Les peuples autochtones, un antidote à un monde en crise

Partage international no 435novembre 2024

par Anna Giulia Medri et Jamison Ervin 

Nations unies – Les lauréats du Prix Equateur¹ 2024 sont l’antidote dont le monde a besoin face à la crise. Le Forum économique mondial a publié plus tôt cette année son rapport annuel sur les risques globaux.

Les conclusions de ce rapport indiquent que l’humanité affronte une crise multiple ou « polycrise » dans laquelle les problèmes de perte de biodiversité, de changement climatique, d’inégalité, de pénurie d’eau et les conflits sont indivisibles, simultanés et systémiques – une tendance inéluctable qui s’est confirmée au cours de la dernière décennie.

Le terme « polycrise » s’installe dans les discours au point que le Financial Times l’a désigné comme « le mot de l’année 2023 ».

Les liens entre nature et climat sont particulièrement intriqués. La nature, protégée, restaurée et bien gérée peut pourvoir à plus d’un tiers de la capacité d’atténuation qu’il faut mettre en œuvre face au changement climatique. La nature est essentielle pour nous permettre de nous adapter aux impacts du climat. D’autre part, les pratiques actuelles de gestion forestière, l’aménagement des terres et l’agriculture conventionnelle sont responsables de plus d’un quart de toutes les émissions de gaz à effet de serre. A défaut de réinitialiser notre manière de penser, de considérer et de gérer la nature, il n’y a aucune chance de parvenir dans le futur à contenir l’élévation de la température à 1,5°C, conformément aux accords de Paris.

Pour aborder la crise écologique et climatique, l’humanité a besoin de solutions globales et diverses qui restaurent la planète, s’attaquent au changement climatique et aident les humains à prospérer. Il y a besoin d’exemples pratiques montrant comment mettre en œuvre des solutions intégrées qui protègent et restaurent la nature, maintiennent le carbone dans le sol, protègent les communautés, soutiennent les moyens de subsistance et assurent la sécurité de l’eau et le bien-être.

Les approches qui intègrent la nature et le climat sont particulièrement critiques pour les plus de trois milliards de personnes qui dépendent directement de la nature pour leur subsistance et leurs besoins quotidiens. Ce sont elles qui sont en première ligne face aux impacts du changement climatique et à la perte de la biodiversité, et qui sont également les mieux placées pour apporter des solutions locales.

Cette année, le thème du Prix Equateur était la nature dans l’action pour le climat. Les onze vainqueurs choisis parmi plus de 600 nominations illustrent le potentiel transformateur des solutions autochtones, basées sur la nature et conduites localement, dans le combat contre la crise du climat.

 

La nature dans l’action pour le climat

Originaires du Brésil, du Bangladesh, de la Colombie, d’Iran, du Kenya, du Maroc, du Sénégal et de la Zambie, les lauréats défendent des initiatives qui non seulement protègent, préservent et restaurent les écosystèmes, mais qui intègrent la nature dans la conception des plans, augmentent la résilience aux impacts du changement climatique et promeuvent une économie verte, circulaire, juste et inclusive.

Au Brésil, l’União dos Povos Indígenas do Vale do Javari (l’Union des peuples autochtones de la vallée de Javari), une organisation autochtone à but non lucratif qui représente les habitants du second plus grand territoire indigène du pays – 85 000 km² sis dans la vallée Javari, œuvre à défendre leurs droits constitutionnels, à préserver les savoirs traditionnels et à sauvegarder leur territoire commun.

En Colombie, la Federación Mesa Nacional del Café (Fédération nationale de la filière du café), comprend 28 associations de producteurs de café qui défendent la réintégration économique, sociale et communautaire des signataires de l’Accord de paix colombien [entre le gouvernement et la guérilla des Farc], aux côtés des communautés locales. En réduisant les inégalités parmi les producteurs, en démocratisant les connaissances techniques, et en promouvant une agriculture résiliente au climat, ils s’attaquent aux disparités agraires, stimulent l’économie rurale et font face directement aux défis du changement climatique.

Au Kenya, les partenaires autochtones pour l’amélioration des moyens de subsistance ou Ilepa, se concentrent sur la préservation environnementale et le développement durable au sein de la communauté Massaï. Ils s’engagent dans la défense des droits fonciers, s’occupent de changement climatique et de la perte de la biodiversité et promeuvent des moyens de subsistance basés sur la nature.

Au Bangladesh, l’écovillage Sundarban restaure les forêts de mangroves, assurant la subsistance de la pêche, développe l’écotourisme, et renforce la résilience climatique.

Les lauréats du Prix Equateur montrent au monde comment mettre en œuvre des solutions intégrées qui répondent au besoin de protection, de préservation et de gestion de la nature. Ils s’attaquent à la crise climatique et atteignent les objectifs de développement local et durable. Le monde a donc l’opportunité sans précédent de suivre leur exemple. Pendant les 18 prochains mois, presque tous les pays travailleront à améliorer leurs programmes nationaux pour la biodiversité et le climat, en ayant l’opportunité de les aligner et faire ainsi des progrès audacieux dans ces deux domaines2.

Si le mot de l’année 2023 était « polycrise », espérons que celui de 2025 sera « polysolutions » et qu’à chaque niveau, local, national et mondial, le monde reconnaîtra, défendra et mettra en œuvre des solutions, des programmes, des engagements et des actions intégrés, diversifiés et alignés, pour la nature, le climat et les habitants de ce monde. Les lauréats du Prix Equateur 2024 nous montrent déjà la voie à suivre.

[1]. Le prix Equateur est une initiative du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud)
[2]. Deux échéances importantes auront lieu d’ici à février 2026 dans le cadre des COP climat et COP biodiversité de l’Onu.

Auteur : Anna Giulia Medri et Jamison Ervin , Anna Giulia Medri : responsable de l’initiative Equateur au Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Jamison Ervin : directrice du Programme pour le développement par la nature au Pnud.
Sources : Pnud ; IPS
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()