Les problèmes de l’humanité : le capital et le travail

Partage international no 405mai 2022

Paru en 1947, peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce livre d’Alice Bailey a été révisé en 1964, par son éditeur, Lucis Trust. Dans la réimpression de 1967, les éditeurs ont indiqué que, bien que certains facteurs mondiaux aient changé depuis l’écriture de ce volume, ses « enseignements basiques concernant les sept problèmes de l’humanité sont toujours valables, toujours aussi dynamiques et aussi nécessaires que lorsqu’il a été écrit. […] Les principes spirituels qu’il faudrait appliquer pour résoudre les problèmes de l’humanité valent pour notre époque et sont restés largement ignorés par la majorité de l’humanité. »

Aujourd’hui encore, plusieurs décennies après, nous pouvons regretter que malgré les avancés accomplies, l’immense inégalité matérielle et « l’esprit d’égoïsme universel » persistent. Nous publions ci-dessous quelques extraits de cet ouvrage.

« Pour créer ces conditions meilleures, il faut réaliser un ajustement important et un changement fondamental, sinon, il n’existe aucun espoir de parvenir à la paix sur Terre. Le rapport entre le capital et le travail, et celui entre ces deux groupes et l’humanité entière, doivent être réglés. C’est de ce problème que le présent chapitre va traiter. Je ne présente aucune solution, mais propose simplement d’examiner la question en suivant des idées larges et générales. Nous sommes tous familiers avec ce problème, car il fait l’objet de forts préjugés et suscite des opinions partisanes. Vu la violence des propos et la violence des luttes, il pourrait être utile d’aborder le sujet d’un point de vue plus universel, compte tenu des valeurs spirituelles qui émergent. […]

D’abord, il faut reconnaître que la cause des troubles mondiaux et des guerres mondiales qui ruinent l’humanité et répandent la misère sur toute la planète sont attribuables en grande partie à un groupe égoïste, qui, dans des buts matérialistes, exploite les masses depuis des siècles et utilise le travail de l’humanité à ses propres fins égoïstes. Des barons féodaux du Moyen-Age en Europe et en Grande-Bretagne, jusqu’aux puissants groupes d’affaires de l’ère victorienne et à la poignée de capitalistes, nationaux et internationaux, qui contrôlent aujourd’hui les ressources du globe, le système capitaliste s’est développé et a ruiné le monde. Ce groupe de capitalistes s’est acquis l’exclusivité des ressources du monde et des matières premières nécessaires à une existence civilisée et les a exploitées. Il a pu le faire parce que les richesses du monde lui appartenaient et qu’il les contrôlait en les administrant de manière concertée : il tenait tout en main. Il a rendu possible les vastes différences existant entre les très riches et les très pauvres. Il aime l’argent et le pouvoir qu’il confère. Les gouvernements et les politiciens sont ses jouets. Il contrôle les élections. Il est responsable des visées étroitement nationalistes des politiques égoïstes. Il a financé le commerce du monde et contrôlé le pétrole, le charbon, l’énergie, la lumière et les transports. Il est maître, publiquement ou en secret, des comptes en banque du monde entier.

La responsabilité de la misère, largement répandue aujourd’hui dans tous les pays, incombe principalement à certains groupements importants d’hommes d’affaires, de banquiers, de chefs de cartels, monopoles, trusts et organisations internationaux, et aux directeurs d’immenses corporations, agissant par lucre, pour un gain commun ou personnel. Ils ne se soucient nullement du bien public, sauf dans la mesure où celui-ci demande plus de bien-être : car cela leur permet, grâce à la loi de l’offre et de la demande, de leur fournir les biens, les transports, la lumière ou l’énergie, dont ils tireront en fin de compte les plus gros bénéfices financiers. L’exploitation de la main-d’œuvre, la manipulation des vastes ressources planétaires et l’encouragement à la guerre, pour leur profit personnel ou celui de leurs affaires, caractérisent leurs méthodes. […]

Photo : fantareis, CC0 1.0, via pixabay
Le système capitaliste ne peut continuer indéfiniment, face à la colère croissante de l’humanité et au développement régulier des valeurs spirituelles.

Dans chaque nation existent de tels hommes et des organisations pareilles, responsables du système capitaliste. Les ramifications de leurs affaires et leur mainmise financière sur l’humanité s’étaient établies, avant la guerre, dans tous les pays ; elles existent toujours, quoiqu’elles se soient dissimulées pendant la guerre. Formés en un groupe international étroitement lié, ils agissent dans une complète communauté d’idées et d’intentions, se connaissent et se comprennent. Ces hommes se trouvaient parmi les Alliés, comme dans les forces de l’Axe. Ils travaillaient ensemble auparavant et ont continué à le faire pendant la guerre entière, grâce à des systèmes de contacts inter directoriaux, sous de faux noms et par des organisations fictives, aidés [d’agents] neutres partageant leurs idées.

