Les mobiles et les domaines du service

Partage international no 44avril 1992

par Aart Jurriaanse

Quels sont, chez un disciple, les mobiles créant l’impulsion intérieure à aider et à servir les autres ? Tout service spirituel véritable, quel que soit son mode d’expression, découle d’un mobile altruiste provenant de l’âme et du cœur. Par conséquent, dès qu’apparaissent des objectifs égoïstes, on ne se trouve plus en présence que d’un simulacre de service ésotérique, qu’on peut considérer comme un service exotérique ou commercial, de nature totalement différente, et qui constitue un produit de la personnalité.

L’objet de cette étude se cantonne au service altruiste ou ésotérique. Ses mobiles peuvent être les suivants :

(1) L’apparition de la première vision, si floue soit-elle, des grandes lignes du Plan divin, et l’impérieuse nécessité ressentie alors d’œuvrer — malgré toutes ses imperfections — à la réalisation de ce qui a été aperçu.

(2) La réalisation de quelque idéal personnel, exigeant à un haut degré l’implication de l’âme.

(3) Un jaillissement intérieur d’amour, se manifestant par une impulsion à servir tout ce qui est Divin, qu’on l’appelle l’homme, le Christ, ou Dieu — en fait une aspiration à servir le Bien.

(4) La prise de conscience par le disciple de ses acquisitions — capacités ou connaissances — qui pourraient aider à enrichir ou à éclairer le sentier des autres, et qu’il sent urgent de transmettre et de partager.

Il convient de garder toujours présent à l’esprit que dans le service, les efforts et le mobile revêtent une importance au moins égale à l’accomplissement de l’objectif.

Chaque individu doit découvrir son propre domaine de service, ce terrain d’action où sa situation particulière, l’ensemble de ses aptitudes, son milieu et son expérience, peuvent être combinés et utilisés de la manière la plus avantageuse. Il existe heureusement une gamme illimitée de possibilités vers lesquelles l’homme peut tourner ses efforts avec profit, et chacun pourra trouver la voie qui lui convient, pourvu qu’il soit doté d’une véritable impulsion à servir, et que ses mobiles soient suscités par cet amour intérieur qui, quoi qu’il advienne, doit trouver son expression.

Très fréquemment, ceux qui montrent les premiers signes de l’éveil et commencent à manifester un intérêt prudent envers le travail ésotérique, feront la réflexion suivante : “J’aimerais également servir l’humanité et faire quelque chose pour elle, mais que pourrais-je bien faire ?” Il existe apparemment chez ces personnes une incitation intérieure venant de l’âme, mais leur cœur n’est pas encore pleinement éveillé, et jusque là, aucun amour intérieur véritable ne cherche à s’exprimer. Lorsque l’amour authentique de l’âme s’efforce de s’exprimer, les moyens appropriés se présentent toujours.

On veillera à ne pas effectuer de comparaisons quant à la qualité du service rendu par différentes personnes. La véritable valeur intérieure du service ne peut pas être évaluée par ses aspects ou ses effets extérieurs, et sera finalement jugée par ceux qui surveillent avec sympathie depuis les niveaux subjectifs. Ainsi la valeur véritable du service ne réside pas dans l’activité visible extérieure, mais dans sa force de motivation intérieure. Un geste d’amour apparemment simple, qui pourra passer inaperçu du monde extérieur, peut parfaitement provoquer un effet intérieur plus important que certains actes spectaculaires de services publics.

Lorsque vous servez, concentrez toute votre énergie sur votre travail. Si d’autres ont besoins de votre aide dans l’exercice de leurs responsabilités, accordez-leur abondamment cette aide chaque fois que possible, mais souvenez-vous toujours que vous êtes responsable en premier lieu de la tâche que votre âme vous a confiée, et que vous ne devriez jamais vous immiscer dans le travail des autres. Accordez donc aux autres le privilège de leur laisser effectuer leur propre travail à leur manière, comme vous l’exigez pour vous-même.

Tous les disciples ont leurs limitations, et il convient de ne pas l’oublier en choisissant un travail de service. La tâche doit être déterminée selon les capacités du disciple, et il serait ridicule de tenter d’atteindre ce qui se trouve largement hors de portée. Cela ne pourrait conduire qu’à des frustrations, à des résultats non satisfaisants, et à une perte de temps et d’énergie. Il est largement préférable d’accomplir efficacement un travail plus limité, que de s’attaquer à une tâche apparemment plus importante et de l’abandonner en route ou de la bâcler. D’un autre côté, le serviteur se trouve souvent enclin à sous-estimer les talents dont l’âme l’a doté. Il tend à ne prendre en compte que les aptitudes de la personnalité, faute d’être encore pleinement conscient des pouvoirs latents de l’âme, qui se sont accumulés au cours de nombreuses vies. Aussi, lors du choix d’un nouveau domaine de service, laissez la décision finale à votre intuition: placez-vous aux ordres de votre âme !

Auteur : Aart Jurriaanse, (1907-2002) : auteur sud-africain qui a effectué des compilations des livres d’Alice Bailey. Il est l’auteur de Bridges (Ponts, non traduit) qui est un commentaire de ces enseignements.
Thématiques : sagesse éternelle, spiritualité
Rubrique : Esotérisme ()