Occupy Wall Street ou « l’automne américain »

Partage international no 279novembre 2011

Occupy Wall Street,le réveil démocratique inspiré par le printemps arabe, et surnommé par certains « L’automne américain », a débuté le 17 septembre 2011 avec plusieurs centaines de personnes venues de tous les États-Unis qui ont établi une base à Zuccotti Park, un terrain privé près du cœur de Wall Street (New York) et anciennement appelé Liberty Plaza Park.

Jour après jour et nuit après nuit, les manifestants, très peu organisés, ont scandé des slogans et agité des pancartes pour protester contre les inégalités sociales, le renflouement des banques et la cupidité des entreprises.

Ce groupe sans leader a transformé le parc en centre opérationnel et pris ses décisions par consensus lors d’assemblées générales. Ils se sont appelés eux-mêmes les « 99 % », en référence au pourcentage d’Américains touchés par la crise alors que le 1 % restant s’enrichit.

Au départ, ils n’ont reçu pratiquement aucune couverture médiatique. Mais après deux semaines, avec l’accroissement du nombre de participants et une marche vers Brooklyn au cours de laquelle 700 personnes ont été arrêtées, les médias ont commencé à prendre le mouvement plus au sérieux.

Plusieurs syndicats, dont ceux des transports, des enseignants et des infirmières, et divers groupes se sont alors impliqués et le mouvement a culminé le 5 octobre avec une marche réunissant des milliers de personnes. Leur discours met en avant de nombreux griefs, y compris la perpétuation des inégalités, les renflouements de banques géantes avec l’argent des contribuables, le blocage des formes alternatives d’énergie, l’alliance des groupes d’intérêts particuliers avec les politiciens qui les réglementent, et la diffusion délibérée de fausses informations de par le contrôle des médias.

Ils ont déclaré : « Alors que nous nous rassemblons en signe de solidarité pour exprimer un sentiment d’injustice de masse, nous ne devons pas perdre de vue ce qui nous rassemble. Nous voulons que tous les gens qui se sentent lésés par la force des entreprises mondiales sachent que nous sommes leurs alliés. Comme un seul peuple, unis, nous reconnaissons la réalité : que l’avenir de la race humaine exige la coopération de tous ses membres ; que notre système doit protéger nos droits ; qu’il appartient aux individus de protéger leurs propres droits et ceux de leurs voisins contre la corruption du système ; qu’un gouvernement démocratique tire son pouvoir du peuple ; que les grandes entreprises n’ont pas de légitimité pour accaparer la richesse du peuple et de la terre et qu’une démocratie réelle n’est pas possible lorsque le processus est déterminé par le pouvoir économique. Nous venons à vous à une époque où les entreprises dirigent nos gouvernements et placent le profit avant les gens, leur propre intérêt avant la justice, et l’oppression avant l’égalité. Nous nous sommes réunis ici paisiblement, comme c’est notre droit, pour que ces faits soient connus. »

La chroniqueuse Betsy Reed a écrit dans The Nation : « Que veulent tous ces jeunes en colère ? J’ai passé une heure ou deux au Liberty Plaza avec ma fille de huit ans le week-end dernier, et leur message lui est apparu clairement ; en particulier celui des pancartes où l’on pouvait lire : « Vous devriez apprendre à vos enfants à partager ».

Le mouvement s’est propagé à des dizaines de villes à travers les États-Unis, avec des rassemblements devant l’hôtel de ville de Los Angeles, la Federal Reserve Bank de Chicago, la JP Morgan Chase Bank à Houston ainsi qu’à St-Louis, Dallas, Philadelphie, et de nombreux autres endroits.

Des parlementaires démocrates ont commencé à emboîter le pas des manifestants de Occupy Wall Street, et l’un d’eux a déclaré : « Les masses silencieuses ne sont plus si silencieuses. Elles se battent pour donner une voix aux luttes quotidiennes que les Américains connaissent. » Le président Obama lui-même a indiqué qu’il suivait ce mouvement de protestation démontrant la « grande frustration des Américains contre le système financier ».

