Les « zones shalom » apportent un nouvel esprit à la rénovation urbaine

Partage international no 107juillet 1997

par Marianne Comfort

En avril 1992, Los Angeles explose : émeutes et pillages succèdent à l’acquittement de quatre policiers blancs dans l’affaire du passage à tabac de l’automobiliste noir Rodney King, enregistré sur bande vidéo. A l’autre bout du pays, des chefs religieux se réunissent à l’échelle nationale et courbent la tête.

Les émeutes déclenchent un sondage profond des âmes à l’Assemblée générale de l’Eglise unie méthodiste, tenue à Louisville, dans le Kentucky. Après l’annonce de la nouvelle, les 1 000 délégués prient afin d’obtenir une réponse aux questions posées par la violence et le désespoir existant en milieu urbain. Ils donnent à la solution à laquelle ils parviennent le nom de « communautés shalom », vision biblique d’un bien-être spirituel, physique et émotionnel.

La participation de l’Eglise méthodiste

Les Méthodistes décident de se concentrer sur de petites aires géographiques, souvent de quelques pâtés de maisons seulement, dans le but de conjuguer renouveau spirituel, social et économique. Moins de cinq ans plus tard, les Etats-Unis sont parsemés de 140 « zones shalom », nombre d’entre elles impliquant la présence d’églises depuis longtemps actives dans les services sociaux et le développement économique.

Au dire des participants, la nouveauté réside dans le fait que, dorénavant, ces églises se concentrent consciemment sur l’établissement de relations de confiance parmi des groupes raciaux, ethniques et économiques disparates.

Elles s’attaquent, en outre, à des projets concrets d’amélioration du quartier. « Ce sont des substrats de méfiance qui, par exemple, ont en partie causé les émeutes de Los Angeles », a déclaré John R. Schol, directeur du ministère urbain de cette confession de 8,5 millions de membres. « Les origines en étaient bien plus profondes que les passages à tabac et que le verdict dans l’affaire Rodney King. C’était le résultat de bien des années d’oppression et de racisme. Les suspicions et les craintes raciales, ethniques et culturelles sont difficiles à aborder isolément. Notre stratégie consiste à ne pas les traiter dans le vide, mais autour de maisons disponibles et d’affaires qui se développent. »

D’après le révérend Jim Hamilton, au bout d’un an et demi d’édification sur les bases du « concept shalom », les conflits se sont calmés dans sa communauté de Los Angeles. Ce pasteur méthodiste a son église au cœur d’une « zone shalom » de dix pâtés de maisons, de plus en plus peuplés d’immigrés latino-américains. Les différends entre locataires et propriétaires, qui auparavant aboutissaient à de la frustration et parfois à de la violence, sont maintenant arbitrés par une personne employée par l’église et familiarisée avec la communauté.

Les enquêtes de police à l’encontre des vendeurs des rues et les descentes du service de santé dans des commerces d’alimentation installés dans des habitations (ce qui renforçait la méfiance des résidents envers les autorités) se règlent actuellement grâce à un dialogue qui cherche délibérément à combler le fossé entre les différences culturelles.

Jim Hamilton attribue ce changement à la « stratégie shalom » qui opère maintenant dans 50 cités. La formation à cette « approche shalom » commence en entretenant des relations. « Des équipes de huit à 25 personnes de races, classes et expériences diverses se rencontrent pour évaluer les forces et les besoins de la communauté », nous déclare John Schol. « Souvent ces personnes se rencontrent pour la première fois. Elles découvrent qu’elles ont les mêmes aspirations à propos de leur quartier, et ensuite elles discutent sur la façon dont elles peuvent travailler ensemble. »

Une percée majeure face aux dealers de crack

Un moment crucial s’est produit dans le quartier d’Hamilton, à Los Angeles, lorsque lui-même et son « directeur shalom », Evilio Franco, ont fait baisser les yeux à des dealers qui passaient du crack à des élèves d’une école primaire. « Pour nous, ce fut une percée majeure afin d’obtenir le respect des mères du quartier, dans notre tentative d’y créer une communauté shalom », nous affirme J. Hamilton.

En même temps, il lui fallait éduquer les membres de son église (des fidèles composés essentiellement de blancs âgés dans une communauté où s’installaient de plus en plus de nouveaux immigrants). « A mesure que la constitution du quartier changeait, ajoute-t-il, ils creusaient un fossé et entouraient l’église de palissades. En les aidant à devenir plus actifs dans la communauté, on a mis un visage sur ce qui apparaissait comme un étranger, à savoir l’immigrant. »

Ces derniers mois, l’église a ouvert son gymnase à des membres de gangs qui s’intéressent au basket-ball, et elle a recruté des jeunes du quartier pour constituer deux équipes de football. Cela les tient éloignés de la rue et du trafic de drogue. « Pendant ce temps, nous dit J. Hamilton, Evilio Franco a commencé d’arbitrer des différends entre propriétaires et locataires, et des conflits entre des résidents latino-américains et les autorités municipales non hispanophones. »

Servir d’intermédiaires entre les résidents et les autorités

Au cours d’une récente percée, les deux hommes ont contribué à calmer une foule de 50 personnes rendues furieuses par une descente de police et l’opposition du service de santé aux femmes qui vendaient du maïs rôti dans leur appartement. Ils ont également convaincu la police d’arrêter de distribuer des amendes aux résidents pauvres, qui essayaient de gagner un peu d’argent en vendant des casse-croûte dans les rues. Ces derniers ont une peur mortelle de tous les gens en uniforme « car dans leur pays, ils ont été confrontés à des menaces d’arrestation, de torture et même de mort par des fonctionnaires en uniformes », ajoute J. Hamilton. E. Franco et lui-même tentent de servir d’intermédiaires, en expliquant les règlements aux résidents et en expliquant la peur des résidents à la police. Maintenant, dans son quartier, « il règne un sentiment de calme comme jamais auparavant ».

Lieu : Los Angeles, Etats-Unis Auteur : Marianne Comfort, journaliste indépendante de Schenectady, New York.
Thématiques : Société, religions
Rubrique : Divers ()