Plus de polio en Somalie

Partage international no 195novembre 2004

La Somalie, n’ayant plus eu de cas de poliomyélite depuis 2002, vient de quitter officiellement le groupe des nations encore infectées par le virus. Quand on connaît l’état de ce pays, pauvre parmi les pauvres, on comprend l’enthousiasme de la directrice générale de l’Unicef, Carol Bellamy, quand elle parle d’une « victoire miraculeuse sur les conflits et les dévastations obtenue au nom du bien-être des enfants ».

Cette victoire couronne une campagne internationale baptisée « Initiative mondiale pour l’éradication de la polio », lancée il y a huit ans par un certain nombre d’organisations internationales, comme l’Unicef, l’OMS, dans l’ensemble des pays encore concernés par ce fléau – et dont « l’Assaut final » a mobilisé en février 2004 sur le continent africain « des dizaines de milliers d’agents de vaccination qui ont fait du porte à porte pour administrer le vaccin à chaque enfant en particulier ».

Si l’on peut parler de miracle, c’est en raison de la rapidité et de l’union sacrée avec laquelle ce pays, qui accumule les difficultés – géographie difficile, infrastructures ruinées par des années de guerre civile et absence totale d’Etat central depuis treize ans – a remporté cette victoire. Une victoire qui, pour reprendre les mots de C. Bellamy, « atteste de la volonté de tout un peuple de stopper le virus et de l’efficacité des stratégies mises en place. »

Car, comme le dit Jesper Morch, représentant de l’Unicef pour la Somalie, « le succès de cette initiative a reposé tout entier sur le dévouement des communautés somaliennes ». Les chefs traditionnels et les responsables musulmans (dans leurs prêches, par exemple), en jetant tout leur poids dans la balance, y ont ainsi joué un rôle central. « Il n’était pas question de résister à la campagne. Les Somaliens étaient déterminés à immuniser leurs enfants, malgré les défis énormes qu’ils avaient à relever [par ailleurs]. » Cet esprit d’unité nationale était particulièrement sensible lors des Journées nationales de vaccination – appelées aussi « Journées de tranquillité » – qui, en promouvant la coopération entre communautés et en réintégrant dans la vie nationale, sous la protection des milices locales, des régions jusque-là désertées parce que livrées aux guerres et aux exactions de toutes sortes, ont largement contribué à instaurer une atmosphère de paix.

Seuls, six pays n’ont pas encore vaincu la polio : l’Inde, le Pakistan, l’Afghanistan, le Niger, l’Egypte et le Nigeria. Cette liste pourrait malheureusement réintégrer d’anciens membres, dans la mesure où, dans ce dernier pays (pourtant en voie de gagner le combat en 2003), un certain nombre de groupes islamistes ont réussi à faire suspendre la campagne, avec pour effet de rallumer l’endémie dans les zones frontalières de huit pays d’Afrique centrale et occidentale. Ce que regrette C. Bellamy, c’est « qu’il suffirait que ces six pays emploient avec la même détermination les stratégies mises en œuvre en Somalie pour que la totalité des enfants du monde soient définitivement libérés de ce fléau. »

Ce redémarrage de la polio montre que la guerre n’est pas encore gagnée, et que la victoire ne sera vraiment acquise qu’à condition d’en remporter bien d’autres. Par exemple, en aidant les petits Somaliens à surmonter la série de défis gigantesques auxquels ils ont à faire face ; comme, parmi bien d’autres, leur faible taux de vaccination (moins de 50 % ont reçu les principaux vaccins), l’ancrage important de la malnutrition chronique et des années de guerres et d’instabilité, avec comme conséquence inévitable, un taux de mortalité infantile dépassant les 22 %. Autant d’éléments, pour ne citer qu’eux, qui ont fait d’eux « les enfants les plus vulnérables du monde » et les ont plongés dans une situation si critique qu’ils ne pourront s’en sortir sans l’aide de la communauté internationale.

« L’Initiative mondiale pour l’éradication de la polio » qui, outre cette campagne de vaccination, a pour mission de maintenir une veille permanente pour contrer d’éventuelles réapparitions, a de son côté encore besoin de 130 millions de dollars. « Ce serait une tragédie de laisser la polio revenir en Somalie et dans d’autres pays libérés du virus simplement par manque de moyens », conclut C. Bellamy.


Sources : Unicef
Thématiques : Sciences et santé, Société
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)