Les relations non sentimentales au sein des groupes ésotériques

L’évolution des groupes dans l’ère du Verseau

Partage international no 356avril 2018

par Phyllis Creme

Au cours des prochains mois, Partage international prévoit d’exposer dans une série d’articles les conditions requises pour être et travailler dans un groupe ésotérique. En effet, nous sommes en train de sortir de la première phase de l’Emergence de la Hiérarchie spirituelle, et Benjamin Creme et son Maître ont consacré plus de quarante ans à expliquer comment les Maîtres prennent progressivement place dans le monde de tous les jours. Maintenant que ce processus est bien avancé, il peut s’avérer utile de réexaminer les conditions nécessaires au fonctionnement correct des groupes de disciples dont la fonction est de refléter dans le monde extérieur les ashrams des Maîtres, situés sur les plans intérieurs.

Avant d’aborder la « Règle Onze » dans Les Rayons et les Initiations, le Maître Djwhal Khul (DK) expose, par l’intermédiaire d’Alice Bailey, quatre conditions préalables que les disciples d’un Maître doivent respecter afin de réaliser la fusion et l’unité de leur groupe en vue de l’initiation de groupe. Ces conditions, également exposées par Benjamin Creme (dans la Mission de Maitreya, tome II), sont régulièrement étudiées depuis les années 1980 par des groupes travaillant pour l’Emergence au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et aux Pays-Bas. Ces quatre conditions sont les suivantes : « a) Parvenir à une relation de groupe non sentimentale. b) Apprendre comment utiliser constructivement les forces de destruction de façon constructive. c) Parvenir à travailler en tant que Hiérarchie miniature, et en tant que groupe manifestant l’unité dans la diversité. d) Cultiver la puissance du silence occulte. » [Alice Bailey, les Rayons et les Initiations]. L’article qui suit traite de la première de ces quatre conditions.

Depuis une soixantaine d’années, de nombreux secteurs d’activité favorisent la formation de « groupes ». Par exemple, j’ai travaillé dans le secteur de l’éducation pendant de nombreuses années, et une part importante de notre formation et de notre pratique concernait le travail et l’apprentissage en groupes. Le principe fondamental est que le travail en groupes favorise l’apprentissage chez les enfants, à la fois intellectuellement, socialement et émotionnellement. La même orientation prévaut dans les secteurs des thérapies et du développement personnel, et dans diverses organisations. On constate en effet que les idées et les concepts qui naissent des réflexions d’un groupe et de la coopération sont souvent meilleurs et plus aboutis que ceux qui émanent de chaque membre du même groupe pris individuellement : le tout s’avère plus grand que la somme de ses parties. De plus, ces idées et concepts ont également l’avantage « d’appartenir » au groupe tout entier plutôt qu’à un seul individu, ce qui tisse un lien entre ses membres et renforce leur impression de démocratie et de bien-être.

Du point de vue ésotérique, cette importance accordée aux groupes résulte de l’influence du 7e Rayon, dont la qualité dominante est la synthèse. C’est le Rayon qui gouvernera le nouvel âge du Verseau après avoir progressivement remplacé le 6e Rayon qui dominait l’ère précédente des Poissons. Son influence a commencé à se faire sentir au XVIIe siècle, et son énergie n’a cessé ensuite de gagner en puissance (l’impact du 6e Rayon étant en déclin), pour atteindre son niveau de croisière en 2009.

Le cas du groupe mondial dont le travail consiste à annoncer l’Emergence de Maitreya

De nombreux membres de ce groupe ont donc déjà fait l’expérience d’un travail de groupe – en tant que dirigeants, membres d’organisations, ou au cours de leur vie professionnelle. Mais ces expériences antérieures ne préparent pas forcément au travail au sein d’un nouveau groupe ésotérique. En effet, il est primordial de comprendre que la tâche de ce groupe et son fonctionnement en tant qu’unité sont plus importants que les relations interpersonnelles en son sein.

Certes, les groupes ésotériques doivent également faire face aux difficultés inhérentes à tous les autres groupes – difficultés issues des différences entre les personnalités et les sensibilités émotionnelles. Mais le groupe créé par Benjamin Creme en 1974 possède une caractéristique très particulière : il rassemble des disciples ou des aspirants disséminés dans le monde entier qui œuvrent sous la direction d’un Maître de Sagesse par l’intermédiaire d’un disciple avancé, Benjamin Creme. Ce groupe mondial existe aujourd’hui dans de nombreux pays sous la forme de groupes travaillant sur le plan physique, de différentes manières mais dans le même but. Un groupe avait été formé de manière semblable au début du XXe siècle, sous la direction de Maître DK et par l’intermédiaire d’Alice Bailey. De tels groupes se préparent à refléter un jour sur le plan physique l’ashram du Maître auquel ils appartiennent.

