Partage international no 397 – septembre 2021
par Julia Conley
Plus d’un an après que la pandémie de Covid-19 a mis l’économie à l’arrêt et a drastiquement réduit les voyages dans le monde entier – ce qui avait conduit certains à conjecturer un effondrement des émissions de gaz à effet de serre – une coalition de scientifiques avertit dans un article publié le 28 juillet que la planète a malgré tout atteint de multiples « points de bascule ». Les niveaux de fonte de la banquise, de déforestation, ainsi que d’autres indicateurs montrent qu’il est urgent d’agir pour répondre à l’urgence climatique.
« Les évènements et processus climatiques extrêmes que nous avons observés au cours des dernières années, sans même parler des dernières semaines, mettent en évidence l’urgence accrue avec laquelle nous devons faire face à la crise climatique », a déclaré Philip Duffy, co-auteur de l’étude et directeur exécutif du Centre Woodwell de recherche sur le climat, dans le Massachusetts.

Le temps est compté. Il est temps d’agir.
L’article intitulé Des scientifiques du monde entier lancent l’alerte pour le climat en 2021 a été publié dans BioScience, et affirme que parmi 31 signes vitaux planétaires, 18 ont franchi des niveaux jamais atteints auparavant au cours des dernières années.
Le texte explique comment, en dépit d’une consommation de carburants fossiles légèrement en baisse en 2020, les niveaux de dioxyde de carbone, de méthane et de protoxyde d’azote « ont tous établi de nouveaux records en termes de concentration atmosphérique en 2020, puis en 2021 ».
Cependant, les auteurs insistent également sur le fait que les émissions liées aux carburants fossiles, ainsi que le réchauffement mondial auquel elles sont associées, sont loin d’être les seuls indicateurs montrant que la planète est en danger. Les chercheurs ont enregistré d’autres points de bascule, ou de quasi-bascule, en ce qui concerne la température océanique, la masse de glace, la déforestation de l’Amazonie – laquelle sert de puits de carbone vital –, l’acidification des océans, et le nombre des ruminants qui dépasse maintenant les quatre milliards et qui constitue une source importante de gaz à effet de serre.
William Ripple, professeur d’écologie à la faculté de gestion forestière de l’université d’Etat de l’Oregon, et coauteur du rapport, explique que « nous devons cesser de traiter l’urgence climatique comme un problème isolé ; le réchauffement mondial n’est pas le seul symptôme du stress subi par notre système terrestre ».
Ces recherches ont été publiées deux mois après que des chercheurs en Allemagne et en Norvège ont dévoilé une étude montrant que la couche de glace du Groenland était « à deux doigts » d’atteindre un « point de bascule », des milliers de milliards de tonnes de glace s’étant jetées dans la mer.
L’article publié le 28 juillet montre que le taux de déforestation en Amazonie brésilienne a atteint son maximum sur les douze dernières années avec 1,11 million d’hectares de forêt détruits l’année dernière, et que la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère a atteint 416 parties par million en avril 2021, soit « la concentration moyenne mensuelle mondiale la plus élevée jamais enregistrée » selon The Guardian.
Les points de bascule évoqués dans l’analyse sont tous le résultat de « la surexploitation de la planète par l’humanité », a déclaré W. Ripple. Tandis que les émissions dues aux trajets domicile-travail et au transport aérien ont diminué en 2020 en raison des confinements subis par certains, le rapport montre une nouvelle fois les « conséquences du statu quo. Une des leçons majeures de la pandémie est qu’une décroissance des transports et de la consommation, même colossale, est loin d’être suffisante, et que des transformations systémiques sont indispensables. »
Selon les auteurs, afin de lutter contre cette crise qui s’aggrave rapidement, les dirigeants mondiaux doivent enclencher la sortie des carburants fossiles, en vue de leur interdiction à terme, et appliquer des politiques visant à restaurer et à entretenir les puits de carbone et les habitats naturels qui favorisent la biodiversité, à l’image de la décision récente de l’administration Biden de rétablir des protections comme celle de la forêt nationale de Tongass en Alaska.
L’article mentionne certains développements positifs, notamment un niveau historiquement élevé de désinvestissement dans les énergies fossiles de la part des municipalités, des institutions financières, des universités et d’autres entités, ainsi qu’un niveau historiquement bas de subvention aux carburants fossiles.
Cette recherche fait suite à un autre article de 2019 dans lequel des milliers d’experts avaient déclaré l’état d’urgence climatique, fait le point sur les signes vitaux de la planète, et appelé à six mesures pour contrer la crise climatique : éliminer les énergies fossiles, réduire considérablement la pollution, restaurer les écosystèmes, passer à une alimentation d’origine végétale, abandonner les modèles économiques donnant la priorité à la croissance infinie, et stabiliser la population humaine. « Il va y avoir une importante souffrance humaine, et nous commençons déjà à l’observer. Mais si nous procédons rapidement à un changement d’ampleur, nous pouvons limiter cette souffrance, a déclaré W. Ripple à Fast Company. Nous voulons informer sur l’état de ces signes vitaux, mais à ce stade nous insistons aussi sur l’importance d’une action rapide et ambitieuse. »
Auteur : Julia Conley, journaliste à Common Dreams (commondreams.org)
Sources : Commondreams.org
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()
