Moins de combustibles fossiles pour 2024

Partage international no 425février 2024

par David Suzuki

Si nous nous rassemblons et décidons de faire de notre mieux pour les autres et pour la planète, nous pourrons trouver une meilleure voie. Ce serait plus facile si les industries du gaz, du pétrole et du charbon et leurs partisans décidaient de faire le ménage, mais la conférence sur le climat, la COP28 qui s’est tenue aux Émirats arabes unis à la fin de l’année 2023 a montré que les gouvernements ont décidé d’en faire le moins possible tout en engrangeant des profits considérables et en alimentant non seulement une crise climatique, mais aussi une crise financière.

Nombreux sont ceux qui tentent de tromper le public par une propagande fallacieuse sur la séquestration du carbone et par des engagements de réduction des émissions, mais uniquement celles provenant de l’extraction et de la production, et non les émissions réellement dangereuses qui résultent de la combustion des combustibles fossiles. Il est important de plafonner les émissions de l’industrie pétrolière et gazière, comme l’a promis le gouvernement canadien, mais ce n’est qu’un petit pas. Nous devons laisser les combustibles fossiles dans le sol !

Photo : Marketinka1CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Qui ne souhaite pas un air plus pur ?

Les preuves de l’emballement du changement climatique et de ses conséquences catastrophiques sont indiscutables et évidentes pour quiconque prête attention à l’augmentation rapide des phénomènes météorologiques extrêmes, des inondations, des sécheresses, des dômes de chaleur, etc. Les énormes avantages du passage de la combustion de carburants polluants à des sources d’énergie plus propres telles que l’énergie éolienne, solaire et géothermique sont également évidents. Qui ne souhaite pas un air et une eau plus purs, de meilleures opportunités, plus d’égalité et une plus grande stabilité sociale ?

L’avantage le plus évident est que cette transition contribuera à stabiliser le climat et à empêcher un dérapage climatique encore plus grand aux conséquences coûteuses, depuis l’augmentation des coûts des soins de santé jusqu’aux dommages causés aux infrastructures et à l’agriculture. Les économies d’énergie et l’utilisation de sources d’énergie plus propres permettront de créer des emplois de meilleure qualité, d’accroître les opportunités économiques et d’éviter des millions de décès et de maladies évitables, ainsi que de ralentir la crise montante des migrants qui quittent des régions de plus en plus inhospitalières. Cela pourrait même produire plus d’égalité.

Qui pourrait s’opposer à tant de bienfaits ? Les dirigeants du secteur des combustibles fossiles et leurs partisans, qui placent l’argent et le pouvoir au-dessus de tout, y compris d’un climat viable !

Il faut être sérieux et cesser de vivre dans le déni. Le dérèglement climatique d’origine humaine est le plus grand défi auquel l’humanité ait jamais été confrontée. Mais ce n’est pas un défi sans solution. Nous avons tous constaté la rapidité avec laquelle la technologie peut progresser lorsque l’humanité s’y applique. Il suffit de regarder l’évolution phénoménale de la puissance informatique. La plupart d’entre nous ont aujourd’hui dans leur poche ou leur sac des ordinateurs plus puissants que les énormes systèmes qui ont envoyé des hommes sur la Lune !

On constate des avancées similaires dans les technologies de l’énergie et de son stockage. Les énergies éolienne et solaire sont désormais moins chères que l’énergie produite à partir du charbon, du gaz et du pétrole, même avec les coûts de stockage. Le rendement est également meilleur et elles sont beaucoup moins polluantes. Enfin, elles ne sont pas soumises à la volatilité des marchés et aux profits de l’industrie.

Mais que faire dans sa propre vie ? Comment peut-on s’opposer à une industrie qui a une telle emprise sur l’économie mondiale et une telle influence sur les hommes politiques ?

Tout d’abord, il faut être informé. Et malgré – ou peut-être à cause de – la pléthore d’informations disponibles, cela peut s’avérer difficile. Mais si l’on fait preuve d’esprit critique et qu’on apprend à évaluer les sources pour savoir lesquelles sont crédibles et lesquelles ne le sont pas, il devient possible d’y voir clair.

Il faut également se libérer de la prison de consommation que nous avons créée. Travailler de longues heures et s’endetter pour avoir plus de choses n’est pas la voie du bonheur. Il faut plaider en faveur de meilleurs transports publics. L’idée de l’automobile privée – utiliser des machines faites de tonnes de métal, de plastique et d’autres matériaux pour déplacer moins de cent kilos de personnes, et surtout brûler des quantités massives de combustibles fossiles pour ce faire – n’a pas de sens, si ce n’est comme moyen d’augmenter les profits de l’industrie du pétrole et de l’automobile.

Par-dessus tout, nous devons nous rassembler pour faire entendre notre voix. Qu’il s’agisse de participer à des manifestations, d’écrire des lettres ou de signer des pétitions, de parler à nos amis et à notre famille, de faire savoir aux hommes politiques qu’ils ne gagneront notre soutien que s’ils prennent la crise climatique au sérieux, on peut faire la différence. Et surtout, prenons la résolution d’être gentils les uns envers les autres ! Je vous souhaite une nouvelle année plus heureuse !

Auteur : David Suzuki, généticien et vulgarisateur scientifique primé. Il a cofondé la Fondation David Suzuki en 1990.
Sources : commondreams.org
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()