« Trois facteurs président à la formation d’un groupe occulte : la loi karmique, la nécessité ashramique, et la direction de l’âme. La loi karmique réunit en incarnation des individus se situant plus ou moins au même niveau d’évolution et capables de s’adapter aux exigences particulières de l’époque. L’âme dirige son reflet, la personnalité, vers un groupe, afin de satisfaire à la nécessité ashramique, conformément à la loi karmique. » [La Mission de Maitreya, tome II]

Ces deux groupes ésotériques comptaient sur un disciple plus avancé en contact avec un Maître pour les conseiller dans leur progression. Dans le groupe d’Alice Bailey, l’enseignement du Maître était dispensé par correspondance, soit à l’ensemble du groupe, soit à titre individuel aux membres qui ne se rencontraient jamais (cf l’Etat de Disciple dans le Nouvel Age, tome I). D’une manière générale, par contre, les membres du groupe de Benjamin Creme n’ont pas reçu d’enseignement individuel, si ce n’est occasionnellement lorsque ce dernier leur parlait en privé. Ils s’appuient sur les indications qu’il a généreusement dispensées au cours de ses conférences à travers le monde, dans ses livres et dans la revue Partage international.

Ce qui soutient ce groupe et l’encourage à persévérer dans son travail depuis plus de quarante ans, c’est le fait que sa tâche comporte à la fois un travail intérieur – ésotérique – et extérieur, exotérique. La pratique de la méditation de transmission, introduite par B. Creme en 1974, est à la fois un service et un outil de développement individuel. Le travail extérieur, exotérique, inclut la préparation du public à l’Emergence de Maitreya et des Maîtres de Sagesse, ce qui constitue, comme l’assure BC, « un thème puissant et magnétique » capable de « souder un groupe d’individus différents éparpillés à travers le monde ». Le travail éducatif mené par les groupes de l’Emergence est, bien sûr, énorme. Informer de la présence de Maitreya et des Maîtres de Sagesse implique une manière entièrement nouvelle de voir et de comprendre notre monde, un nouveau paradigme. C’est une tâche capitale, et on peut espérer que le fait de s’y consacrer aidera les membres du groupes à surmonter les désaccords personnels qui ont si souvent conduit des groupes à leur perte : les sympathies et antipathies, jalousies et envies, ainsi que les désaccords sur la manière dont le travail devrait être exécuté.

La fusion de groupe

Dans le passage suivant, BC examine certains aspects concernant la fusion de groupe. Il démontre que l’extériorisation de la Hiérarchie spirituelle, la fusion de groupe et l’initiation de groupe sont intimement liées : « Beaucoup de gens n’ont qu’une idée plutôt vague de l’extériorisation de la Hiérarchie. La plupart, à mon avis, pensent qu’il s’agit du moment où les Maîtres reprennent leur place dans le monde – ce qui est en effet exact, c’est bien ce qui se produit en ce moment.

Mais l’extériorisation de la Hiérarchie est infiniment plus complexe que cela. Ce qu’elle implique, en fait, c’est l’extériorisation sur le plan extérieur des ashrams des Maîtres dans une relation de travail. Les groupes de disciples travailleront de manière unifiée sur le plan extérieur, tout en restant simultanément en fusion, unis, avec l’ashram intérieur dont ils font partie, et au centre duquel se trouve un Maître. […] Ces ashrams, comme vous le savez, existent sur les plans intérieurs, sur le plan de l’âme, mais le but ultime est de les reproduire sur le plan physique extérieur. » [La Mission de Maitreya, tome II]

Des relations de groupe non sentimentales

Concernant les relations entre les membres de tout groupe susceptible d’appartenir à l’ashram d’un Maître, voici ce que dit DK : « L’un des problèmes de la Hiérarchie, sous ce rapport, est l’élimination du sentiment, cette relation et réaction émotionnelle curieuse, qui lie tous les membres d’un groupe et fait qu’ils se plaisent ou se déplaisent. S’ils se plaisent, la relation qui s’instaure entre les personnalités est trop forte en ce qui concerne le bien du groupe. L’équilibre du groupe est perturbé. S’ils se déplaisent, une attitude intérieure de rejet opère constamment, et des clivages se produisent. N’est-il pas vrai, mes frères, que vos relations réciproques sont fréquemment soumises à l’impact de l’approbation ou de la désapprobation ? Lorsque cette attitude existe, les premiers pas vers la fusion de groupe ne se font pas. C’est ce que nous entendons par sentiment et cette réaction émotionnelle doit disparaître en tant que stade préliminaire. » [Les Rayons et les Initiations]

