L’utilisation constructive des forces de destruction (2e partie)

L’évolution des groupes dans l’ère du Verseau

Partage international no 359juillet 2018

par Felicity Eliot

L’article ci-dessous fait suite à la série de textes que nous avons publiés au cours des derniers mois au sujet des conditions fondamentales qui gouvernent le travail des groupes ésotériques. Benjamin Creme (BC) et son Maître ont consacré plus de quarante ans à informer le public de l’extériorisation de l’ashram des Maîtres. Comme ce travail est en bonne voie, il semble utile de revisiter les conditions présidant au bon fonctionnement des groupes de disciples, dont la vocation est de refléter une réalité intérieure dans le monde extérieur. Les auteurs de ces articles n’ont aucune expertise particulière : en compagnie du lecteur, ils explorent et examinent un ensemble d’idées et de comportements.
La « règle onze », donnée par le Maître Djwal Khul (DK) par l’entremise d’Alice Bailey, est la onzième d’une série de règles destinées aux disciples et aux aspirants. DK y présente les quatre conditions auxquelles les disciples appartenant au groupe d’un Maître doivent satisfaire pour parvenir à la fusion et à l’unité de groupe, préalablement à une éventuelle initiation de groupe. Ces conditions sont étudiées en détail par Benjamin Creme dans
La mission de Maitreya, tome II (MM2).
Elles sont : a) l’établissement de relations non sentimentales ; b) l’utilisation constructive des forces de destruction ; c) la capacité à travailler en tant que hiérarchie miniature dans le respect du principe d’unité dans la diversité ; d) la culture de la puissance du silence occulte. (Les rayons et les initiations, [215])
Mes Maîtres […] se tiennent prêts à servir. Leurs rangs seront remplis par vous, hommes et femmes du monde et, ainsi, ils seront libérés pour la Voie supérieure.Au pied de la montagne, l’ascension semble rude, mes frères, mais lorsque les premiers pas ont été faits, la progression devient rapide ; et près du sommet, vos pieds auront des ailes et, de cette hauteur, vous verrez la splendeur de Dieu. Il en sera ainsi, mes amis et frères. Moi, Maitreya, j’en fais la promesse. (Message de Maitreya n° 89)

Faire sien l’enseignement ‑ le travail du disciple

La première partie de cet article a mis en évidence la réalité du contact avec l’âme, souligné qu’il est possible d’aller au-delà du niveau de l’âme et conclu en affirmant que les membres du groupe qui travaillent avec le Maître de BC font « partie d’un ashram ».

Cela étant, il peut être utile de nous souvenir du serment sacré que chacun d’entre nous a fait avant de venir en incarnation, car c’est cette connaissance consciente ou inconsciente qui pousse le disciple à servir. Ainsi, comme l’affirme BC : « Tout disciple devenu un disciple engagé a littéralement fait le serment de servir le Plan d’évolution. C’est cela, être un disciple. Que vous le sachiez ou non, vous avez fait le serment de servir le Plan au niveau de la conscience que vous en avez et dans la mesure de cette conscience. Evidemment, lorsque vous pensez au Plan avec le mental inférieur, il y a peu de chances que vous puissiez le concevoir. Vous n’en voyez pas la signification. Cependant, au cours de votre vie, par vos interactions avec des gens ou avec des groupes, dans le cadre de vos activités professionnelles ou autres, vous participez effectivement, d’instant en instant, au Plan d’évolution. Le Plan n’est pas séparé de votre vie. Votre vie fait partie de ce Plan, dans la mesure où vos actions sont conformes aux intentions du Plan et à celles du Maître qui se tient à l’arrière-plan du groupe dont vous faites partie. Par la suite, naturellement, vous agirez beaucoup plus consciemment. Ce dont les Maîtres ont besoin, c’est de serviteurs conscients et décidés. » (La Mission de Maitreya, tome II)

Ce que BC nous présente dans le paragraphe ci-dessus est une idée puissante, susceptible, par ses implications, de transformer nos vies : « Votre vie fait partie de ce Plan, dans la mesure où vos actions sont conformes aux intentions du Plan et à celles du Maître qui se tient à l’arrière-plan du groupe dont vous faites partie. » Comme les Maîtres et BC l’ont dit, il ne s’agit pas là simplement de mots, mais bien de vérités. Quand on intègre en soi cette vérité, on ne peut pas ne pas changer. Car elle implique de la part du groupe mondial un effort concerté pour intégrer, comprendre, mettre en commun et faire nôtre cette réalité, ainsi que d’autres, tout aussi transformatrices. L’idée importante ici est de faire en sorte que « l’enseignement devienne nôtre ». Non seulement les concepts ne doivent pas rester des mots dénués de sens dans une page racornie ou dans un livre jamais ouvert, mais le disciple doit au contraire insuffler de la vie dans l’enseignement en « le devenant, en le vivant », selon les paroles de BC.

