Partage international no 455 – juillet 2026
par Mitch Williams
En novembre 2025, la physicienne Maria Strømme née en Norvège mais travaillant en Suède, a publié un article scientifique qui tente de concilier la conscience et la sagesse atemporelle avec la théorie scientifique occidentale moderne. Publié dans la revue scientifique AIP Advances, son article, intitulé La conscience universelle en tant que champ fondamental : un pont théorique entre physique quantique et philosophie non dualiste, tente d’établir un cadre permettant d’explorer la théorie selon laquelle la conscience, loin d’être un sous-produit des processus neuronaux biologiques, serait en fait le fondement même de la réalité.

Mme Strømme, éminente chercheuse, est réputée pour ses travaux pionniers en nanotechnologie. Elle est titulaire d’une chaire prestigieuse de nanotechnologie à l’université d’Uppsala en Suède, membre de l’Académie royale suédoise des sciences de l’ingénierie, lauréate de la Médaille d’or de la recherche, auteure de plus de 350 publications scientifiques évaluées par des pairs, et détentrice de nombreux brevets, dont beaucoup ont fait l’objet de licences accordées avec succès à des entreprises nationales et internationales spécialisées dans les biotechnologies et l’énergie. Depuis plusieurs années, elle s’intéresse également au lien entre la physique quantique et la philosophie non dualiste.
S’appuyant sur les travaux de physiciens éminents tels qu’Albert Einstein, David Bohm, Erwin Schrödinger et Werner Heisenberg, Mme Strømme a élaboré un modèle mathématique fondé sur les trois principes que sont l’Esprit universel, la Conscience universelle et la Pensée universelle, introduits par Sydney Banks1 , qui « soulignait que ces principes sont sans forme et éternels, existant avant l’espace, le temps et la matière ». Dans ce modèle, l’Esprit est l’intelligence universelle sans forme, le fondement duquel tout le reste émerge. La Conscience est « la capacité universelle de prise de conscience. » Et la Pensée est le mécanisme qui transforme le potentiel sans forme en formes objectives.

Les étudiants de l’Enseignement de la Sagesse éternelle trouveront peut-être que les descriptions que fait Mme Strømme de ces trois principes leur sont étonnamment familières. L’un des principes fondamentaux de la théosophie est qu’il existe « un Principe omniprésent, éternel, illimité et immuable sur lequel toute spéculation est impossible » et qui se trouve derrière toutes les formes manifestées dans l’univers. Cela ressemble beaucoup à ce que Mme Strømme désigne par Esprit universel, qu’elle décrit comme « la source de tout potentiel, le moteur de la création, […] (et) le fondement métaphysique d’où proviennent toute différenciation et toute structure ».
Dans les écrits du Maître DK transmis par Alice Bailey, et dans d’autres œuvres, on retrouve également l’idée que toutes les formes se manifestent par le biais de l’Intelligence active (la Pensée), la Conscience faisant office de lien entre l’Esprit inconnaissable d’une part, et les formes manifestées d’autre part. Nous avons donc l’Esprit, la Conscience et la Pensée, qui se rapprochent étroitement des trois Aspects Divins de la Sagesse éternelle. Ceux-ci sont souvent décrits comme « Vie, Conscience et Forme ou Volonté, Amour/Sagesse et Matière/Intelligence active. »
Mme Strømme postule en outre que la Conscience est un « champ fondamental » d’où émerge l’espace-temps (et toute la réalité connue) ; un champ qui existait avant le Big Bang. En physique quantique, on appelle cela le vide quantique : l’état fondamental sans forme contenant le potentiel de toute manifestation. Dans son modèle, la Conscience est cet état fondamental, plutôt que de résulter comme un sous-produit de l’évolution ultérieure de la matière et de la forme.
Elle propose ensuite un modèle mathématique permettant de décrire certains des processus possibles par lesquels l’Esprit universel et la Conscience universelle, sans forme, se transforment, par le biais de la Pensée universelle, en états différenciés, aboutissant à la manifestation du champ de l’espace-temps, ou de formes telles qu’une galaxie, un système solaire ou un être humain.
Elle qualifie l’un de ces processus « d’autoréflexion et d’émergence créatrice », affirmant que « l’autoréflexion représente un mécanisme unique par lequel la conscience universelle peut se différencier en prenant conscience d’elle-même. Dans cette perspective, la différenciation résulte de l’acte introspectif de l’Esprit universel observant son propre potentiel infini — une boucle de rétroaction créatrice dans laquelle la conscience elle-même donne naissance à la forme. » Cela reflète étroitement la description donnée par le Maître DK de la manière dont la Monade ou le Soi prend progressivement conscience de lui-même dans ses diverses expressions, à travers les plans successifs de manifestation et de multiples incarnations humaines.
Elle désigne un autre de ces processus par rupture de symétrie, dans lequel le potentiel symétrique, informe et non manifesté se brise en potentiels différenciés et asymétriques sous l’effet de perturbations introduites par la Pensée. Ceux-ci pourraient se manifester sous pratiquement n’importe quelle forme : un système stellaire, une espèce ou un esprit humain individuel.
Une façon d’appréhender le modèle de Mme Strømme consiste à considérer qu’en physique quantique, une particule subatomique, dans son état d’onde, existe sous la forme d’un champ de probabilité – une fonction d’onde sans localisation fixe. Ce n’est qu’au moment de l’observation qu’elle « s’effondre » en une particule, à un emplacement spécifique dans l’espace et à un moment précis dans le temps. En principe, elle pourrait apparaître pratiquement n’importe où, mais l’onde décrit la probabilité qu’elle apparaisse à un emplacement donné.
De la même manière, Mme Strømme suggère que le champ de Conscience est pur potentiel, capable de se manifester sous forme de matière, de personne ou de système solaire – offrant ainsi à cette Conscience un vecteur pour s’exprimer sous une forme particulière. La découverte majeure de son approche est que la Conscience elle-même constitue ce champ universel de potentiel d’où tout le reste émerge.
De nombreux scientifiques ont déjà établi des liens entre la conscience et la forme. En physique quantique, c’est un principe bien connu qu’il est impossible d’observer un événement quantique sans induire un effet sur lui. Par exemple, un objet subatomique tel qu’un électron ou un photon de lumière peut se manifester soit sous la forme d’une particule, occupant un emplacement spécifique dans l’espace à un moment donné, soit sous la forme d’une « onde » qui se propage dans différentes directions.
Mais il ne peut littéralement pas exister sous ces deux formes à la fois. La manière dont nous choisissons de l’observer – soit comme une particule, soit comme une onde – détermine littéralement son existence au moment de l’observation. Notre choix détermine donc sa réalité. Ce lien entre les événements subatomiques et la conscience est largement exploré en physique, tant sur le plan théorique qu’expérimental.
Une grande partie de son modèle théorique s’appuie sur des recherches antérieures en physique. Pour établir le lien entre la conscience et la théorie quantique, Mme Strømme développe ses idées en se basant notamment sur la théorie de « l’ordre implicite » de David Bohm, qui postule que l’univers forme un tout interconnecté, notre réalité perçue agissant comme une projection holographique d’une dimension « implicite » plus profonde, qui renferme en son sein toutes choses, l’espace, le temps et la conscience.