Il est donc souligné que « plaire » – tout autant que « déplaire » – est présenté comme un sentiment indésirable dans le fonctionnement d’un groupe, car il crée des liens personnels trop forts qui nuisent à la cohésion de ce dernier. Si certains « se plaisent », les autres sont exclus. Ces émotions ont trop d’impact et peuvent en engendrer d’autres, telle que l’envie. Les préférences personnelles ne devraient pas interférer dans le fonctionnement d’un groupe qui s’efforce de travailler sur le plan de l’âme, et l’amour sans attachement, en tant qu’attribut de l’âme, doit tout naturellement sous-tendre le travail de tout groupe ésotérique. Mais tant que le contact avec leur âme n’est pas suffisamment affermi, les membres des groupes sont susceptibles de se livrer à ces préférences discriminatoires dont parle DK.

Le mot rejet a une grande importance dans ce passage. Il est intéressant de noter que DK utilise également ce terme dans le Retour du Christ en parlant de la peur qu’ont les gens de parler de ce retour : « Ils ont peur d’être rejetés, ou de passer pour bizarres, ou encore de déranger» Dans le passage antérieurement cité, DK fait référence aux conséquences de la « désapprobation  que sous-tend un « rejet », dans le travail de groupe.

Dans le dictionnaire, certaines définitions du mot « rejet » donnent une idée de son impact : « Refuser d’accepter une suggestion ou une proposition utile, l’ignorer, la dédaigner, la mépriser. »

Afin d’éviter les émotions inutiles, chaque membre d’un groupe doit s’efforcer d’être à chaque instant conscient de son comportement et de l’impact qu’il produit chez les autres ; dans le cas d’un « rejet », il doit prendre conscience du fait que sa désapprobation est mêlée d’un sentiment de supériorité et de séparatisme. Inversement, se sentir « rejeté » peut faire naître un sentiment d’infériorité et d’exclusion conduisant au dépit ou à la colère. Le contraire du « rejet » est, bien sûr, l’acceptation et le respect. Une question s’impose alors : est-il possible d’exprimer son désaccord avec une idée tout en acceptant sa valeur et celle de celui qui la propose ? Autrement dit, peut-on considérer chaque idée d’une manière dépassionnée et sans jugement ?

DK conclut son exposé sur les relations de groupe non sentimentales par un appel à la « clarté » et par l’évocation d’un idéal exaltant : celui d’un travail de groupe fondé sur un amour « immuable, permanent, profond », issu de l’âme et imprégné de son corollaire : la « divine indifférence » c’est-à-dire un amour détaché du brouillard des réactions de la personnalité.

« Il ne vous sera pas possible de comprendre la signification de cette règle si votre mental ne comporte pas une certaine mesure de clarté concernant les vraies relations de groupe. De telles relations ne reposent pas sur la personnalité ou l’impersonnalité, sur la sympathie ou l’antipathie, ni sur la critique ou l’absence de critique, mais sur une vraie compréhension de la « divine indifférence », du détachement spirituel, et d’un amour immuable, permanent, profond. Pour beaucoup d’aspirants, la juxtaposition de ces expressions semblera paradoxale ; mais la compréhension des paradoxes occultes tend à libérer. C’est dans la compréhension de ces attitudes de base que se trouve la première leçon de celui qui aspire à participer à l’initiation de groupe. » [Les Rayons et les Initiations]

Nous pouvons tous aspirer à un tel idéal et tenter de l’atteindre tandis que nous nous efforçons d’instaurer de justes relations de groupe. Sur le plan de l’âme nous sommes à la fois détachés et aimants : le but est d’incarner de plus en plus ces qualités dans la vie quotidienne et dans les interactions de groupe.

Références :
Alice Bailey, l’Etat de Disciple dans le Nouvel Age, tome I ; les Rayons et les Initiations ; le Retour du Christ ; Benjamin Creme, la Mission de Maitreya, tome II, Partage Publication.

Le prochain article de cette série traitera du développement de l’impersonnalité dans les relations de groupes.

Auteur : Phyllis Creme, collaboratrice de Share International qui vit à Londres (Royaume-Uni). Elle était l’épouse de Benjamin Creme.
Thématiques : émergence
Rubrique : Divers ()