De temps à autre, la meilleure manière de trouver le sentier vers l’avant est de revenir au début du voyage. Peut-être pourrions-nous prendre le temps, dans ces pages, de retrouver le premier contact qui fut le nôtre avec l’idée de la Réapparition de l’Instructeur mondial et d’en revivre l’impact : notre joie, notre enthousiasme de voir la validité de notre aspiration et de notre quête intérieures confirmée. La vie avait donc bien un sens, après tout. Nous n’étions pas des utopistes naïfs ; notre recherche d’un moyen d’aider le monde, notre espoir pour l’humanité ‑ tout cela, à notre heureuse et immense surprise, se révélait donc exact. C’était déjà même en train de se produire, et nous pouvions y prendre part si nous le désirions.

Aujourd’hui, des années plus tard, une conviction plus profonde a mûri en nous, alimentée par l’expérience et les aventures de la vie ; un amour et une certitude plus tranquilles ont fleuri et pris la place de l’effervescence. Nous avons grandi et changé comme jamais nous n’aurions pu l’imaginer ou l’espérer dans nos jours d’exaltation ancienne.

Un cœur enflammé

Dans « L’appel au service » (La mission de Maitreya, tome II), BC cite un passage de l’article de son Maître qui donne son nom au chapitre et qui décrit la façon dont les Maîtres procèdent pour chercher dans le monde ceux qui sont prêts pour le service : « Nous, sur les plans intérieurs, cherchons ceux qui connaissent déjà un tant soit peu le Plan et dont les priorités sont saines. » BC expose alors ce que sont le service et l’attitude correcte ‑ en un mot : l’ardeur d’un cœur enflammé et une attitude saine et intelligente qui évite le fanatisme en servant « au-dessus et au-delà de l’appel au service ».

« Si on connaît le Plan, on peut devenir un serviteur conscient. Ainsi, on est moins susceptible de perdre du temps dans des voies sans issue. Il existe quantité de manières de servir le monde, mais certaines sont meilleures que d’autres. Tout peut devenir service, le cas échéant, mais il faut aussi servir intelligemment. C’est-à-dire servir non pas en dessous, mais légèrement au-dessus de ses capacités, aller toujours un peu au-delà, en prenant, s’il le faut, la ligne de plus grande résistance, au lieu de celle de moindre résistance. Toutefois, suivre en permanence la ligne de plus grande résistance peut aussi être une erreur. Cela peut conduire le disciple dans des impasses, et lui faire perdre du temps et des opportunités. Le fin du fin est de savoir discerner quand prendre la ligne de moindre résistance, et quand prendre la ligne de plus grande résistance. C’est à cela qu’on reconnaît le serviteur intelligent. Il faut apprendre à utiliser votre intuition pour savoir laquelle de ces deux voies choisir : la ligne sans aucune résistance de votre structure de rayons personnelle en profitant des occasions qui se présentent à vous à l’intérieur de votre groupe, ou la ligne de plus grande résistance, en vous attaquant à quelque chose qui, d’une certaine façon, semble contraire à votre nature ‑ quelque chose de vraiment difficile pour vous ‑ qui vous oblige à aller au-delà de ce que vous désirez véritablement. Bien entendu, si vous ne vous brutalisez jamais, vous ne gagnerez jamais en souplesse. Pour grandir, vous devez aller au-delà de ce que vous vous croyez capable de réaliser. Vous vous rendrez alors compte que vous pouvez faire de plus en plus de choses. »

« Les choses ne se font pas d’elles-mêmes. L’homme doit agir et accomplir sa volonté. Aujourd’hui, cette volonté est aussi la Volonté de Dieu. C’est pourquoi le résultat en est assuré. » (Message de Maitreya n° 31)

Il est révélateur de constater comment BC, répondant à une question sur l’utilisation de la Volonté, a regroupé plusieurs concepts qui, assez étonnamment, sont tous en rapport avec l’invocation de la Volonté par le groupe. Il semblerait que la Volonté soit liée à la tension spirituelle, à la sensibilité et aux justes relations humaines : « Nous devons apprendre à utiliser les forces de destruction de façon constructive. Ce que cela implique dans les faits est que le groupe doit apprendre à utiliser le niveau atmique : le « ressort » de la tension spirituelle est si remonté qu’il invoque Atma. Les forces de destruction atmiques interviennent, détruisent ce qui est ancien, inutile, négatif, et le groupe est libéré par les forces de destruction de manière positive et constructive. Comment procéder ?[…] C’est une question de sensibilité, il faut que le groupe fasse preuve de sensibilité dans le travail. […] A mesure que votre conscience et votre sensibilité progressent, vous commencez à faire preuve d’une plus grande sensibilité dans votre travail avec vos collègues du groupe, et vous savez comment vous comporter dans vos relations avec les autres. C’est une question de sensibilité spirituelle. » (Partage international, mars 2011)

