Partage international no 199 – mars 2005
Après que le tsunami a, par son horreur, donné aux hommes un sens nouveau de leur unité, ils s’ouvrent en nombre croissant à la notion de partage. Au point que les informations et les réactions que relaient les médias semblent directement émanées des pages de Partage international, ainsi que des ouvrages de Benjamin Creme, et répercuter les exhortations mêmes de Maitreya. De toutes parts se font entendre des appels au changement, que ce soit au cœur même de ces bastions, de ces sanctuaires défendus âprement par les milieux d’affaires et les marchés – tels le Forum mondial de Davos qui réunit l’élite économique du monde, ou celui de Porto Alègre, le Forum social mondial (FSM) où convergent les sans-terre et les altermondialistes. De toutes les régions du globe se font entendre des exigences de justice économique et sociale.
Que ce soit le président Jacques Chirac, le Chancelier de l’Echiquier britannique Gordon Brown, l’ancien premier ministre du Portugal Antonio Guterres, le président vénézuélien Hugo Chavez, celui du Brésil, Lula da Silva, Nelson Mandela ainsi que nombre de stars du monde du spectacle, tous se font les défenseurs des pauvres.
Pour le président de la Banque mondiale (BM), James Wolfensohn, s’il était indispensable de s’engager sans attendre dans la remise en état des zones sinistrées par le tsunami, de passer des secours immédiats à la reconstruction, « il l’est tout autant de travailler à briser le cercle de la pauvreté et à créer pour les peuples de ces régions un avenir meilleur et plus sûr, afin de ne pas recréer les circonstances qui les ont rendus si vulnérables au désastre. La longue expérience de la BM, ajoute-t-il, en matière de gestion de crises de ce genre et de reconstruction, lui a appris que ce sont les plus démunis qui sont les premières victimes des catastrophes naturelles. » C’est pourquoi il demande à la communauté internationale de poursuivre dans une unité accrue la mise en œuvre des Objectifs du millénaire.
Le Forum économique mondial annuel qui s’est tenu en janvier 2005, où s’est rassemblé le gotha planétaire des milieux économiques, industriels, politiques, religieux, voire des stars et des représentants d’ONG, s’était donné comme thème « Prendre ses responsabilités face à des choix difficiles ». Jacques Chirac, retenu à Paris, proposa par vidéo-conférence l’instauration d’une sorte de taxe internationale destinée à combattre la pauvreté, « pour éviter que ses victimes, et en particulier les jeunes, incapables de supporter plus longtemps une injustice aussi scandaleuse, ne se soulèvent bientôt dans un mouvement de révolte incontrôlable. » Il réitéra sa demande à l’ensemble des pays développés de consacrer 0,7 % de leur PIB (Produit intérieur brut) à aider les pays les plus pauvres, comme ils s’y étaient engagés, il y a une vingtaine d’années. « Le fossé entre riches et pauvres, précisa-t-il, s’est élargi d’une manière effrayante. » Une telle inégalité est, encore une fois, non seulement potentiellement dangereuse, mais moralement inacceptable, dans la mesure où le revenu par tête d’habitants entre les mondes riche et pauvre a plus que doublé en 25 ans. « Les jeunesses d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine exigent un droit à l’avenir. Elles consacreront toutes leurs énergies et leurs talents à se le créer, pour peu qu’on leur en donne les moyens. Si tel n’était pas le cas, si on leur barrait la voie du progrès, avertit-il, alors attendons-nous au pire. Le développement constitue le défi majeur et la question la plus urgente de notre temps. »
Egalement présent, le Chancelier allemand Gerhard Schröder exhorta les pays exportateurs de pétrole à éviter les hausses de cours qui, non seulement mettent en péril la croissance mondiale, mais touchent en premier lieu les pays en développement. Estimant que les pays pétroliers avaient une responsabilité spéciale envers ces derniers, il réitéra sa demande, pour parer aux dérives spéculatives, d’une plus grande transparence des marchés pétroliers.
Abordant la question de la dette des pays africains, le président de Tanzanie, Benjamin Mkapa déclara qu’il lui fallait trouver chaque année plusieurs millions de dollars pour honorer celle de son pays. Une somme, précisa-t-il, qu’il pourrait utiliser plus utilement en limitant, par exemple, les ravages de la malaria, qui fait chaque année un million de victimes. L’actrice américaine Sharon Stone invita l’assistance à ajouter aux 10 000 dollars qu’elle avait consacrés à fournir des moustiquaires à l’Afrique. Cinquante participants répondirent à l’appel et ajoutèrent immédiatement près d’un million de dollars pour le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et la malaria.
Le musicien irlandais Bono, entouré de Tony Blair et Bill Gates, appela les gouvernements à faire de la pauvreté une affaire du passé. « En tant que rock star et militant, je ne peux qu’applaudir des deux mains quand je vois des responsables politiques aller dans le bon sens et connaître les pires difficultés dans le cas contraire, a-t-il déclaré. Cette génération ne veut pas rester dans l’Histoire comme étant celle de la lutte contre le terrorisme et l’Internet. » Après avoir souligné que la Grande-Bretagne disposait d’une « occasion historique » depuis qu’elle avait pris la présidence du G8 (le groupe des 8 nations les plus riches du monde), il s’est réjoui de voir que T. Blair semblait avoir entendu son appel, puisqu’il s’était engagé à faire de la lutte contre la pauvreté sa priorité numéro un. Quant à Bill Gates, il annonça que la « Bill and Melinda Gates Foundation » donnait 750 millions de dollars sur 10 ans à l’Alliance mondiale pour la vaccination (Global Alliance for Vaccines and Immunization), somme à laquelle la Norvège avait promis d’ajouter 290 millions de dollars sur 5 ans. Plus de deux millions de personnes meurent chaque année dans les pays en développement faute d’avoir reçu les vaccins de base. L’Organisation mondiale de la santé évalue entre 8 et 12 milliards de dollars la campagne de vaccination des quelque 27 millions d’enfants qui ne le sont pas encore. Selon B. Gates, cette insuffisance de financement pourrait être compensée par des stratégies d’aide et de développement plus efficaces et inventives. Dans une interview donnée au quotidien, The Guardian, où elle raconte leurs voyages en Afrique, Melinda explique que lorsqu’elle visite les villages et s’assoit avec les femmes, elle ressent immédiatement le sentiment profond de leur identité, elle sent qu’elle pourrait être à leur place, et elles à la sienne, de l’autre côté, en quelque sorte, si le sort les avait fait naître aux Etats-Unis : « Elles vivent la mort de leur mère ou de leur père de la même façon que je le ferais si je perdais mes parents », ajoute-t-elle.
Sources : BBC News, Associated Press ; WEF Press Release
Thématiques : Sciences et santé, Société, politique, Économie
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)
