Partage international no 407 – juillet 2022
par Julia Conley
Parmi les lauréats du Prix Goldman 2022, décerné le 25 mai, figurent des militants qui ont mis fin à l’extraction illégale de l’or en Equateur, qui ont réussi à faire fermer un site toxique de forage pétrolier à Los Angeles, qui ont forcé les plus grandes banques australiennes à arrêter de financer des projets liés au charbon, et qui ont réussi à forcer une société pétrolière à rendre des comptes pour avoir causé des fuites d’hydrocarbures au Nigéria.
La cérémonie de remise des prix s’est déroulée virtuellement et a récompensé sept militants écologistes issus des six continents, en leur accordant un prix de 200 000 dollars. « Alors que les nombreux défis à relever peuvent nous décourager et parfois entamer notre confiance, ces sept leaders sont une source d’espoir et nous rappellent ce qui peut être accompli face à l’adversité », a déclaré Jennifer Goldman Wallis, vice-présidente de la fondation Goldman pour l’Environnement.
Alex Lucitante et Alexandra Narvaez ont été récompensés pour leur travail en Equateur, où ils ont commencé à patrouiller la forêt en 2017 pour protéger les terres ancestrales du peuple Cofán contre des activités illégales.
Ils ont découvert que le gouvernement équatorien avait attribué des dizaines de concessions minières à des chercheurs d’or sur le territoire des Cofán sans le consentement du peuple indigène. Ils ont entrepris une action en justice dont l’issue fut victorieuse : la Cour provinciale a annulé les concessions. « Les indigènes concernés ont gagné, a déclaré A. Narvaez, C’est un moment historique pour tous. »
Cette année, le prix pour l’Afrique a été décerné à Chima Williams, du Nigéria, pour son travail en tant que représentant de deux communautés pour tenir la major pétrolière Royal Dutch Shell responsable de nombreuses fuites d’hydrocarbures et de dégâts causés à l’environnement.
« C’est la première fois qu’une société multinationale néerlandaise est jugée responsable de violations causées par une de ses filiales à l’étranger, ce qui expose Shell à des poursuites judiciaires de la part des communautés nigérianes dévastées par les négligences de cette société vis-à-vis de la sécurité environnementale », a indiqué la Fondation.
Niwat Roykaew, de Thaïlande, a été récompensé pour son combat pour stopper un projet chinois de destruction de rapides dans les hauts du fleuve Mékong, ce qui aurait détruit 400 km du fleuve dans le but de le transformer en « autoroute géante » pour les cargos chinois, endommageant ainsi l’écosystème.
N. Roykaew, qui est aussi connu sous le nom de Kru Thi, est un ancien enseignant qui a organisé des manifestations et des pétitions contre le projet, s’associant à des pêcheurs et à des villageois locaux pour finalement envoyer une pétition à l’ambassade de Chine à Bangkok. « En février 2020, leur action constante a engendré tellement de résistance de la part de la société civile, des scientifiques et des universitaires que le gouvernement fut contraint d’officiellement abandonner le projet de destruction des rapides du Mékong, a indiqué la Fondation. Cela marque une victoire rare et significative dans une région qui subit des pressions importantes par des projets de développement, et représente un témoignage de la force collective de la campagne de Kru Thi. »
Aux Etats-Unis, Nalleli Cobo, de Los Angeles, a été récompensée pour son « infatigable travail d’organisation » qui aura duré une décennie et finalement permis la fermeture définitive d’un site de forage géré par AllenCo Energy et le lancement de poursuites pénales contre une dizaine de dirigeants pour violations de la sécurité et de la santé environnementales.
N. Cobo, qui a maintenant 20 ans, a commencé à faire du porte-à-porte dans son quartier en 2011 pour alerter la communauté sur les dangers de l’extraction du pétrole et à documenter les problèmes de santé de ses voisins. Elle-même a enduré des maux de tête, des saignements du nez ainsi que des palpitations cardiaques alors qu’elle grandissait de l’autre côté de la rue, juste en face du site d’AllenCo. Diagnostiquée d’un cancer à l’âge de 19 ans, elle ne peut pas avoir d’enfants.
En plus d’avoir réussi à faire fermer le site en 2020, N. Cobo a cofondé un groupe qui a traduit avec succès la ville de Los Angeles en justice pour racisme environnemental, ce qui a ouvert la voie au niveau de la ville – et du comté – à un changement de politique en ce qui concerne l’extraction du pétrole. « Lorsque le site d’AllenCo a définitivement été fermé, je me suis sentie en paix : plus personne dans ma communauté n’aura plus à respirer ces émanations toxiques. C’est historique », a-t-elle expliqué à la Fondation.
En Australie, Julien Vincent a été récompensé pour sa campagne qui a forcé les quatre plus grandes banques du pays à s’engager à arrêter, d’ici 2030, le financement de projets liés au charbon, et ses principales compagnies d’assurances à ne plus couvrir de tels projets.
J. Vincent fonda Market Forces en 2013 « pour combattre le changement climatique en ciblant les financements permettant l’extraction, le raffinage et l’exportation du charbon et d’autres carburants fossiles. Le groupe a organisé des journées de désinvestissement » à travers le pays, où les clients des banques pro-charbon fermaient leurs comptes en masse.
« Julien et ses collègues ont transformé le paysage de l’investissement dans le charbon en Australie – quatre banques majeures et trois assureurs stoppant tous nouveaux investissements dans le charbon – créant ainsi une pénurie de capitaux pour les nouveaux projets, a indiqué la Fondation. En coupant les financements dans le charbon accordés par les principales banques et la couverture des assureurs, son militantisme a fait vaciller l’industrie du charbon en Australie. »
Marjan Minnesma, des Pays Bas, a également reçu le prix pour avoir inventé une stratégie légale innovante pour forcer le gouvernement de son pays à mettre en place des mesures pour atténuer la crise climatique.
Avec son organisation, Urgenda, M. Minnesma a plaidé, dans le cadre d’une action en justice, le fait que le gouvernement avait un « devoir de protection » vis-à-vis de la population et que son incapacité à s’engager à réduire les émissions de gaz à effet de serre allait à l’encontre de cette obligation légale. Urgenda avait obtenu une victoire majeure en 2015 lorsque la Cour de justice de La Haye avait statué que le gouvernement avait manqué à ses obligations de protection. Il y eut un appel à cette décision de justice mais en 2019, la Cour suprême du pays confirma la première décision et ordonna aux responsables gouvernementaux de réduire les émissions de 25 % en dessous des niveaux de 1990 d’ici la fin 2020.
Il s’agit de « la plus significative des décisions de justice sur le changement climatique jamais prises dans le monde par quelque Cour que ce soit, et la seule qui ait en fait ordonné la réduction des émissions de gaz à effet de serre sur la base de raisons constitutionnelles », a déclaré Michael Gerrard, directeur du Centre Sabin pour la loi sur le Changement climatique à l’Université de Colombia.
« Les lauréats du prix nous montrent que la nature a l’incroyable capacité de se régénérer si on lui en donne la possibilité, a déclaré J. G Wallis. Que cela nous inspire, que leurs victoires nous guident pour régénérer notre propre esprit et dans les actions de protection de notre planète pour les générations futures. »
Auteur : Julia Conley, journaliste à Common Dreams (commondreams.org)
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()
