Partage international no 379 – mars 2020
L’océan est le plus vaste écosystème de la Terre et la survie de la planète en dépend. Couvrant 70 % de la surface du globe, les océans génèrent la moitié de l’oxygène que nous respirons. Les océans transportent la chaleur de l’équateur aux pôles, régulant ainsi nos conditions climatiques et météorologiques, et ils absorbent l’excès de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. En ce sens, les océans du monde sont la mesure la plus claire de l’urgence climatique. Aujourd’hui, des preuves de plus en plus nombreuses montrent que les océans atteignent les limites de leurs capacités à maintenir leurs fonctions vitales, mettant en danger notre sécurité, notre économie et notre survie-même.
La surpêche, la pollution côtière, la destruction de l’habitat, l’acidification et le réchauffement figurent parmi la multitude de menaces qui pèsent sur les océans du monde. Une nouvelle étude, publiée dans la revue Advances in Atmospheric Sciences, prévient que le réchauffement des océans s’accélère à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine. Les dix dernières années étant les années les plus chaudes jamais enregistrées, avec un nouveau pic en 2019, la tendance inexorable au réchauffement planétaire des océans constitue un problème aux proportions consternantes. C’est la démonstration la plus frappante que le réchauffement mondial est sans équivoque réel et à l’origine de la crise climatique.
Le réchauffement climatique se mesure le mieux dans les océans. Bien que la température moyenne de l’air de surface soit couramment utilisée pour mesurer le réchauffement climatique, les océans nous indiquent en fait à quelle vitesse la Terre se réchauffe, car ils sont le principal réceptacle du déséquilibre énergétique de la Terre.
La vie marine en déroute
Les émissions augmentant chaque année en raison de la combustion de combustibles fossiles, de la destruction des forêts et d’autres activités humaines, davantage de chaleur est piégée par les gaz à effet de serre. Plus de 90 % de cette chaleur est absorbée par les océans, ce qui entraîne une accélération de l’élévation de leur température. La chaleur croissante génère davantage d’évaporation, et l’humidité supplémentaire dans une atmosphère plus chaude nourrit de fortes pluies et favorise les inondations, conduisant à un cycle hydrologique et à des conditions météorologiques plus extrêmes (en particulier les ouragans et les typhons). C’est également l’une des principales raisons pour lesquelles la Terre a connu une augmentation des incendies catastrophiques dans divers pays, comme le Portugal, les Etats-Unis et l’Australie.
Des températures anormalement chaudes exacerbent la formation d’acide carbonique. Cela contribue à l’effondrement de chaînes alimentaires et d’écosystèmes entiers, tels que les récifs coralliens, qui abritent des milliers d’espèces. Les résultats scientifiques indiquent que les mers sont environ 26 % plus acides que dans les temps préindustriels, avec des niveaux d’oxygène inférieurs. Le déséquilibre de la chimie et de la température affecte considérablement la vie marine. Parmi les innombrables conséquences, de nombreuses espèces de poissons se sont déplacées vers les pôles, perturbant les pêcheries du monde entier.
Au fur et à mesure que les océans absorbent plus de chaleur atmosphérique, ils se dilatent et font fondre les calottes glaciaires et les glaciers, provoquant une élévation du niveau de la mer. Alors que ces dix dernières années, le niveau de la mer est le plus élevé depuis les premières mesures remontant à 1900, les scientifiques s’attendent à ce que le niveau de la mer monte d’encore un mètre d’ici la fin du siècle – c’est-à-dire au cours des 80 prochaines années. Cela entraînera inévitablement un déplacement généralisé des communautés côtières vulnérables et aggravera l’érosion des écosystèmes marins, les inondations des zones humides et la perte d’habitat.
Les meilleures données scientifiques disponibles apportent des preuves claires que le niveau thermique des couches supérieures de l’océan mondial, en particulier jusqu’à 300 mètres de profondeur, continuera d’augmenter à mesure que les océans absorberont plus de chaleur. Cela rend indispensable une action immédiate afin de prévenir les impacts massifs et irréversibles du réchauffement des océans. Il est donc crucial d’atteindre les objectifs d’atténuation fixés par l’accord de Paris de 2016 sur le changement climatique et de limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2°C au-dessus des niveaux préindustriels. Mais les mesures d’adaptation sont également indispensables, car les impacts se font déjà sentir. La restauration des écosystèmes marins et côtiers par la création d’aires marines protégées est un exemple de la façon dont il est possible de renforcer la résilience de toutes sortes d’espèces – y compris l’espèce humaine. Un océan sain avec une faune abondante est capable de ralentir considérablement le taux de dégradation du climat.
Sources : guardian.com ; iucn.com ; livescience.com
Thématiques : environnement
Rubrique : S.O.P. — Sauvons notre planète (« Les changements climatiques montrent sans l’ombre d’un doute que la planète est malade... Le temps nous est compté pour mettre fin aux ravages que subit quotidiennement la planète Terre. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant a son rôle à jouer dans sa restauration. Oui, le temps presse. Save Our Planet (S.O.P.), sauvons notre planète ! » Le Maître de B. Creme, S.O.P. Sauvons notre planète, 8 septembre 2012.)
