Partage international no 385 – septembre 2020
Barack Obama, l’ancien président des Etats-Unis, a prononcé une oraison funèbre pour John Lewis en l’église baptiste d’Ebenezer, à Atlanta, le 30 juillet 2020. Nous en publions ici quelques extraits.
« [John Lewis] croyait qu’en chacun de nous existe une capacité de dépassement, un désir ardent de faire ce qui est juste, une volonté d’aimer tous les humains, et de leur offrir le droit à la dignité et au respect que Dieu leur a donnés. Nous sommes si nombreux à avoir oublié ces principes. Notre culture nous enseigne le contraire. Nous avons l’impression qu’il vaut mieux ne pas étendre le cercle de ceux à qui nous témoignons de la générosité ou du respect ; que nous nous portons mieux si nous dominons nos semblables, si nous les regardons de haut, c’est même souvent ce que recommande notre culture.
[…] De nos jours, nous voyons de nos propres yeux des policiers écraser sous leur genou le cou des Noirs américains. […] Et alors même que nous sommes réunis ici, le gouvernement actuel décourage les citoyens de voter, en fermant certains bureaux de vote, en ciblant les minorités et les étudiants par des lois restrictives en matière de pièces d’identité, en restreignant notre droit de vote avec une précision chirurgicale, et même en sabotant le service postal à l’approche d’une élection pour que certains ne puissent pas voter par correspondance.
John Lewis savait que chacun d’entre nous dispose d’un pouvoir donné par Dieu ; le sort de cette démocratie dépend de la façon dont nous l’utilisons ; la démocratie n’est pas automatique, nous devons l’encourager, il faut s’en préoccuper, nous devons y travailler, et c’est difficile. Mais nous devons agir. Comme le Seigneur l’a recommandé à saint Paul : « N’aie pas peur, parle et ne te tais pas, je suis avec toi. Personne ne pourra s’attaquer à toi pour te faire du mal, car il y a dans cette ville un peuple nombreux qui m’appartient. » Il suffit que tout le monde aille voter. Comme John, nous devons nous battre encore plus fort en faveur de l’outil le plus puissant dont nous disposons : le droit de vote. La loi sur le droit de vote est l’un des couronnements de notre démocratie. C’est pour cela que John a franchi ce pont, et qu’il a versé son sang. Honorons-le en relançant la loi pour laquelle il était prêt à mourir. Une fois que nous aurons adopté la loi sur le droit de vote de John Lewis, il faudra continuer à la perfectionner.
En veillant à ce que chaque Américain soit automatiquement inscrit sur les listes électorales, y compris les anciens détenus, qui ont droit à une seconde chance. En ajoutant des bureaux de vote, en développant le vote par correspondance et en faisant du jour du scrutin un jour férié national. Ainsi, si vous travaillez dans une usine ou êtes une mère célibataire qui doit aller à son travail et n’a pas de temps libre, vous pourrez toujours voter. En garantissant à chaque citoyen américain une représentation égale au sein de notre gouvernement, à nos concitoyens qui vivent à Washington comme à ceux de Porto Rico.
Et pourtant, même si nous faisions tout cela – même si toutes les lois scélérates restreignant le droit de vote étaient abolies dès aujourd’hui – il faut être honnête avec nous-mêmes : trop d’entre nous choisiraient de ne pas exercer leur droit de vote ; trop de nos concitoyens croient que leur vote ne fera pas de différence, ou adhèrent au cynisme qui, soit dit en passant, est la stratégie centrale de la radiation d’électeurs, pour vous décourager, pour que vous cessiez de croire en votre propre pouvoir.
Nous allons donc devoir nous rappeler ce que John a déclaré : « Si vous ne faites pas tout ce que vous pouvez pour changer ces conditions, elles resteront les mêmes. On n’emprunte ce chemin qu’une seule fois. Vous devez donner tout ce que vous avez. » Tant que les jeunes manifestent dans la rue, en espérant que le vrai changement se produise, j’ai bon espoir, mais il ne faut pas les abandonner devant les urnes. Surtout lorsqu’aussi peu d’élections que celle-ci ont été aussi cruciales, à tant de niveaux. Nous ne pouvons pas considérer le vote comme une course à faire si nous avons un peu de temps. Nous devons le considérer comme l’action la plus importante que nous puissions entreprendre au nom de la démocratie. »
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Rubrique : Divers ()
