L’espoir est de retour

Partage international no 224avril 2007

par Michael Lerner

Nous publions ci-dessous l’extrait d’un article de la revue Tikkun, où le rabbin Michael Lerner déclare que sortir les Etats-Unis des options et priorités du gouvernement actuel n’est pas suffisant : il faut aller au-delà et promouvoir un nouveau modèle de société.

C’est précisément en cela que les forces libérales et progressistes ont une leçon à recevoir des progressistes spirituels. Nous devons exiger du mouvement anti-guerre et des forces pour la paix œuvrant à l’intérieur du Congrès, qu’ils aillent au-delà du « Ça suffit maintenant », et incluent comme noyau dur de leur discours public le Plan Marshall mondial (point 7 de notre Accord spirituel avec l’Amérique, présenté dans mon livre La main gauche de Dieu).

En résumé, nous exigeons que les Etats-Unis (il faut vraiment le faire nous-mêmes) engagent le processus et consacrent 5 % du produit national brut pendant les vingt prochaines années à un plan sophistiqué mettant fin à la pauvreté mondiale, à la faim, aux problèmes des sans-logis et de l’analphabétisme, à la fourniture de soins médicaux appropriés et visant à porter remède aux dommages causés à l’environnement par 150 années d’industrialisation irresponsable des nations tant capitalistes que socialistes. Et ceci bien évidemment sans déverser les crédits dans des dictatures ni faire des cadeaux à bas prix. Un plan visant à construire les capacités de chaque société.

Une stratégie de générosité

Nous voudrions indiquer clairement que la guerre d’Irak a prouvé une fois de plus que la supériorité militaire n’engendrait pas la sécurité. Bien au contraire, elle a fourni un terrain d’entraînement à une nouvelle génération de terroristes. La stratégie de domination (pour atteindre la sécurité) ne marche pas au XXIe siècle ! C’est d’une stratégie de générosité dont nous avons besoin… Lorsque les Etats-Unis (et j’espère les autres pays du G8)
démontreront qu’on peut donner, qu’on peut s’occuper des autres, non seulement parce qu’il y va de notre propre intérêt mais aussi parce que nous sommes vraiment préoccupés du bien-être des autres (de nombreux Américains le sont effectivement), nous assurerons bien mieux la sécurité intérieure qu’en dépensant des milliards de dollars pour notre budget militaire et pour mettre au point des technologies capables de localiser et de tuer de supposés terroristes.

Un plan détaillé

Une bonne manière de démarrer le Plan Marshall mondial serait de choisir, comme premiers bénéficiaires de cette aide, des pays tels que l’Irak, la Palestine, Haïti, la Jamaïque, le Bangladesh, le Mexique et l’Afrique du Sud, ou la Nouvelle Orléans et autres noyaux de pauvreté aux Etats-Unis.

Dans chacun des cas, il faudrait mettre sur pied un plan détaillé pour placer les fonds et les aides entre les mains d’ONG et autres structures qui ne les utiliseraient pas au profit des élites ou de leurs amis.

Par exemple, en Irak, nous prendrions probablement une région à la fois – nous pourrions notamment commencer par reconstruire totalement Fallujah, et nous excuser publiquement des crimes atroces commis en notre nom par les forces d’occupation (villes rasées, viols, torture, etc.). Les seules forces qui pourraient être autorisées à rester seraient celles qui protègeraient la reconstruction de logements et d’infrastructures pour les Irakiens. Ce n’est qu’un exemple. Nous devons préciser que notre but est d’effacer la pauvreté partout sur terre, y compris aux Etats-Unis, dans les vingt prochaines années.

Si le principe du « Ça suffit maintenant » était lié inéluctablement au « Plan Marshall mondial maintenant », l’idéal des élections américaines 2006 pourrait être poursuivi.

Un langage visionnaire

C’est là-dessus qu’il faut se focaliser. Il faut résister à tous les avis « pragmatiques » qui nous conseillent de restreindre notre champ à ce qui est « réaliste ». L’essence même du Plan Marshall mondial c’est qu’il casse le discours du « réalisme » pour adopter un langage visionnaire. C’est la partie centrale de ce que le Réseau des progressifs spirituels appelle une « stratégie de générosité », rejetant une « stratégie de domination ». Et cette générosité doit s’exercer avec élégance. Les dons doivent être significatifs dans le domaine culturel et de l’environnement et ils doivent être sollicités par les pays bénéficiaires. Le but est d’aider les gens à se prendre en charge eux-mêmes, ne pas en faire les dépositaires passifs d’un fonds qui s’épuisera dans vingt ans. Cette prise de conscience doit s’accompagner d’une politique de construction de logements, d’écoles, de centres hospitaliers, fournissant des outils et des formations.

Il faut aussi que cela montre que s’occuper des autres est non seulement bon pour les bénéficiaires, mais aussi pour les donateurs en répondant au besoin que nous ressentons d’un but spirituel à nos vies.

En même temps, nous devons construire le Plan Marshall mondial d’une manière qui nous permette d’apprendre de la sagesse indigène des peuples que nous aidons, en reconnaissant que nous avons souvent autant à apprendre qu’à donner, et que notre projet n’est pas basé sur une arrogance culturelle mais sur un désir sincère de faire partie d’un processus dont nous serions bénéficiaires autant que donateurs. »

Texte intégral et calendrier de la prochaine campagne d’activités : www.tikkun.org/magazine

Auteur : Michael Lerner,
Thématiques : politique
Rubrique : Divers ()