Péril sur les ressources en eau

Partage international no 331mars 2016

Le 22 mars de chaque année, la Journée mondiale de l’eau vise à rappeler les dangers encourus par cette ressource vitale, la nécessité de la gérer de façon durable (qu’elle soit salée ou potable), et notre rôle dans sa préservation et sa distribution. Cette année l’accent portera sur le rapport entre l’eau et le travail.

Certes, des progrès considérables ont été réalisés dans les possibilités d’accès à l’eau. L’un des Objectifs du millénaire était de diminuer de moitié, avant 2015, le nombre de personnes dans le monde privées d’accès à l’eau potable et d’installations sanitaires de base. Cet objectif a été atteint avec cinq ans d’avance.

Entre 1990 et 2015, 2,6 milliards de personnes ont eu un meilleur accès à l’eau potable et 2,1 milliards à des installations sanitaires plus correctes. Il n’en reste pas moins que 2,4 milliards de personnes ne disposent que d’installations sanitaires indignes – et, parmi elles, 946 millions n’ont pas accès à des toilettes fermées.

Bien que de nombreuses statistiques soient positives, certains faits troublants demeurent au sujet de l’eau.

Dans certaines régions dramatiquement affectées par le réchauffement climatique, les réserves d’eau s’assèchent rapidement, mettant en danger l’habitat des animaux et les modes de vie humains. La disparition de mers, fleuves, lacs et nappes phréatiques affectent des centaines de millions de gens et d’animaux d’élevage, tout en augmentant le taux de CO2 et de méthane – ce qui aggrave encore le changement climatique. Un tiers des principaux fleuves de la planète s’assèchent ou sont déjà asséchés. Les puits qui approvisionnent trois milliards de personnes s’amenuisent également.

La mer d’Aral

Autrefois l’un des quatre plus grands lacs du monde (68 000 km2), la mer d’Aral s’amenuise régulièrement depuis les années 1960, suite au détournement par les Soviétiques (à des fins d’irrigation) des fleuves qui l’alimentaient. Dès 2007, elle ne couvrait plus que 10 % de sa surface d’origine, et s’était divisée en quatre lacs – un au nord, deux au sud (à l’est et à l’ouest), et un plus petit entre le nord et le sud. Dès 2009, celui du sud-est avait disparu et celui du sud-ouest était réduit à un mince filet d’eau sur sa rive occidentale. Des images satellites prises par la Nasa en août 2014 ont révélé que, pour la première fois dans l’histoire contemporaine, la partie est de la mer d’Aral était complètement asséchée ; on l’appelle à présent l’Aralkum. En raison de l’intense pollution qu’il entraîne, on considère cet assèchement comme « l’un des pires désastres environnementaux ». Toutefois, des efforts pour sauver la partie nord de la mer d’Aral sont en cours, et la vie est revenue sur une surface relativement réduite, car le niveau d’eau remonte et des réserves de poissons se reconstituent lentement.

Le lac Mead

Le niveau de l’eau du lac Mead, sur la rivière Colorado, près de Las Vegas, est à son plus bas depuis les années 1930. En 2015, il ne contenait plus que 38 % de sa capacité.

Le lac Baïkal

Ce lac sibérien est le plus vaste, le plus profond, et le plus ancien lac d’eau douce du monde. Il contient environ 20 % de l’eau douce non gelée en surface, et davantage d’eau que l’ensemble de tous les Grands Lacs d’Amérique du Nord. On estime son âge à plus de 25 millions d’années et sa profondeur à plus de 1 600 m. En 1996, l’Unesco l’a inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité, le qualifiant « d’exemple le plus éminent d’écosystème d’eau douce d’origine naturelle ». Il héberge plus de 1 000 espèces végétales et 2 500 espèces animales – et l’on en découvre de nouvelles tous les ans. 80 % des animaux sont endémiques, et ne se trouvent que dans ce lieu. Mais le lac Baïkal se trouve menacé. En 2014, à cause du changement climatique persistant, le fleuve Selenga, son principal pourvoyeur en eau, n’a fourni que la moitié du volume habituel, obligeant la Russie à déclarer un état d’urgence. Fin mai 2015, le niveau de l’eau du lac Baïkal était à son plus bas depuis cent ans, et la cellule de crise nommée par le gouvernement russe se déclarait dans l’incapacité d’élaborer un plan de gestion de cette eau, étant donné que le problème, initialement causé par le changement climatique, allait bientôt se trouver exacerbé par les projets de centrales hydroélectriques sur les fleuves de Mongolie qui alimentent le lac.

Le lac Poopô

C’est le deuxième plus grand lac de Bolivie, et il est presque à sec – tout comme le gagne-pain des pêcheurs et de ses autres riverains. C’est aussi un désastre écologique pour des centaines d’espèces animales et végétales. Le gouvernement bolivien met cet assèchement sur le compte d’El Niño et du changement climatique, mais, selon Lisa Borre, chercheuse à l’Institut Cary des Etudes sur les écosystèmes de New York, le gouvernement en est partiellement responsable de par sa mauvaise gestion et son mauvais usage de la réserve d’eau, et son incapacité à mettre en œuvre les plans d’exploitation existants. « Le lac a toujours été peu profond, à peine plus d’un mètre, dans un climat aride, si bien que son niveau fluctue en fonction du temps qu’il fait. Il a souvent baissé dans le passé. Mais jamais à ce point. »

Situé dans l’Altiplano (plaine d’altitude), au sud-ouest de la Bolivie, le lac ne couvre plus que 2 % de sa surface d’origine, qui était d’environ 1 000 km2, soit environ dix fois la superficie de la ville de Paris.

A ces exemples, il convient d’ajouter une longue liste de lacs et de fleuves montrant des signes de rétrécissement et/ou de pollution. Les efforts concertés et prolongés des organisations internationales, nationales et locales seront nécessaires pour commencer à traiter les causes de ces affaiblissements et à inverser cette tendance.


Date des faits : 22 mars 2016
Sources : nationalgeographic.com ; huffingtonpost.com
Thématiques : environnement
Rubrique : S.O.P. — Sauvons notre planète (« Les changements climatiques montrent sans l’ombre d’un doute que la planète est malade... Le temps nous est compté pour mettre fin aux ravages que subit quotidiennement la planète Terre. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant a son rôle à jouer dans sa restauration. Oui, le temps presse. Save Our Planet (S.O.P.), sauvons notre planète ! » Le Maître de B. Creme, S.O.P. Sauvons notre planète, 8 septembre 2012.)