Résilience

Partage international no 381mai 2020

par Dominique Abdelnour

Depuis maintenant plusieurs mois, la pandémie de Covid-19 ébranle le monde entier. Près de trois milliards de personnes sont confinées chez elles. La moitié de l’économie mondiale s’est arrêtée. Le monde entier lutte pour gérer l’épidémie, étonné et choqué qu’un tel bouleversement puisse se produire si brutalement. Où cette crise peut-t-elle nous conduire ?

Les plus pauvres et vulnérables

Cette désorganisation de l’économie frappe les plus pauvres et vulnérables de plein fouet. Ceux qui vivent dans la promiscuité des petits logements, des prisons, des camps de migrants, les sans-abris, ceux qui livrent de la nourriture sans équipement de protection, les travailleurs hospitaliers épuisés, les pensionnaires des maisons de retraite, les personnes sans assurance maladie, les chômeurs. Des millions de personnes sans contrat de travail pérenne sont licenciées brutalement : les travailleurs en Afrique, en Inde, les travailleurs sous-payés du textile au Bangladesh, les immigrants clandestins qui travaillent dans les champs, nombreux sont ceux qui se retrouvent sans ressource. Nos pensées et notre compassion se tournent en premier lieu vers ceux qui souffrent le plus de cette crise.

Solidarité

Face aux faiblesses des systèmes de santé et au manque de soutien des gouvernements, les citoyens se mobilisent pour résoudre les problèmes. En Algérie et en Tunisie, des volontaires font du porte à porte pour amener de la nourriture aux personnes âgées et leur transmettre les consignes de sécurité vis-à-vis du virus. Comme de nombreux artistes, la danseuse tunisienne Nermine Sfar diffuse en direct tous les soirs des vidéos d’elle dansant dans son salon. Elle souhaite ainsi remonter le moral des spectateurs et les encourager à rester chez eux.

En Italie, les gens chantent des opéras et jouent des instruments de musique sur leur balcon. « Nous le faisons car nous sentons que nous sommes tous un. » « La musique est notre souffle. » Dans la ville bavaroise de Bamberg (Allemagne), les gens ont chanté Bella Ciao, le chant de résistance italien, sur les toits. Chaque soir à 20 heures dans de nombreuses villes du monde, des personnes encouragent les équipes soignantes depuis leurs balcons.

Les responsables locaux, les maires, les gouverneurs de région, s’emploient activement à résoudre les problèmes immédiats des hôpitaux et des plus vulnérables. Ils organisent le volontariat pour aider les hôpitaux, se procurer les équipements de base, les masques, les produits désinfectants, les respirateurs, les médicaments et prévenir les évictions de ceux qui ne peuvent plus payer leur loyer.

Sur le plan international, une certaine solidarité voit le jour : l’Albanie envoie des médecins en Italie ; l’Allemagne et la Suisse hospitalisent des patients français pour pallier la saturation de certains hôpitaux français : la Chine partage son expérience avec l’Italie, la France, l’Iran.

L’activité s’est arrêtée

Depuis décembre 2019, lorsque la Chine a décidé de confiner la population de la ville de Wuhan, le confinement s’est étendu à près de trois milliards de personnes dans le monde. Les activités commerciales et industrielles se sont arrêtées. L’agitation frénétique engendrée par la cupidité aveugle des forces du marché s’est figée. Ce moment d’inactivité forcée arrive tel un choc incompréhensible, dans un monde dominé par une activité sans dessein et sans limite, la surproduction, la marchandisation et l’accumulation d’argent.

Les moteurs de notre société sont l’activité, la production pour nourrir l’économie. Et que décident nos gouvernements lorsqu’ils sont confrontés à la pandémie ? Ils décident d’arrêter la plupart des activités qui dynamisent l’économie. Ils bloquent le moteur même qui active leur credo, en décidant parfois à contrecœur que sauver des vies est plus important que de sauver l’économie. On peut simplement se souvenir du conseil donné à l’aspirant du 3e rayon par Alice Bailey : « Comment peut-il atteindre son but alors qu’il n’arrête pas de courir de-ci de-là, tissant, manipulant, planifiant et arrangeant ? Il ne parvient pas à arriver à quoi que ce soit. […] Il tisse pour le futur, oubliant que son petit morceau de tissu est une partie intrinsèque d’un grand Tout […]. Cesse ce que tu fais. Ne marche pas sur le Sentier tant que tu n’auras pas appris l’art de demeurer immobile1. » L’humanité se tient maintenant immobile.

La marchandisation et les forces du marché

« Les forces du marché, nous dit Maitreya, sont les forces du mal, de la confusion et du chaos ; ses enfants s’appellent compétition et comparaison. […] Les forces du marché conduiront cette civilisation, telle que nous l’avons connue, au bord de l’abîme. Les forces du marché ont causé des ravages dans le tissu social et dans la nature. Des êtres humains ont été littéralement condamnés à mort au nom des « pertes et profits » ; des hôpitaux ont été fermés parce qu’ils n’étaient pas rentables ; des écoles ont du mal à rester ouvertes. Ces institutions sont pourtant essentielles à la santé et au bien-être de la société.

