Les victimes de la faim sont six fois plus nombreuses depuis le début de la pandémie

Partage international no 397septembre 2021

Dans sa dernière étude sur la malnutrition, l’ONG Oxfam tire la sonnette d’alarme. En effet, cette dernière est désormais plus meurtrière que la pandémie : chaque minute, près de 11 personnes meurent de faim. Le nombre de personnes confrontées à des conditions proche de la famine a été multiplié par six – touchant plus d’un demi-million de personnes en 2020.

Parmi les 155 millions de personnes souffrant d’insécurité alimentaire critique, deux personnes sur trois sont affectées à cause d’une guerre ou d’un conflit. De plus, des dizaines de millions de personnes ont basculé dans la famine en raison de l’instabilité économique aggravée par la pandémie de coronavirus, associée à l’aggravation de la crise climatique. Dans le même temps, les prix alimentaires mondiaux ont augmenté de 40 %, la plus forte hausse en une décennie.

La présidente et directrice générale d’Oxfam America, Abby Maxman, a déclaré : « La pandémie a également exposé et exacerbé les profondes inégalités de notre monde. La fortune des dix personnes les plus riches a augmenté de 413 milliards de dollars l’année dernière. C’est 11 fois plus que ce que l’Onu estime nécessaire pour l’ensemble de son aide humanitaire mondiale. C’est le symptôme d’un système défectueux. »

Photo : TetraktysCC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Des millions de Brésiliens ont sombré dans l’extrême pauvreté.

 

Abby Maxman a appelé les gouvernements à arrêter les conflits, à sanctionner ceux qui utilisent la famine comme arme de guerre, ainsi qu’à permettre que les agences d’aide puissent atteindre ceux qui en ont besoin. « Les Etats-Unis doivent mener la charge contre la crise de la faim. Ils doivent appeler à mettre fin aux conflits à l’origine de cette catastrophe de la faim, fournir le financement vital pour aider à sauver des vies maintenant et aider les communautés à construire un avenir sûr. Nous devons soutenir des solutions à long terme telles que les programmes de vaccination et de protection sociale dans le cadre d’une reprise équitable et prendre des mesures énergiques pour lutter contre la crise climatique qui nous met tous en danger. »

Malgré la pandémie, les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 51 milliards de dollars – de quoi couvrir six fois et demi ce dont l’Onu a besoin pour que les gens n’aient plus faim. Pendant ce temps, les conflits et la violence ont entraîné le plus grand nombre de déplacements internes jamais enregistrés, forçant 48 millions de personnes à fuir leur foyer à la fin de 2020.

Voici quelques exemples de points chauds de la faim détaillés dans le rapport :

Yémen : les blocus, les conflits et la crise du carburant ont fait plus que doubler les prix des aliments de base depuis 2016. L’aide humanitaire a été réduite de moitié, ce qui a réduit l’action des agences humanitaires et l’aide alimentaire reçue par cinq millions de personnes. Le nombre de personnes confrontées à des conditions de famine devait presque tripler pour atteindre 47 000 en juillet 2021.

Soudan du Sud : Dix ans après son indépendance, plus de 100 000 personnes sont désormais confrontées à des conditions proches de la famine. La violence continuelle et les inondations ont perturbé l’agriculture au cours de l’année écoulée et forcé 4,2 millions de personnes à fuir leur foyer. L’appel humanitaire de l’Onu pour le Soudan du Sud n’a jusqu’à présent même pas récolté 20 % des fonds nécessaires.

Brésil : les mesures visant à freiner la propagation du virus ont contraint les petites entreprises à fermer et plus de la moitié des Brésiliens actifs supplémentaires ont perdu leur emploi. L’extrême pauvreté a presque triplé, passant de 4,5 % à 12,8 % de la population. En outre, près de 20 millions de personnes ont basculé dans la faim. Le gouvernement fédéral a apporté un soutien à seulement 38 millions de familles vulnérables, laissant des millions de personnes sans revenu minimum.

– Inde : la flambée épidémique de Covid a mis à terre le système de santé publique, et anéanti les revenus, en particulier pour les travailleurs migrants et les agriculteurs, qui ont été contraints de laisser pourrir leurs récoltes dans les champs. Plus de 70 % des personnes interrogées dans 12 Etats ont dégradé leur régime alimentaire par manque de moyens. Les fermetures d’écoles ont également privé 120 millions d’enfants de leur repas principal.

Sahel : les pays les plus déchirés par les conflits, comme le Burkina Faso, ont connu une augmentation de plus de 300 % de la faim entre 2019 et 2020 – de 687 000 à 2,1 millions de personnes. L’aggravation de la violence dans le centre du Sahel et dans le bassin du lac Tchad a forcé 5,3 millions de personnes à fuir et a alimenté l’inflation alimentaire, à son plus haut niveau en cinq ans. La crise climatique a aggravé la situation : les inondations ont augmenté de 180 % depuis 2015, dévastant les récoltes et frappant les revenus de 1,7 million de personnes.

Depuis le début de la pandémie, en collaboration avec plus de 694 partenaires dans 68 pays, Oxfam a aidé près de 15 millions de personnes parmi les plus vulnérables au monde avec de la nourriture, une aide en espèces et de l’eau potable, et a participé à des projets de soutien aux agriculteurs.

[Pour lire l’intégralité du rapport : https:/www.oxfamamerica.org/explore/research-publications/the-hunger-virus-multiplies/]


Sources : oxfam.org.
Thématiques : Société
Rubrique : Divers ()