Partage international no 247 – mars 2009
Le monde va devoir réduire ses émissions de gaz à effet de serre de manière beaucoup plus radicale que ce qui était admis jusqu’à présent. Il faudra mettre un terme aux émissions de dioxyde de carbone d’ici 2050 pour éviter des perturbations catastrophiques du climat, affirme L’état du monde 2009 : vers un réchauffement mondial, publié par le Worldwatch Institute.
« Nous avons le privilège de vivre à un moment dans l’histoire où nous pouvons encore éviter une catastrophe climatique qui laisserait la planète hostile au développement humain, a déclaré Robert Engelman, en charge de ce rapport. Mais il ne nous reste plus beaucoup de temps. Pour aboutir à un accord afin de sauver le climat, il faudra le soutien massif du public et une volonté politique à l’échelle mondiale, afin de passer à des sources d’énergie renouvelables, à de nouvelles façons de vivre, et à une dimension humaine qui corresponde aux limites de l’atmosphère. »
La 26e édition de L’état du monde se consacre à la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de se préparer au changement climatique.
La température moyenne du globe a déjà augmenté de plus de 0,8 degré Celsius depuis le début de la révolution industrielle au milieu du 18e siècle, la plus grande partie de cette augmentation étant imputable aux activités humaines.
On peut déjà s’attendre à un réchauffement d’un degré Celsius supplémentaire, sur la base des émissions des gaz à effet de serre dont l’effet ne s’est pas encore fait sentir sur les températures de surface.
Un chapitre rédigé par le climatologue W. Hare conclut que pour éviter un point de basculement catastrophique, les émissions mondiales de gaz à effet de serre devront atteindre leur pic avant 2020 et baisser de 85 % sous les niveaux de 1990 d’ici à 2050, avec des réductions supplémentaires au-delà de cette date. Les émissions de dioxyde de carbone devraient devenir négatives, avec davantage d’absorption que de rejet, au cours de la deuxième moitié de ce siècle.
Les recherches de W. Hare aboutissent à la conclusion que même un réchauffement de seulement deux degrés Celsius pose des risques inacceptables pour les principaux systèmes naturels, avec nombre de disparitions d’espèces naturelles, réduction importante des capacités de production alimentaire dans les pays en développement, graves pénuries d’eau pour des centaines de millions de personnes, forte élévation du niveau des mers et inondations dans les zones côtières.
La situation exige une réduction rapide des émissions ainsi que d’importants investissements d’adaptation. Ces efforts devront nécessairement être financés par les pays les plus riches.
Il faudra examiner les liens entre le réchauffement climatique et la production alimentaire, la croissance de la population et l’économie mondiale.
Les économistes ont estimé l’investissement nécessaire pour éviter de dangereux changements climatiques : entre 1 000 et 2 500 milliards de dollars par an pour les décennies à venir. Mais le coût de l’inaction devrait être beaucoup plus élevé.
Le chapitre d’introduction du rapport mentionne dix défis principaux à surmonter pour permettre une réduction de l’impact, une adaptation aux changements climatiques et une meilleure résilience (le terme résilience renvoie à la capacité des communautés à s’adapter à des changements spectaculaires sans avoir à subir d’importantes réductions en matière de gouvernance, de sécurité, de prospérité, ou de qualité de vie).
Selon le rapport, les dix principaux défis sont les suivants :
– Penser à long terme. Le cœur du problème est que les conséquences de la détérioration de l’environnement due au refus des générations actuelles de vivre en équilibre avec l’atmosphère devra être supporté par les générations futures. Il faudra que des dirigeants visionnaires mobilisent le public afin qu’il prenne conscience de sa responsabilité et agisse en conséquence.
– Innovation. La réduction des émissions nécessitera de s’affranchir du carbone avec le minimum de sacrifices en terme de coût et de confort.
– Population. Rarement abordées dans le contexte du changement climatique, les futures tendances en matière de population pourraient faire la différence entre succès et échec dans l’équilibre à long terme des activités humaines, de l’atmosphère et du climat. La population mondiale devrait arrêter sa croissance et ensuite diminuer graduellement à partir du moment où les femmes auront la pleine capacité de décider par elles-mêmes si et quand elles auront des enfants.
– Changer de mode de vie. Il faudra arrêter de croire que le bonheur exige toujours plus de consommation individuelle, plus de viande, de plus grandes maisons, des véhicules plus puissants et que tout peut être jeté. Un esprit de partage équitable peut s’installer sans perte au niveau de ce qui importe réellement : une bonne santé, une vie sociale forte et du temps à consacrer à sa famille.
– La terre qui guérit. S’ils sont gérés correctement, le sol et la végétation peuvent soustraire des milliards de tonnes de carbone de l’atmosphère. L’agriculture peut réaliser tout ceci en améliorant la production alimentaire, en réduisant les besoins en engrais artificiels et en machines consommatrices de carburant tout en améliorant les revenus des fermiers.
– Des institutions fortes. Tout comme la détérioration de l’économie mondiale, le caractère planétaire des changements climatiques exige une coopération internationale et une bonne gouvernance. Les institutions – et celles qui, espère-t-on, ressortiront d’un accord climatique à Copenhague en 2009 – auront besoin du soutien du public dans leurs tâches cruciales.
– L’impératif d’équité. Aucun accord sur le climat ne réussira sans le soutien de ces pays qui, jusqu’ici, ont peu contribué au changement climatique, ont de faibles émissions par habitant, et auront à faire face aux plus grands défis d’adaptation aux changements à venir. Un pacte qui soit équitable à la fois pour les pays industrialisés et pour ceux en développement est essentiel.
– La stabilité économique. Dans un monde fixé sur les défaillances de l’économie globale, les solutions aux problèmes climatiques demanderont de mettre l’accent sur les coûts et sur les améliorations plutôt que sur les perspectives économiques à long terme. Un accord sur le climat devra se montrer efficace aussi bien en période de récession qu’en période de prospérité et devra répondre aux défis de la pauvreté et du chômage.
– La stabilité politique. Un monde en proie à des conflits et au terrorisme est beaucoup moins à même de prévenir les changements climatiques qu’un monde en paix. La sécurité et le climat doivent être traités simultanément. Le côté positif, c’est que la négociation d’un accord efficace et juste sur le changement climatique offre une occasion
de négocier des accords de paix et de redessiner les relations internationales sur des bases de coopération plutôt que de compétition.
– Mobilisation en faveur du changement. La façon de faire face aux changements climatiques dont nous sommes à l’origine est d’y voir l’occasion d’aboutir à une nouvelle économie mondiale et à de nouveaux modes de vie. Il n’existe aucune garantie qu’une telle transition sera facile – ou même possible ; mais une action mondiale doit être lancée maintenant ; elle pourrait déboucher sur de nouveaux emplois, de nouvelles opportunités pour la paix et une coopération mondiale au-delà de ce que l’humanité a jamais réalisé.
Faire face à tous ces défis interdépendants pourrait jeter les bases d’un monde qui ne rebondirait pas simplement pour sortir des crises économiques et climatiques, mais qui pourrait aller de l’avant. Une nouvelle administration américaine et les nouvelles négociations pour le climat qui débuteront à Copenhague en décembre 2009 pourraient finalement sortir la politique climatique de l’impasse dont elle a longtemps souffert.
« Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser la conférence climatique de Copenhague aboutir à un échec, a déclaré le président du Worldwatch, Christopher Flavin. Le résultat de cette réunion sera écrit dans les livres d’histoire et dans la composition à long terme de l’atmosphère de la planète. »
Sources : worldwatch.org
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()