Elle fait appel à la notion de potentia de Werner Heisenberg, selon laquelle les particules quantiques, dans leur état ondulatoire, sont considérées comme des « possibilités objectives » plutôt que comme des réalités physiques ; ainsi, lorsque nous percevons ou observons un objet, ces ondes aux multiples valeurs potentielles « s’effondrent » en un état unique « réel » et concret.

Elle s’appuie également sur la conception d’Albert Einstein selon laquelle les champs, tels que les champs électromagnétiques ou gravitationnels, constituent les éléments fondamentaux de la réalité, et que la matière ou la masse est en quelque sorte secondaire par rapport à l’énergie et interchangeable avec celle-ci. Elle cite en outre la perspective d’Erwin Schrödinger selon laquelle la conscience est un tout singulier et indivisible, et que la distinction entre l’observateur et l’observé est artificielle ou illusoire.
Il est intéressant de noter que plusieurs de ces pères fondateurs de la physique moderne ont également été fortement influencés par certains aspects de la philosophie et de la Sagesse éternelle. Pendant plus de 25 ans, David Bohm et J. Krishnamurti ont entretenu de nombreux dialogues approfondis et bien documentés sur la conscience, la nature de la pensée et la réalité fondamentale de l’univers. Selon certaines sources, Albert Einstein aurait gardé un exemplaire de La Doctrine secrète de Blavatsky sur son bureau, et l’aurait même recommandé à W. Heisenberg. E. Schrödinger a été fortement influencé par les traditions philosophiques non dualistes orientales telles que l’Advaita Vedanta.
Par une fascinante coïncidence, en 2025, Dan Brown, auteur de romans à succès (Da Vinci Code par exemple), a publié son dernier ouvrage, Le Secret des secrets. Le thème principal de son récit est identique à celui de Mme Strømme, à savoir la Conscience universelle en tant que champ fondamental de la réalité. Pour son roman, D. Brown s’est documenté en grande partie à des sources telles que l’Institut des sciences noétiques, où sont explorées ces mêmes idées fondamentales selon lesquelles la conscience serait à la base de la réalité.
Mme Strømme, cependant, a peut-être été la première à proposer et à formuler un véritable modèle mathématique pour décrire comment tout cela pourrait fonctionner. Ses idées se sont néanmoins heurtées au scepticisme de sa profession.
Depuis sa publication en novembre 2025, l’article de Mme Strømme a suscité un vif intérêt sur Internet, ainsi qu’une controverse non négligeable dans les milieux scientifiques. En mai de cette année, la revue AIP Advances a publié une rétractation de son article, indiquant que certains des opérateurs centraux de son cadre mathématique, tels que T̂, qu’elle utilise comme opérateur mathématique pour désigner la « pensée », ne reposaient pas sur des grandeurs mesurables et que, par conséquent, ce modèle ne pouvait être ni prouvé ni réfuté empiriquement.
Toute version future de ce modèle devra donc répondre aux exigences rigoureuses de « démontrabilité » mathématique et d’expérimentation afin d’inciter la communauté scientifique à l’explorer en tant que perspective valable.
Même si son modèle mathématique s’est heurté à un barrage scientifique formel, il n’en représente pas moins un nouveau paradigme pour faire progresser l’exploration scientifique moderne et combler le fossé apparent entre la science et les perspectives philosophiques non dualistes intemporelles. Il semble également correspondre à un intérêt en pleine expansion, tant dans les milieux populaires que scientifiques, pour la relation entre la conscience, la vie et la réalité physique. Bien qu’elle ait jusqu’à présent refusé de commenter spécifiquement la rétractation quant au modèle qu’elle a proposé, j’ai dans l’idée que nous n’avons pas encore entendu le dernier mot de la professeure Maria Strømme sur ce sujet.
1. Sydney Banks était un soudeur écossais qui a vécu une expérience spirituelle transformatrice en 1973, laquelle lui a inspiré ce qu’il a appelé les Trois Principes, à savoir l’Esprit, la Conscience et la Pensée, qui sont devenus le fondement d’un mouvement mondial influent dans les domaines de la psychologie et du développement personnel.
Auteur : Mitch Williams, auteur, conférencier, et collaborateur de Share International basé à Canton (Illinois).
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