Partage international no 202 – juin 2005
Profondément choquée par les événements qui déchiraient son pays, une Burundaise, Marguerite Barankitse, réalisa qu’elle ne pouvait demeurer inactive face aux terribles souffrances causées par la guerre civile. Pendant le massacre réciproque des Tutsis et des Hutus au Burundi, en 1994, elle sauva de nombreux orphelins à Ruyigi, une ville de l’Est du pays.
Au moment de la guerre, Marguerite Barankitse enseignait à Ruyigi où elle fut témoin du massacre de soixante-douze personnes. Avec d’autres Burundais fuyant pour sauver leur vie, elle s’efforça de trouver des cachettes sûres et elle s’arrangea pour sauver vingt-cinq enfants, en les prenant sous sa protection pendant toute la durée du conflit. « Au début, il y avait vingt-cinq enfants dont les parents avaient été tués, mais au bout d’une année il y en eut cent, puis cinq cents, et maintenant ils sont plus de dix mille. J’ai donc commencé à chercher un terrain plus grand, et j’ai pensé : pourquoi ne pas utiliser la terre de mes parents ? »
La terre de ses parents fut utilisée pour construire un lieu de paix et de sécurité pour les enfants. Elle fonda une maison pour eux, la Maison Shalom (Maison de la paix), procurant ainsi un havre où les orphelins et les enfants séparés de leurs parents peuvent grandir en « famille », dans un endroit sûr où ils sont éduqués et aimés.
Marguerite Barankitse – mais elle préfère qu’on l’appelle Maggie – et son équipe dirigent maintenant quatre « villages d’enfants » dans le pays, ainsi qu’un centre pour les orphelins et les autres enfants vulnérables de Bujumbura, la capitale.
Surnommée « l’ange du Burundi », Maggie recevra au mois de juin la récompense maximum de l’Agence des nations unies pour les réfugiés, pour son travail en tant que « mère » ou « ange » des dix mille enfants déplacés par les guerres civiles dans son pays et les pays voisins, ainsi que pour l’aide apportée aux Burundais récemment rapatriés.
Les membres de l’association enseignent aux enfants et aux mères rapatriées et chefs de familles les préceptes de santé et d’hygiène, notamment en ce qui concerne la prévention et le traitement du sida, et également la gestion d’une maison et l’élevage du bétail, la création d’activités génératrices de revenus, et les possibilités de bénéficier d’une formation. A Ruyigi, l’association gère également un cinéma, une piscine publique, un restaurant, un salon de coiffure et une pension de famille.
D’autres projets, allant des soins de santé à la réunification des familles, furent également lancés par la Maison Shalom. En plus des orphelins de guerre et des enfants séparés de leurs familles dont on essaie de retrouver des parents survivants, Maggie vient en aide à d’anciens enfants soldats, à des enfants séropositifs, et à de jeunes réfugiés du Rwanda et de la République démocratique du Congo.
Un très grand nombre de Burundais furent déplacés à l’intérieur du pays, ou s’exilèrent en Tanzanie, et la Maison Shalom aide pratiquement à réadapter tous ceux qui ont besoin de reconstruire leur vie. Dans de nombreuses communes, la Maison Shalom a travaillé avec des rapatriés et des personnes déplacées pour créer des activités génératrices de revenus comme des ateliers de couture, de menuiserie et de fabrication de savon. Elle a également mis en place des projets de menuiserie, financés par le UNHCR, en faveur des rapatriés de la commune de Gisuru, une région où les réfugiés sont rentrés en grand nombre.
Le Haut Commissariat aux réfugiés a déclaré que M. Barankitse devait être honorée « pour ses efforts infatigables » ; elle est cette année la lauréate du Prix Nansen pour les réfugiés. Ce prix est décerné chaque année à des individus ou des organisations qui se sont distinguées dans le travail en faveur des réfugiés. M. Barankitse recevra, le 22 juin 2005, lors d’une cérémonie, à Bruxelles (Belgique), cette récompense qui porte le nom du premier Haut Commissaire pour les réfugiés, l’explorateur norvégien Fridtjof Nansen, et qui inclut une subvention de 100 000 dollars destinée à financer un projet en faveur des réfugiés proposé par le lauréat.
Le travail de Maggie a été largement reconnu. En 2004, elle a reçu le Four Freedoms Award de l’Institut Franklin et Eleanor Roosevelt, et le Voices of Courage Award de la Commission des femmes pour les enfants et les femmes réfugiés, basée aux Etats-Unis. Elle a également reçu le Prix des enfants du monde (2003), le prix Juan Maria Bandrés pour les défenseurs des droits d’asile, octroyé par le Comité espagnol d’aide aux réfugiés (2003), le prix Nord-Sud (2000), ainsi que le Prix des Droits de l’homme du gouvernement français (1998). En 2004, l’Université catholique de Louvain en Belgique lui a décerné un doctorat honoris causa.
Burundi
Sources : UN News Service, G.-B.
Thématiques : Sciences et santé, Société, femmes
Rubrique : Divers ()
