Réel ! La montée du film documentaire

Partage international no 212avril 2006

On utilise de plus en plus le cinéma à des fins éducatives, pour poser des questions politiques, augmenter le niveau de conscience sociale, grâce à une vague de films traitant de sujets graves fournissant parfois matière à polémique. Des cinéastes comme l’acteur-réalisateur américain George Clooney dénoncent le manque de liberté de l’information dans les médias américains et ont tourné des films qui informent tout en divertissant. Good Night and Good Luck notamment, présente la censure régnant dans les médias durant les années McCarthy, avec des clins d’œil sur la situation actuelle, ou encore Syriana, sur les intérêts pétroliers au Moyen-Orient.

Dans les années écoulées, les Oscars récompensaient les films à grand budget sortant des studios d’Hollywood, mais des films sérieux sont de plus en plus nominés, et les petits studios indépendants prennnent le dessus. Un exemple en est le Prix du meilleur film en langue étrangère décerné à Hany Abu-Assad pour son Paradise Now, – 24 heures dans la tête d’un kamikaze, film sur la Palestine avec deux garçons volontaires pour poser des bombes suicides. Ce film a rencontré un grand succès et a déjà reçu le prix Blue Angel du meilleur film européen. Il a le mérite d’essayer de comprendre ces garçons et ce qui les a amenés à ce genre de logique, plutôt que de les dépeindre simplement comme des terroristes. Dans cette catégorie, le gagnant a été le très admiré Tsotsi du Sud-Africain Gavin Hood, tourné dans un bidonville de Johannesburg.

Le metteur en scène britannique Michael Winterbottom a reçu l’Ours d’argent de Berlin pour son film The Road to Guantanamo. Ce film montre la cruauté et la perversité qui règnent dans le centre de détention américain. L’accent est mis sur les expériences de trois détenus britanniques qui y ont passé plus de deux ans avant d’être relâchés libres de tout chef d’accusation. Dans un compte rendu paru dans le journal britannique The Observer, David Rose, un journaliste qui les avait interviewés sur les conditions de leur mise en liberté, montre la force percutante de ce film : « Le résultat est une leçon de choses, en ce sens que le cinéma peut clarifier et magnifier l’impact d’une histoire. En comparaison de ce que peut faire la prose journalistique pour rendre compte d’un tel crime contre l’humanité, l’entendre et le visualiser sur l’écran prend une toute autre envergure. »

Les films politiques ont dominé la Berlinale. L’Ours d’or a été décerné au film de guerre bosniaque Grbavica de Jasmila Zvanic, qui dit l’histoire du viol en masse des femmes au cours du siège de Sarajevo, pendant la guerre des Balkans au début des années 1990. J. Zbanic a déclaré qu’elle espérait que ce film encouragerait les autorités à rechercher les criminels de guerre, et à sanctionner leurs atrocités pendant cette période. L’actrice Charlotte Rampling qui présidait le jury du festival a déclaré que les lauréats de cette année « reflétaient l’humeur du monde d’aujourd’hui ». Ces films vont dans le même sens que ceux de Michael Moore, Bowling for Columbine et Farenheit 9/11, qui ont touché le grand public et ont reçu un accueil favorable de la critique. Un autre film important et lauréat de nombreux prix a été le film tourné pour la télévision irlandaise par Kim Bartley et Donnacha O’Briain, The Revolution Will not be Televised, qui rapporte la tentative de coup d’Etat de 2002 contre le président vénézuélien Hugo Chavez et l’extraordinaire réaction du « pouvoir du peuple » pour le remettre en place. Un jury international a qualifié ce film de « meilleur programme télévisé au monde, cette année », au Banff Rockie Awards 2003 où il a remporté le Grand prix mondial de la télévision.

Les festivals de cinéma récompensent de plus en plus les réalisateurs indépendants et conscients des enjeux sociaux actuels ; ceux qui décrivent la vie des gens du monde entier. On peut citer Sundance (E.-U.), avec cette année le film de l’ex vice-président Al Gore sur l’environnement, The Inconvenient Truth. Et aussi le festival des longs métrages sur les Droits humains (Londres et New York) qui a promu des films en provenance « de l’Afrique, de l’Asie, d’Amérique latine et d’Amérique noire. De l’Ouzbékistan à l’Iran, de la Palestine à l’Egypte, du Mali au Niger, de l’Inde à la Chine en passant par la Corée, du Brésil à la Bolivie… »

Selon G. Clooney, la nature sérieuse de ces films reflète les centres d’intérêt de leur public. « Leurs sujets traitent des thèmes dont les gens ont envie de parler et je pense que ces films en sont le reflet. Si vous vous asseyez à la terrasse d’un restaurant, vous entendrez beaucoup plus de conversations politique qu’il y a cinq ans.»


Sources : The Observer, Grande-Bretagne.
Thématiques : politique, éducation
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)