Le Maître DK parle d’une vie de groupe réussie, décrivant un mental de groupe bien organisé, d’une personnalité de groupe « divinement active », avec une âme de groupe « en plein épanouissement en tant qu’expression de l’ashram intérieur. […] Au cœur même de la vie de groupe […]  existera un point de feu vivant – ou vie – qui […] devra être transféré dans l’Ashram intérieur, situé au niveau de la Triade spirituelle. » (Les rayons et les initiations, [218]) Le feu au cœur du groupe devient de plus en plus spirituellement destructif, amenant le groupe à devenir ce que DK appelle un « terrain ardent » ‑ processus qui peut sembler angoissant aux personnalités concernées, mais qui détruit les barrières provenant de la personnalité et permet au « principe de vie au cœur du groupe de briller avec éclat ». (Les rayons et les initiations, [219]) En d’autres termes, en mettant en œuvre sa Volonté unifiée, le groupe détruit tout ce qui entrave l’accomplissement correct de sa tâche et l’expansion de la conscience de groupe. Le disciple individuel fait de même, afin d’écarter les obstacles au service et à l’évolution de sa conscience qui proviennent de sa personnalité. En un mot : mettez la volonté en action, et devenez ce que vous êtes ‑ une âme en incarnation.

On pourrait objecter que l’idée de sacrifice ou de renonciation a des connotations religieuses et semble impliquer une souffrance. Mais le détachement peut être considéré comme synonyme de renonciation, et, en fait, d’impersonnalité. Les petites tendances personnelles sont oubliées progressivement dans l’absorption dans le service ‑ processus qui exige l’invocation de la Volonté. Cela vaut pour l’individu comme pour le groupe. Il ne s’agit pas tant « d’abandonner quelque chose » que de tout transférer à un niveau de conscience supérieur que l’on embrasse, et de se débarrasser de tout ce qui fait obstacle à cet état supérieur. Le Maître DK nous donne un conseil encourageant : « Il est une règle simple, toujours valable, qui conduit à la compréhension et à la réalisation. La Grande Renonciation ne devient possible que lorsque la pratique des petites renonciations gouverne la vie du disciple et du groupe. » (Les rayons et les initiations, [224])

Les quatre conditions indispensables pour l’unité de groupe (et, le moment venu, pour l’initiation de groupe) doivent être satisfaites, mais, pour faciliter le processus, Maitreya est intervenu et a fait au groupe un cadeau extraordinaire ‑ que le Maître de BC désigne comme « le cadeau du Grand Seigneur ». Par une certaine intervention sur le plan énergétique, il a mis le groupe en mesure de remplir les conditions. Ceci est particulièrement vrai de la seconde condition, à laquelle, grâce à son aide, le groupe peut satisfaire plus facilement pour invoquer la Volonté.

La Renonciation est si cruciale pour la réalisation de ces conditions que, par analogie, on fait facilement le parallèle avec la quatrième initiation, à la fois pour l’individu et pour le processus de groupe. Lors de la quatrième initiation, également connue en tant que Grande Renonciation, le corps causal est détruit, et, comme BC nous l’explique : « Le corps causal, le corps de l’âme, est détruit, et une nouvelle relation, directe, s’établit entre la Monade et l’individu en incarnation. L’énergie de ce qui est en bas est transférée sur un plan supérieur. L’énergie supérieure est invoquée et descend sur le plan inférieur. » (BC, La mission de Maitreya, tome II) Cela évoque Infusion de l’âme, la toile de BC qui représente ce prodigieux événement dans la vie d’un groupe et d’un disciple.

Même si cela peut sembler abstrus, ce processus est intimement lié à l’extériorisation de la Hiérarchie, dans laquelle nous sommes tous impliqués. Il va sans dire que rien de ce qui précède ne doit être compris comme signifiant que les groupes impliqués dans ce travail ont pris ou sont sur le point de prendre la quatrième initiation.

Un pont de lumière

La question qui s’impose est de savoir comment les conditions doivent être remplies. N’avons-nous pas besoin d’un mécanisme qui permette la connexion entre les différents états de conscience ? Ne sommes-nous pas en droit d’affirmer que nous souffrons tous d’une frustration innée (et donc donnée par Dieu) du fait de notre absence de continuité entre notre « conscience quotidienne » et notre « conscience en tant qu’âmes » ?