Il reste à voir si ce mouvement peut canaliser son énergie vers un pouvoir politique réel. Cornel West, philosophe américain et professeur à l’Université de Princeton, semble penser que c’est possible : « Il s’agit de l’accroissement de la conscience politique … C’est un processus démocratique, c’est un processus non-violent, mais c’est une révolution. » Comme Paul Krugman l’a écrit dans le New York Times : « Si les manifestations arrivent à aiguillonner certains politiciens pour faire ce qu’ils auraient dû faire depuis longtemps, alors Occupy Wall Street aura été un succès retentissant. »

C’est peut-être Katie Davidson, engagée depuis le début dans la cellule « médias » de Occupy Wall Street qui a le mieux exprimé l’importance de ce mouvement. Dans une interview à la télévision Russia Today, elle déclare : « Plus que tout, je pense qu’il existe ce sentiment que ce qui se passe pourrait réellement se transformer en révolution et pourrait vraiment changer le monde … »
[Sources : Russia Today TV, Russie ; Democracy Now, New York Times, The Nation, Etats-Unis]

Une journée mondiale d’action

Les manifestations se sont propagées à travers le monde en adoptant le slogan de Occupy Wall Street : « Nous sommes les 99 % »

Une journée mondiale d’action était prévue le 15 octobre 2011. Au moment de mettre ce numéro sous presse, des manifestations sont prévues dans 1 320 villes à travers le monde et dans les pays suivants : Danemark, Pays-Bas, Belgique, Grèce, Allemagne, Nouvelle-Zélande, Irlande, Canada, Royaume-Uni, Australie, Chili, Argentine, Uruguay, Afrique du Sud, Ouganda, Maroc, Irak, Liban, Israël, Roumanie, Serbie, Bosnie, Hongrie, Autriche, Italie, France, Slovénie, République tchèque, Pologne, Norvège, Finlande, Islande, Venezuela, Colombie, Pérou, Costa Rica, Inde, Chine, Japon, Philippines et Thaïlande.

Pays-Bas – Tout en soulignant qu’ils ne proposent pas de solutions immédiates, les organisateurs veulent envoyer un message clair aux politiciens et aux banques pour leur dire qu’ils doivent prendre leurs responsabilités. « Les politiciens néerlandais sont trop passifs et trop rapides pour pointer les autres du doigt » selon Robin van Boven, porte-parole du mouvement Occuper La Haye. « La manifestation portera sur différents thèmes, allant de la crise économique au soulèvement libyen. Nous voulons que les gens soient conscients des problèmes et nous rejoignent dans la recherche d’une solution. Le lendemain du défilé à La Haye, les manifestants se rassembleront à Amsterdam pour faire entendre leurs revendications pour « une vraie démocratie, une société plus juste et le changement dans lequel la coopération et la conscience sont essentielles », selon le site du mouvement.
[Sources : occupydenhaag.org]

Espagne – Le 17 septembre 2011, le mouvement Indignados a organisé des manifestations aux abords des Bourses de Barcelone, Madrid, Valence, Bilbao et Las Palmas pour protester contre la spéculation.
[Source : notre correspondant, Espagne]

Allemagne – Des campagnes similaires au mouvement Occupy Wall Street sont prévues à Berlin et à Francfort le 15 octobre 2011.
[Source : Die Zeit, Allemagne]

Belgique – Comme mentionné dans le numéro d’octobre de Partage international, les « Indignés » ont organisé une marche à travers l’Europe, de l’Espagne jusqu’à Bruxelles, afin de créer un énorme rassemblement au siège de l’Union européenne. Beaucoup d’Indignés sont maintenant arrivés à Bruxelles, tiennent des débats publics et travaillent en commissions.
[Source : De Standaard, Belgique]

Royaume-Uni – Selon le groupe Occupy London Stock Ex-change, les manifestants sont focalisés contre « l’augmentation de l’injustice sociale et économique dans ce pays … Depuis la crise financière, le gouvernement a veillé à maintenir le statu quo, se gardant de s’en prendre aux responsables de la crise, tout en s’assurant que les citoyens, et en particulier les plus vulnérables, en paient les conséquences. Ce que nous avons en commun c’est que nous sommes l’autre 99 %, que nous voulons que les gens l’emportent sur le profit, que nous voulons faire entendre nos voix contre la cupidité et la corruption et pour une société démocratique et juste. Et que nous le faisons d’une manière non-violente et pacifique. »
[Source : The Telegraph, Royaume-Uni]
Pour plus d’informations : OccupyTogether.org

Arabie Saoudite : les femmes obtiennent le droit de vote.
Le roi Abdallah d’Arabie Saoudite a annoncé que les femmes auront le droit de vote et d’éligibilité aux futures élections municipales. Elles pourront également être nommées au Conseil de la Choura, l’organisme officiel qui conseille le roi. Cette décision a été bien accueillie par les militants qui appellent à davantage de droits pour les femmes dans ce royaume qui respecte une version stricte de la loi islamique sunnite.
Pour Wajeha Al-Huwaider, militante pour les droits des femmes : « L’annonce faite par le roi est une bonne nouvelle. Maintenant il est temps de lever d’autres obstacles, comme le fait de ne pas permettre aux femmes de conduire une voiture et de ne pas être en mesure de vivre une vie normale sans tuteur masculin. »
[Sources : BBC, Royaume-Uni ; Reuters]


Sources : diverses
Thématiques : Société, politique
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)