gens reviennent de ces expériences avec une conscience de séparativité diminuée.
PI. Vous mentionnez que les personnes qui ont connu une expérience au seuil de la mort après une tentative de suicide, retrouvent ensuite sans exception un sens à la vie. Qu’est-ce qui dans l’expérience au seuil de la mort provoque un tel changement ?
RM. Ce sont les mêmes raisons. L’expérience de la lumière et le passage en revue de leur vie leur fait prendre conscience qu’elle a un but, un sens.
PI. Vous avez écrit sur les trois groupes de personnes qui ont, sciemment ou non, fait obstacle à une compréhension plus poussée de l’après-vie et au paranormal en général.
RM. Oui, c’est vrai. Les progrès dans la compréhension de ces sujets ont été freinés par les arguments limités de ces groupes dont les idéologies et les explications sont contradictoires.
Le premier groupe est celui des parapsychologues ou pseudo-scientifiques. Ils affirment que c’est la science qui trouvera une explication à l’après-vie et aux phénomènes associés et que nous pouvons prouver cela de manière scientifique. Dans mon livre Le dernier rire, je souligne le fait qu’ils affirment pouvoir prouver l’existence de la vie après la mort grâce à des techniques de laboratoire. Mais ils préconisent un système de techniques et d’hypothèses qu’ils croient à tort être scientifiques. Ces personnes sont sincères mais leurs hypothèses de base sont fausses.
Le deuxième groupe est celui des sceptiques. Ils affirment avoir l’esprit ouvert mais en fait c’est tout le contraire. Il y a quelques 2 200 ans, les sceptiques représentaient une ancienne tradition philosophique et spirituelle. Ils ne différenciaient pas la quête de la connaissance de la quête spirituelle. En ce qui concerne l’investigation philosophique, la manière de procéder en ce temps-là consistait à ne pas tirer de conclusions. Ils poursuivaient leur quête et posaient toutes les questions imaginables. Mais, ils se gardaient bien de conclure. Il y avait deux raisons à cela. Le fait de poursuivre la quête sans tirer de conclusions provoquait une expansion du mental en lui permettant de prendre des directions insoupçonnées. Telle était la valeur du scepticisme. Par contre, le point de vue des sceptiques d’aujourd’hui sur les expériences au seuil de la mort est plutôt le suivant : « Je suis une personne qui ne tire pas de conclusions et je conclus que … » Alors qu’ils déclarent avoir l’esprit ouvert, ils tirent certaines conclusions catégoriques.
Le troisième groupe est celui des chrétiens fondamentalistes qui diabolisent toute chose sortant de l’ordinaire et ne rentrant pas dans leur cadre idéologique. Vous n’êtes pas un chrétien à moins que vous adhériez à leur idéologie. Le paranormal et les expériences au seuil de la mort sont leur terrain favori pour observer les démons à l’œuvre. Alors, si nous voulons vraiment avancer dans la compréhension des expériences au seuil de la mort et des phénomènes paranormaux associés, nous devons abandonner ces approches quelque peu triviales.
PI. Que pouvez-vous dire de la peur de la mort dans notre culture ?
RM. Au fil des ans, j’ai eu affaire à un grand nombre de patients en phase terminale qui avaient peur du processus de la mort. J’ai également eu nombre de patients en pleine santé qui venaient me voir, rongés par une peur de la mort qui semblait leur gâcher la vie. J’ai remarqué que la peur de la mort était différente pour chacun. Certains craignent la douleur qui pour eux est liée au processus. D’autres redoutent l’anéantissement ou ont peur de perdre ceux qu’ils aiment. Certaines personnes craignent les flammes de l’enfer et la damnation. Les gens ont également peur de perdre le contrôle ou tout simplement peur de l’inconnu.
PI. Je comprends comment l’on peut aider des gens qui sont passés par une expérience au seuil de la mort à surmonter leur peur de mourir. Mais qu’en est-il de la majorité des gens qui ne connaîtront jamais une telle expérience ? Comment d’après vous peuvent-ils gérer leur peur de la mort ?
RM. La manière d’aborder la question de la mort, si vous êtes déterminé à découvrir la vérité, est de vous intéresser à ce que les plus grands penseurs en ont dit. Platon a déclaré que la philosophie était une sorte de répétition de la mort. Il voulait dire que lorsque vous pensez vraiment à la mort et que vous vous mettez vraiment à examiner votre vie et à raisonner, même si cela n’est pas aussi plaisant que d’autres activités, cela peut néanmoins procurer une profonde satisfaction.
D’autre part, dans les années à venir, nous serons en mesure de reproduire ces expériences au seuil de la mort dans de bonnes conditions de sécurité. Et lorsque les gens vivront une expérience par eux-mêmes, ces questions sur l’après-vie n’en seront plus.
PI. Au fil des ans, qu’avez-vous remarqué en ce qui concerne la réceptivité de vos étudiants et du public vis-à-vis de ce sujet ?
RM. Le public ainsi que les étudiants se sont beaucoup assagis. L’expérience au seuil de la mort est presque devenue un sujet d’acceptation courante. Assez curieusement, je pense que le concept des expériences au seuil de la mort a été intégré à notre compréhension culturelle de la mort.
Ouvrages du Dr. Moody traduits en français : La Vie après la vie, j’ai lu, 1997 ; la Vie après la vie, nouvelles révélations, Presses du Châtelet 2000 ; la Lumière de l’au-delà, Robert Laffont, 1986 ; Rencontres, Robert Laffont, 1979 ; en collaboration avec Perry Paul : Voyages dans les vies intérieures, Robert Laffont, 1990.
Auteur : McNair Ezzard, correspondant de Share International à Los Angeles (Etats-Unis)
Thématiques : Sciences et santé
Rubrique : Entretien ()