Le nouveau credo des superpuissances est devenu l’économie, qui est l’âme de la marchandisation. C’est une nouvelle menace pour le monde, avertit Maitreya, une menace si grave qu’elle pourrait aller jusqu’à mettre en péril l’existence même de l’homme. La marchandisation est plus destructrice qu’une bombe atomique. L’essence de la marchandisation est la cupidité. Pour Maitreya, c’est faire de l’argent quand les autres meurent de faim. La marchandisation touchera toutes les nations, nous dit-il. Cette énergie négative, qui s’est retirée des champs de bataille, créera un monde d’hostilité. C’est le mental humain qui a créé cette force, laquelle peut donc évoluer par une prise de conscience humaine. Mais seul Maitreya a le pouvoir de transformer cette énergie destructrice en force créatrice.

La marchandisation mondialisée est l’un des aspects du schéma qui mènera à un effondrement majeur des marchés boursiers mondiaux, le krach prenant naissance au Japon. Après ce krach, le premier devoir des gouvernements sera de fournir une nourriture adéquate à la population. Leur second devoir sera d’assurer à tous un logement décent. Les priorités suivantes seront la santé et l’éducation, la défense venant en dernier lieu. Bref, ce krach conduira à une réorientation des priorités. »

[B. Creme, La Mission de Maitreya, tome II, p. 147-148]


La crise financière

Dans un mouvement désespéré pour sauver l’économie et la bourse (le Dow Jones s’est effondré de 37 % au premier trimestre 2020), la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne ont toutes les deux injecté des quantités phénoménales d’argent dans le système financier (750 milliards de dollars chacune). Le gouvernement américain a mis en place un plan de relance de 2 000 milliards de dollars, tandis que les Etats-Unis font face à un chômage massif de 22 millions de personnes supplémentaires à la mi-avril, un nombre alarmant.

Le surendettement des ménages, du secteur privé et des Etats (riches ou pauvres) est devenu incontrôlable ; pour pallier cela, à chaque crise les banques centrales créent encore plus de dette dans un jeu de passe-passe interminable. La prochaine étape pourrait être la perte de confiance en la monnaie.

Ces chiffres peuvent être comparés aux montants dérisoires attribués aux hôpitaux, aux services publics, et à tous les secteurs qui aident la population. Par exemple, les dépenses annuelles mondiales de l’éducation s’élèvent à 3 740 milliards de dollars (4,4 % du PIB mondial). Ainsi en quelques mois les Etats-Unis et l’Europe ont dépensé autant d’argent pour sauver le système financier que le monde n’en dépense en un an pour éduquer ses enfants.

Résilience

L’humanité est confrontée à un ennemi microscopique invisible qui déstabilise tout. Il révèle en nous le pire et le meilleur, la peur et la solidarité. La course folle s’est arrêtée brutalement. Le démantèlement des services sociaux commencé dans les années 1980, la marchandisation de tout, la privatisation des actifs des Etats, la globalisation absurde de la plupart des moyens de production et le manque d’humanité des décisions importantes sont maintenant soumis à l’examen des peuples.

Boris Cyrulnik, éthologue, neurologue et psychiatre français analyse la crise du Covid-19 et constate : « Après chaque catastrophe, le monde change drastiquement de culture. Les gens peuvent se tourner vers le mysticisme : à Haïti après le tremblement de terre de 2010, la population est allée manifester dans la rue pour remercier Dieu de lui avoir ouvert les yeux à la foi. En Europe, après l’épidémie de peste de 1348 qui a tué la moitié de la population européenne, les gens se sont tournés vers des valeurs familiales, remplaçant les peintures religieuses par des peintures de la vie quotidienne. La conséquence historique majeure a été la fin du servage. La main d’œuvre étant rare, il a fallu payer les paysans pour leur travail, et ils n’ont plus été vendus avec la terre. En 1945, l’Europe était écrasée par des montagnes de dettes, la seule solidarité était celle du couple. A la suite de cela, les Etats ont créé des systèmes de protection sociale, assurance maladie, retraite, indemnité de chômage. Après un traumatisme, on est hébétés ; pour le dépasser et vivre, on lutte. Alors le changement arrive : c’est la résilience2. »

Les millions de personnes qui étaient dans la rue pour réclamer justice et liberté sont maintenant enfermées chez elles dans une réflexion introspective. Les gens sont maintenant « mis à nus » et seuls face à un danger invisible. L’humanité est confrontée aux conséquences de ses choix, et devant une grande opportunité de transformation vers le meilleur.

1 – Alice A. Bailey, Psychologie ésotérique, Volume II, Lucis Press. p. 336
2 – YouTube : Boris Cylrulnik, Après chaque catastrophe, il y a un changement de culture.

Auteur : Dominique Abdelnour, collaboratrice de Share International résidant en France.
Thématiques : Sciences et santé, Société, politique
Rubrique : De nos correspondants ()