L’Ethiopie en situation critique

Partage international no 177mai 2003

Un rapport publié en février 2003 par Oxfam International met l’accent sur la situation de la crise subie par les onze millions de personnes touchées par la sécheresse en Ethiopie. Ce rapport, intitulé Ethiopie : prévenir la crise, insiste sur l’urgence de combler les lacunes en matière d’acheminement de la nourriture vers les 3,5 millions de personnes qui ont besoin d’urgence d’une alimentation enrichie en protéines.

Joan Summers, directeur de programme, a déclaré : « Nous avons des promesses qui permettent de couvrir un peu moins de la moitié des besoins en nourriture pour 2003 et il est vital que ces promesses se matérialisent. De la Mauritanie à l’Angola, de nombreux pays sont dans des situations désespérées […], mais avec onze millions de personnes dépendant de la nourriture acheminée par la communauté internationale, l’Ethiopie est en situation critique et nous devons y faire face. »

Les dernières saisons des pluies ont été insuffisantes et ceci constitue la cause immédiate de la situation d’urgence en Ethiopie. Dans les régions pastorales à l’Est de l’Ethiopie, les peuples Kurayu, Afar et Somali ont déjà énormément souffert en juin et juillet 2002 et les animaux (moutons, chèvres et bovins) ont succombé en grand nombre, privant les habitants du lait et de la viande qui constituent la base de leur alimentation.

Dans la région de Kurayu, la fondation Gudina Tumsa, partenaire d’Oxfam, estime que 80 à 90 % des bovins et 30 à 40 % des chèvres et des moutons sont morts. Dans de nombreuses régions, des cultivateurs qui dépendent principalement des céréales et des légumineuses pour leur alimentation sont également soumis à de mauvaises récoltes.

La faim et la malnutrition sont en augmentation, particulièrement parmi les enfants, les femmes enceintes et celles qui allaitent leur enfant. Il y a un déficit en aliments énergétiques à haute teneur en protéine. Les usines éthiopiennes ne peuvent satisfaire les demandes et il n’y a pas de devises pour effectuer des achats dans les pays voisins comme le Kenya. Le gouvernement éthiopien a demandé une aide de 1,4 million de tonnes de nourriture afin de faire face aux besoins jusqu’à la fin de l’année 2003. Des fonds sont également nécessaires pour assurer le transport de l’eau et effectuer des forages, pour les services de soins d’urgence, pour les semences et la reconstitution du cheptel. La famine de cette année sera probablement pire que celle de 1984-1985 et elle devrait toucher deux à trois fois plus de personnes.

D’après Gezahegn Kebede, coordinateur d’Oxfam en Ethiopie, « l’ampleur de cette crise est telle que tout défaut dans l’acheminement de la nourriture aurait des conséquences catastrophiques pour les milliers de personnes qui sont à la limite de la survie. Nous devons aussi nous interroger sur les raisons pour lesquelles ces sécheresses récurrentes ont un tel impact dévastateur en Ethiopie. La plupart des 65 millions d’Ethiopiens sont fermiers ou bergers et n’ont aucun moyen de se sortir de la pauvreté et d’échapper aux caprices de la nature. Il faut absolument investir dans le développement rural et les marchés pour mettre un terme à l’impact catastrophique de telles sécheresses en Ethiopie. »

Le rapport affirme que les solutions aux problèmes de l’Ethiopie doivent aborder les causes sous-jacentes de la pauvreté dans ce pays : insuffisance du développement rural, pression sur l’environnement, poids de la dette et conditions non équitables du commerce.

Au cœur de la sécheresse

Denise Nichols, gestionnaire du plan d’urgence d’Oxfam, a visité la province d’Afar, une zone aride à l’épicentre de la sécheresse en Ethiopie : « Le peuple afar est constitué de bergers nomades qui, chaque année, effectuent un long périple à travers les paysages désertiques en déplaçant leur troupeau à la recherche d’eau et de pâturages. Ces gens dépendent complètement des deux saisons des pluies ; si celles-ci font défaut, ils deviennent très vulnérables. » Les troupeaux représentent tout ce qui compte pour le peuple afar : ils constituent leur moyen d’existence, leur nourriture et leur richesse. « Tous les biens des habitants de la province sont investis dans leur cheptel. Il n’y a ni banques ni autres moyens de stocker leurs ressources. Les chameaux et les ânes sont leur moyen de transport. Les chèvres, les moutons et le bétail fournissent la viande et les produits laitiers qui constituent la principale source de nourriture en particulier pour les enfants. Tous les autres besoins – médecine, habillement, céréales – sont couverts en vendant du lait ou de la viande sur les marchés. Le cheptel des habitants de la province d’Afar est en train de dépérir. Les anciens nous disent qu’ils n’ont jamais connu une période où ils ont perdu autant d’animaux. »

Il ne reste plus rien aux hommes lorsqu’ils ont perdu leur troupeau. C’est d’abord le bétail qui dépérit ; il n’en subsiste presque plus ; ce sont évidemment les chameaux qui meurent en dernier lieu. Partout, nous voyons des gens qui marchent depuis plusieurs jours, il ne leur reste que quelques animaux, ils sont à la recherche de pâtures, d’eau ou de points de distribution de nourriture. « Nous avons rencontré des gens très malades et fragiles. La malnutrition croît rapidement et ce n’est plus qu’une question de temps avant que les hommes disparaissent à leur tour. »

Denise raconte comment elle s’est arrêtée le long d’une route où un camion distribuait de l’eau : « Les gens que nous avons rencontrés marchaient depuis trois jours à la recherche d’eau. J’ai parlé à des femmes terriblement affaiblies parce qu’elles avaient très peu de nourriture et pratiquement rien à boire. Elles étaient extrêmement amaigries ; on percevait leur squelette sous la peau. La distribution de l’aide alimentaire est vitale. Il y a déjà 23 000 personnes déplacées qui vivent dans des camps à Oromio. L’aide alimentaire est l’ultime recours qui permet aux gens de survivre dans les conditions les plus difficiles tout en restant dans leur environnement. S’ils sont obligés de se regrouper dans des camps, ils doivent se séparer de leur famille et des autres structures. Ils ont tout perdu, lorsque la crise sera passée, ils devront tout reprendre à zéro. »

Ethiopie
Sources : Oxfam International
Thématiques : Sciences et santé, Société, femmes, politique, Économie
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)