Partage international no 455 – juillet 2026
Le Rapport sur la justice mondiale, qui vient d’être publié par le Laboratoire sur les inégalités mondiales (World Inequality Lab ou WIL), démontre en détail qu’un monde équitable et viable est concrètement possible – à condition que nous choisissions d’agir et de changer le cap actuel.
Le WIL est un centre de recherche mondial basé principalement à L’École d’économie de Paris (Paris School of Economics ou PSE) et à l’université de Californie à Berkeley. Il collabore avec des chercheurs en sciences sociales du monde entier afin de nous aider à mieux comprendre les causes des inégalités mondiales grâce à des recherches fondées sur des données concrètes. Ce nouveau rapport, sous-titré Un plan pour l’égalité et la prospérité dans les limites de la planète, est le fruit du travail de 45 auteurs et s’appuie sur des données compilées par plus de 200 chercheurs.
Le WIL a esquissé une alternative à l’avenir sombre envisagé par les milliardaires, les nationalistes et les techno-extractivistes d’extrême droite, ceux qui affirment que le dérèglement climatique, les inégalités et les combustibles fossiles sont inévitables. Le rapport conclut qu’il est tout à fait possible de limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels – tout en doublant les revenus de 89 % de l’humanité d’ici 2100.
Sans écarter les indicateurs traditionnels que sont le PIB (produit intérieur brut), les mesures des inégalités et les données climatiques, le rapport élargit la définition de la prospérité et prône la « suffisance », en montrant que la qualité de vie prime sur l’accumulation matérielle. Parmi les mesures visant à atteindre cette suffisance figurent la réduction du temps de travail à 2,5 jours par semaine, l’encouragement à l’adoption d’un régime végétarien plus respectueux de l’environnement, et la réorientation des investissements des secteurs à forte consommation de ressources, tels que l’industrie et l’exploitation minière, vers l’éducation et la santé.
L’économiste français Thomas Piketty, directeur du WIL, explique : « Un euro supplémentaire de PIB consacré à l’éducation et à la santé a une empreinte carbone et une consommation d’énergie trois à quatre fois inférieures à celles d’un euro supplémentaire de PIB dans le secteur manufacturier. C’est pourquoi ces réorientations sectorielles sont extrêmement importantes. »
Un résumé du rapport publié dans le journal britannique The Guardian souligne que ce plan a pour objectif central de lutter contre les inégalités : « Selon ce plan, le revenu national brut moyen par habitant dans le monde atteindrait 5 000 euros par mois d’ici la fin du siècle – ce qui représenterait une augmentation pour presque tout le monde, les gains les plus importants étant enregistrés dans les pays du Sud. » T. Piketty ajoute que les inégalités et la crise climatique doivent être abordées conjointement. Outre une proposition d’impôt sur la fortune des milliardaires, un fonds mondial pour la justice est envisagé afin de financer les transitions énergétiques nécessaires pour ramener les émissions de carbone à un niveau proche de zéro.
Cornelia Mohren, coordinatrice environnementale au WIL, déclare : « Nous essayons de rendre compte du fait que le bonheur ne se mesure pas uniquement à l’aune d’indicateurs économiques. Préserver une Terre habitable n’a pas seulement un intérêt financier. On peut améliorer sa vie si l’on dispose de plus de temps à passer en famille ou dans la nature. » Constatant la situation politique actuelle, plutôt morose, elle ajoute : « Il est bon de savoir que l’on peut concilier un monde plus égalitaire avec le respect des objectifs de réduction des émissions de carbone. C’est un résultat très encourageant. Cela me donne de l’espoir. »
T. Piketty nous rappelle : « Une immense bataille culturelle, intellectuelle et politique est en cours. Et nous avons tous un rôle à jouer. […] En fin de compte, nous devrons parvenir à ce type de redistribution coopérative des ressources et du pouvoir, car toute autre solution mènera tout simplement à des conséquences désastreuses tant sur le plan environnemental et climatique que sur le plan social. Nous ne pouvons pas continuer indéfiniment comme si de rien n’était. »
Thématiques : Économie
Rubrique : Divers


