Partage international no 320 – avril 2015
Le Népal est l’un des pays où se trouvent le plus d’épouses-enfants au monde. Une étude du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) estime que l’Asie du Sud héberge 42 % des épouses-enfants du monde, le Népal se classant troisième, derrière le Bangladesh et l’Inde.
Les facteurs menant au mariage d’enfants sont multiples mais la pauvreté semble en être le moteur principal. D’après la Banque mondiale, le Népal a une population estimée de 27,8 millions d’individus, dont 24 % vivent sous le seuil de pauvreté. La Commission nationale népalaise des femmes pense que les facteurs économiques, sociaux et religieux participent tous à cet état de fait. La perpétuation du système de dot fait perdurer la tradition des mariages précoces : en effet, plus la mariée est jeune, plus la dot apportée par les parents de la mariée sera faible. Dans d’autres cas, les parents choisissent de marier leurs filles pour avoir moins de bouches à nourrir.
L’éducation des filles gagne de l’importance mais n’est toujours pas une priorité parmi les communautés rurales pauvres : selon l’Unicef, le taux d’alphabétisation des femmes entre 15 et 24 ans est de 77,5 %, mais le taux d’inscription dans le secondaire tombe à 66 %.
Cependant, une initiative menée par des filles et pour les filles pourrait changer ces perspectives. En effet, dans le district de Bajura, une région reculée située à l’extrême ouest du pays, où les revenus sont quasi inexistants et les cas de mariages d’enfants fréquents, un groupe de jeunes filles se tient à l’avant-garde contre ces mariages, par l’éducation. A travers le district, des communautés se battent pour déclarer leurs villages respectifs « zones sans mariage infantile », un message fort contre cette pratique millénaire.
Changer les attitudes n’est pas facile, mais cela n’empêche pas les filles d’essayer, comme le fait Rashmi Hamal, 16 ans, présidente du Club des enfants de Jyalpa, dans la municipalité reculée de Badi Mallika.
Elle déclare : « Nous n’avons plus peur maintenant, car la majorité des membres de notre communauté s’oppose aux mariages précoces. » Rashmi est l’une des dix filles qui se sont réunies en 2014 avec l’aide de PeaceWin et d’une organisation appelée Restless Development, menée par des jeunes, et avec le soutien de l’Unicef, afin de définir une stratégie pour enrayer cette pratique une fois pour toutes.
« Ces filles sont des héroïnes dans leur pays. Elles ont réellement fait leurs preuves avec leurs campagnes éducatives continuelles, ainsi qu’en inspirant leurs parents à se joindre à leur cause », explique Hira Karki, animateur social local de PeaceWin.
Leur succès est tangible : plus de 84 écoles du district de Bajura et des districts voisins de Kalikot, Accham et Mugu ont lancé des initiatives similaires l’année dernière. « Le meilleur dans l’activisme anti-mariages précoces ici, c’est que nous avons des militants de notre propre communauté, qui vivent ici et ont la possibilité d’éduquer leurs membres adultes sans antagonisme », souligne le directeur d’école local, Jahar Sing Thapa.
Bien que petit, chaque club contribue à l’effort du pays pour juguler cette pratique. Selon la FNUAP, le taux de mariages infantiles a chuté de 20 % ces cinq dernières années.
Népal
Sources : IPS
Thématiques : femmes
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)
