L’Onu part en croisade contre le sida des enfants

Partage international no 208décembre 2005

L’Onu, l’Unicef et l’Onusida ont lancé la campagne Tous unis pour les enfants, tous unis contre le sida, afin de faire prendre conscience à la population mondiale de l’impact de la pandémie sur les enfants. Et qu’on ne saurait accepter plus longtemps de laisser sans traitement 95 % des enfants infectés, et sans soutien les millions qu’il a rendus orphelins.

Pour l’Unicef, ces enfants sont les victimes oubliées du sida – oubliées non seulement dans les discussions où s’élaborent les politiques mondiales et nationales face à la pandémie, mais aussi parce qu’ils n’ont aucun accès aux services les plus élémentaires de soin et de prévention – ce qui est d’autant plus grave que beaucoup sont sans familles et privés de la satisfaction de leurs droits les plus fondamentaux (école, santé, protection…).

Lors du lancement de la campagne en présence de Kofi Annan, la directrice exécutive de l’Unicef, Ann Veneman, et le directeur exécutif d’Onusida, Peter Piot, ont martelé que chaque minute, un enfant meurt d’une maladie liée au sida et un autre est infecté par le virus, en même temps que quatre jeunes de la tranche de 15-24 ans.

Il y a, dans le monde, près de 15 millions d’orphelins du sida ; moins de 10 % d’entre eux bénéficient d’un soutien public. En Afrique sub-saharienne, les ravages sont tels que l’ensemble des moyens d’action mis en place ont pratiquement atteint leurs limites : « Près de 25 ans après l’apparition du virus, l’aide atteint moins de 10 % des enfants infectés, directement ou indirectement ; les autres sont laissés à eux-mêmes, grandissent trop vite, quand ils grandissent… », déclare le secrétaire-général Kofi Annan.

Selon A. Veneman, la pandémie annule, en particulier dans les pays les plus durement touchés, des années de progrès réalisés dans la condition des enfants. Ce qui compromet d’autant la concrétisation des Objectifs du millénaire (ODM). « Au cours du dernier quart de siècle, le sida a fait plus de 20 millions de victimes, abaissant de 30 ans l’espérance de vie dans les pays les plus affectés », continue-t-elle. « Bien que ce soit toute une génération qui n’ait pas connu un monde sans sida, l’importance du problème est telle qu’elle a empêché de lui donner une réponse à sa mesure. »

Les engagements, avec suivi chiffré, que s’est fixée cette Campagne pour 2010, se situent dans le cadre des ODM :

– Prévention de la transmission de mère à enfant qui est responsable du demi million d’enfants de moins de 15 ans qui meurent, directement ou non, de la maladie. L’objectif est de faire passer de 10 % à 80 % le nombre des mères ayant accès aux services de prévention.

– Moins de 5 % des enfants séropositifs reçoivent le traitement approprié, et seuls 1 % bénéficient du cotrimoxazole, un antibiotique bon marché qui peut diviser par deux la mortalité due aux infections mortelles qui surviennent souvent dans l’évolution de la maladie. Objectif : faire passer cette proportion (tant pour les anti-retroviraux que pour les antibiotiques) à 80 % d’ici 2010.

– Prévention : si les 15-24 ans comptent pour près de la moitié dans le nombre des nouvelles infections par le virus, l’immense majorité d’entre eux n’ont accès ni à l’information, ni aux services de prévention. L’Onu s’assigne donc pour tâche de réduire cette proportion de 25 %, conformément d’ailleurs aux accords internationaux déjà entérinés.

– Protection et accompagnement des enfants touchés, directement ou non, par la pandémie. On estime que, d’ici 2010, ce seront 18 millions d’enfants qui auront perdu un de leurs parents, voire les deux, dans la seule Afrique sub-saharienne. Et ce qu’on oublie trop généralement, c’est que cette situation force ces enfants, en particulier les filles, à se charger de responsabilités d’adultes, comme d’assurer les soins médicaux et trouver les revenus pour les payer, nourrir et s’occuper de leurs jeunes frères et sœurs… Difficilement conciliable avec l’école… La Campagne s’est donné pour objectif de faire bénéficier de l’aide publique 80 % de ces enfants.

Pour l’Unicef, les enfants doivent être au cœur du combat contre le sida. Selon l’Onusida, il faudrait y consacrer 55 milliards de dollars dans les trois prochaines années, dont 22 milliards pour la seule année 2008. Il manque, pour la période 2005-2007, environ 18 milliards. Il faut donc augmenter l’aide de façon importante, et l’affecter en priorité aux enfants.

Les deux organismes se sont félicités de l’engagement d’un certain nombre de gouvernements à donner la priorité, dans leurs aides à l’enfance, aux victimes du sida. « Le sida continue à décimer familles et communautés, faisant des millions d’orphelins et hypothéquant, de ce fait, l’avenir des pays les plus touchés, déclare Peter Piot. Si les pays doivent se développer, il faut orienter la priorité sur les enfants. En particulier dans l’allocation et l’utilisation des ressources disponibles. »

Etaient présents lors de ce lancement les présidents de l’Inde, du Brésil, du Mozambique et de Djibouti ; les premiers ministres des Pays-Bas, d’Irlande et de Trinité et Tobago ; le ministre des Affaires étrangères australien.


Sources : Unicef
Thématiques : Sciences et santé, Société, politique, Économie
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)