Aujourd’hui, malgré le désastre où ils ont plongé le monde, ils se réorganisent et renouvellent leurs méthodes. Leurs buts demeurent identiques. Leurs relations internationales ne sont pas rompues. Ils constituent la plus grande menace pour l’humanité actuelle. Ils contrôlent la politique ; ils achètent les hommes en vue dans chaque nation ; ils s’assurent de leur silence par des menaces, par de l’argent et par la crainte. Ils amassent les richesses et se procurent une popularité illusoire au moyen d’entreprises philanthropiques. Leurs familles mènent des existences douces et faciles ; elles ignorent le sens du travail tel que Dieu l’ordonne. Ils s’entourent de beauté, de luxe et de trésors, ils ferment les yeux devant la pauvreté, la misère nue, le manque de chaleur et de vêtements décents, la famine et la laideur de l’existence menée par les milliers de gens qui les entourent. Ils donnent aux œuvres charitables et aux Eglises pour tranquilliser leur conscience et pour éviter les impôts sur le revenu. Ils fournissent du travail à d’innombrables milliers, mais veillent à ce que ceux-ci reçoivent un salaire si minime que le vrai confort, les loisirs, la culture et les voyages leur demeurent inaccessibles.

La masse du peuple s’éveille à l’aube qui naît

Ce sont là de terribles accusations. Pourtant, elles peuvent être prouvées par mille exemples. Cela incite à la révolution et à des troubles croissants. Dans tous les pays, la masse du peuple est agitée et s’éveille à l’aube nouvelle qui naît. La guerre est maintenant déclarée entre les intérêts égoïstes des riches et la masse humaine, qui demande la justice et sa part équitable des biens de la terre.

A l’intérieur du système capitaliste, il en est qui se rendent compte du danger menaçant leurs intérêts, et dont la tendance naturelle est de raisonner de façon plus large et plus humaine. Ces hommes se répartissent en deux groupes principaux :

D’abord, ceux qui sont vraiment humanitaires, qui désirent le bien de leurs semblables et qui n’entendent nullement exploiter les masses, ni profiter de la misère d’autrui. Ils sont parvenus à leur position et à leur influence grâce à leurs vrais talents ou par leur situation héréditaire, et ne peuvent éviter la responsabilité de disposer des millions qui leur sont confiés. Souvent, leurs co-administrateurs les paralysent et leurs mains sont liés par les règles du jeu, par le sens de leurs responsabilités à l’égard de leurs actionnaires, et par la certitude que, quoiqu’ils fassent – qu’ils luttent ou qu’ils se démettent – cela ne changera rien à la situation. Elle dépasse les possibilités individuelles. Ils demeurent donc relativement impuissants. Ce sont des gens équitables et justes, corrects et bons, vivant simplement et dotés du sens des valeurs véritables, mais ils ne peuvent guère agir de manière efficace.

En second lieu viennent ceux qui sont assez intelligents pour déchiffrer les signes des temps ; ils comprennent que le système capitaliste ne peut continuer indéfiniment, face à la colère croissante de l’humanité et au développement régulier des valeurs spirituelles. Ils commencent donc à transformer leurs méthodes, à universaliser leurs affaires, en instituant des accords coopératifs avec leurs employés. Leur égoïsme inhérent leur dicte ces changements et l’instinct de préservation détermine leurs attitudes.

Entre ces groupes se situent ceux qui n’appartiennent ni à l’un ni à l’autre et qui offrent un terrain propice à la propagande du capitaliste égoïste ou de l’humanitaire généreux.

Il serait bon d’ajouter que le raisonnement égoïste et les motifs de séparativité qui distinguent le système capitaliste se retrouvent chez le petit homme d’affaires sans importance – l’épicier du coin, le plombier et le mercier –, qui exploitent leurs employés et trompent la clientèle. C’est l’esprit universel d’égoïsme et d’amour du pouvoir, contre lequel nous devons lutter. La guerre a agi comme une purge. Elle a partout ouvert les yeux des gens aux causes fondamentales de la guerre : la misère économique, basée sur l’exploitation des ressources de la planète par un groupe international d’hommes ambitieux et égoïstes. L’occasion de changer cet état de choses se présente. »

(Alice Bailey, Les problèmes de l’humanité)


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