Partage international no 280 – décembre 2011
par Ben Case
News York, octobre 2011
Le mouvement Occupy Wall Street (OWS) a résisté aux pressions politiques, aux rigueurs de la météo, aux violences policières ainsi qu’à plus d’un millier d’arrestations, et un mois après sa naissance, il continue de monter en puissance.
L’OWS a gagné plus d’une centaine de villes aux Etats-Unis, et bien davantage à travers le monde. Il est lié aux mouvements populaires d’Europe et du monde arabe, et se rattache à des organisations existant de longue date. Il bénéficie maintenant d’une couverture médiatique mondiale. Si son impact politique potentiel suscite d’innombrables analyses, son organisation interne, sa structure et son fonctionnement ne sont pas moins dignes d’intérêt.
Cet article traite essentiellement de la première occupation en date, celle du Liberty Plaza, rebaptisé Zucotti Park. Il existe toutefois de nombreux points communs entre cette occupation et les autres : notamment la plupart d’entre elles possèdent une structure similaire. Mais, chaque occupation est autonome et sa gestion dépend de sa localisation géographique, de ses problèmes spécifiques et de sa situation démographique.
Une économie d’où l’argent est exclu
Et c’est gratuit. Cela peut sembler évident ou accessoire ; pourtant, au cœur de la critique du système actuel par de nombreux manifestants se trouve l’omniprésence de l’argent.
A l’OWS, il n’y a en fait d’argent que celui des seuls dons. On peut trouver là un abri, manger, boire, se détendre, écouter de la musique, lire, parler politique, flâner, dormir, se faire panser sans avoir à se soucier de ce que cela coûte. Pour les militants de l’OWS, égalitarisme ne veut pas dire que tout le monde doit disposer de la même quantité d’argent, mais, tout simplement, que nul n’a besoin d’argent.
Lily White, urgentiste de formation, a fondé la commission santé : « J’ai mis en place la tente médicale le deuxième jour avec une poignée de volontaires et un sac poubelle rempli de fournitures médicales de fortune. Maintenant nous avons des médecins et des infirmières et deux tentes équipées d’un matériel médical digne d’une clinique ou d’un service d’urgences où les patients sont reçus et traités rapidement et gratuitement, dit-elle avant de préciser : Le plus gros des blessures que nous voyons est le résultat des brutalités policières ‑ coups de matraque, brûlures au gaz poivré ‑ mais nous soignons également d’autres maladies et d’autres traumatismes, et maintenant, avec le froid, nous essayons de prévenir l’hypothermie. »
La structure organisationnelle et la prise de décision au sein d’OWS reposent également sur des principes égalitaires ‑ chacun a son mot à dire, aucune voix n’est écartée, tout le monde participe.
La structure centrale de l’occupation est l’assemblée générale (AG). L’AG se tient au minimum une fois par jour ; la discussion y est ouverte, c’est le principal lieu de prise de décision. Mais l’essentiel de ce qui se passe à l’OWS se fait dans les commissions. N’importe qui peut créer une commission et elles sont ouvertes à tous ‑ l’heure et le lieu de leur tenue sont affichées en bonne place chaque matin.
Les commissions sont multiples : L’alimentation collecte, achète, entrepose et distribue les vivres. L’hygiène est chargée de l’entretien, du nettoyage, et des installations sanitaires. La santé collecte des fournitures médicales, recrute des professionnels chargés de dispenser soins physiques et psychologiques, et forme des bénévoles à ce type de travail.
Construction d’une démocratie coopérative
La commission chargée du confort trie et distribue les vêtements qui ont été donnés, ainsi que les couvertures, sacs de couchage, oreillers, etc. La sécurité veille à ce que la tranquillité des participants ne soit pas troublée. La facilitation forme des modérateurs et des personnes chargées de réguler les prises de parole en AG.
L’alimentation et la santé sont les deux commissions les plus importantes. Non seulement elles rendent possible la vie des membres du mouvement, mais elles fournissent des services vitaux à la frange du public que la société américaine laisse de côté, démontrant ainsi comment une société alternative pourrait être orientée.
« Nous avons ici un exemple du type de service de santé que notre pays pourrait fournir aux gens et un mois à peine nous a suffi pour le mettre sur pied dans la rue », explique L. White.
Il existe également des commissions externes chargées de lancer des actions, de faire de l’information, de contacter la presse, d’intervenir sur le Net, d’assurer une coordination avec des syndicats, etc.
Et puis il y a des groupes informels pour ceux qui veulent faire de la musique, peindre ou dessiner, méditer, faire du théâtre de rue ou du yoga, toutes activités ludiques qui permettent d’avoir une vie holistique.
Au bout d’un mois d’existence, l’OWS ressemble à une ville indépendante, gouvernée par des institutions et des actions fondées sur l’empathie et des principes égalitaires. Si, comme forme de contestation, l’occupation est tactiquement un succès, c’est grâce à son implantation permanente sur un site, qui sert de base de lancement à ses diverses actions.
Mais ce qui est au moins aussi important aux yeux des participants, c’est l’occasion que leur offre l’espace occupé d’organiser un microcosme de la société dans laquelle ils veulent vivre. Comme le mouvement continue de s’étendre, il est clair que cette nouvelle société « parle » à un grand nombre d’individus désenchantés par les échecs de la société actuelle.
Lieu : New York, Etats-Unis
Auteur : Ben Case,
Thématiques : Société, politique
Rubrique : Point de vue ()