Lorsque cette absorption [dans le service] est mise en œuvre, cela permet l’entrée en jeu de l’aspect volonté du groupe. Lorsque cette volonté est invoquée, tout se met en place de manière naturelle. Cela ne se fait sentir que lorsque le groupe travaille intelligemment, et manifeste l’amour de façon adéquate. Nous savons tous que l’aspect volonté est toujours le troisième aspect à être invoqué. D’abord, c’est l’aspect intelligence ‑ qui domine tout au long de la vie jusqu’à la première initiation. Puis, c’est l’aspect amour qui entre en jeu ‑ le deuxième aspect de la Triade, l’amour spirituel ou buddhi. A terme, cela permet à l’aspect le plus élevé, la volonté atmique ou spirituelle, d’apparaître. Les véhicules s’en trouvent galvanisés, car ils sont imprégnés par l’intelligence et l’amour de la Triade. Le travail s’accomplit alors rapidement et correctement. Bien entendu, c’est l’utilisation des forces de destruction qui permet tout cela. (BC, La Mission de Maitreya, tome II, Vers l’initiation de groupe)

 

Pour résumer les enseignements et les conseils qui nous ont été donnés : la méditation ‑ spécialement la méditation de transmission ‑ et le service produisent en nous une évolution de la conscience à mesure que se construit l’antahkarana ‑ le fil qui nous mène au contact avec l’âme. Lorsque ce processus avance, la tension spirituelle devient suffisamment invocatoire et provoque une réponse de la part de la Triade spirituelle via le « pont » ‑ l’antahkarana étant symboliquement considéré comme un pont de lumière reliant des états de conscience. C’est un état de conscience en perpétuelle évolution. Nous sommes l’antahkarana, et, en le développant, nous devenons conscients, le moment venu, que nous sommes un avec la Vie elle-même. L’humanité construit petit à petit l’antahkarana mondial. Nous apprenons du Maître DK et de BC qu’on enseignera la science de l’antahkarana aux enfants de l’avenir. « Avec le temps, l’antahkarana reliera non seulement les peuples, mais les planètes et les systèmes solaires. Telle est la nature essentielle de l’Etre partout dans le Cosmos. » (Partage international, août/sept. 1994)

Il suffit de penser au puissant effet de la « Prière pour le nouvel âge », l’affirmation d’identification avec le Soi donnée par Maitreya. Une fois que le groupe est parvenu à une tension spirituelle suffisante, il évoque une réponse du Maître, de l’ashram intérieur. BC décrit ce qui se passe quand un individu commence à méditer, et nous pouvons appliquer le même principe au groupe qui travaille pour développer la conscience de groupe : « La méditation […] commence à relier l’individu à l’âme. C’est par ce premier lien que se produit peu à peu l’union, la fusion de l’individu avec l’âme. Quant à l’aspiration, elle se transforme en volonté indomptable ‑ la volonté du dessein connu ‑ et elle domine alors la vie. Une fois que les pétales de volonté sont ouverts (les trois pétales intérieurs dans le « cœur du lotus »), et que le « joyau » est révélé, le dessein de la Monade exprimé par cet individu désormais complètement imprégné par son âme peut se manifester. C’est ainsi que l’on parvient à la vie de volonté et de dessein des grands initiés. Telle est la destinée de tous. » (La mission de Maitreya, tome III)

Pour la première partie de l’article de Felicity Eliot, voir notre numéro de juin 2018. Les articles précédents de cette série ont été publiés dans nos numéros d’avril et mai 2018. Les deux prochains articles de cette série traiteront du travail en tant que Hiérarchie miniature, et de la capacité à embrasser la diversité tout en préservant l’unité.

Glossaire
Antahkarana
– Pont de lumière invisible reliant le cerveau physique à l’âme, et qui se construit par la méditation et le service.
Atma – Volonté spirituelle.
Buddhi – Ame ou mental universel, raison pure, compréhension aimante, Amour-Sagesse. C’est l’énergie d’Amour telle que les Maîtres en font l’expérience.
Manas – Mental supérieur ou abstrait.
Corps causal – Véhicule d’expression de l’âme sur le plan causal. Réceptacle où est conservée la conscience du niveau d’évolution de l’individu.
Grande Renonciation – La quatrième initiation est connue sous le nom de Crucifixion en Occident et en tant que Grande Renonciation en Orient. Jésus vint au monde à Bethléem en tant qu’initié de 3e degré. Lorsqu’il prit la 4e  initiation, il le fit sur le plan physique pour mettre en scène symboliquement l’expérience de la Renonciation à l’intention de l’humanité. A la 4e initiation, l’initié renonce à tout ‑ situation, famille, à la vie même, si nécessaire ‑ pour choisir la vie spirituelle.
Monade ou Soi – Pur Esprit reflétant la nature triple de la déité : (1) Volonté divine ou Pouvoir (le Père) ; (2) Amour-Sagesse (le Fils) ; (3) Intelligence active (le Saint-Esprit). C’est l’étincelle divine résidant en tout être humain.

Auteur : Felicity Eliot, rédactrice en chef de Share International, basée à Amsterdam (Pays-Bas).
Thématiques : spiritualité
Rubrique : Dossier ()